Double #Guest103 - Camelia Docquin & Elena Skliar, Fondatrices La Pradelle

Nous avons l’ambition de convaincre le plus grand nombre qu’une meilleure consommation est possible car chacun peut s’y retrouver, qu’il soit sensible à la cause animale ou non car on touche à des questions de santé et d’environnement.
— Camelia Docquin
C’est plus tard, en lisant des études scientifiques j’ai découvert que le régime végétalien était “Le” régime sain. J’ai découvert aussi les dessous de l’industrie de la fast fashion et l’impact sur l’environnement.
— Elena Skliar

1 - Être vegan part d'un engagement profond qui refuse la posture d'être dans une case de consommation de masse. Une éthique qui résonne chez vous en premier lieu contre la maltraitance animale, la dégradation de l’environnement ou par le prisme de la santé?

CD : En fait ce sont deux facteurs qui m'ont poussée à sauter le pas. Pour commencer, je vivais au Brésil depuis 2014 et dans mon environnement, je cotoyais de nombreuses personnes végétariennes. Au Brésil, l'industrie de masse pose d'énormes problèmes écologiques : érosion des sols, sécheresse et pollutions des nappes phréatiques qui ont un impact direct sur la vie quotidienne. De plus, les normes de productions sont différentes des normes européennes, donc les animaux sont nourris avec des OGMs et sont bourrés d'antibiotiques. Donc en mangeant j'avais l'impression d'empoisonner mon corps. Par ailleurs, j'ai toujours eu une conscience écologique éveillée et je voyais au quotidien les effets de nos modes de consommation. 

En parallèle, j'ai tout simplement été très entourée d'animaux durant cette période et ça m'a fait me poser des questions. Pourquoi consommer certains animaux et pas d'autres ? Pourquoi tout simplement consommer des animaux ? Comment peut-on avoir le cœur de tuer les animaux qui nous entourent ? Alors une fois que nous avons lancé notre projet La Pradelle, cela m'a paru être dans la continuité de ma démarche personnelle.

ES : Ma mère vient de Sibérie, la bas, culturellement manger de la viande c’est la survie car à – 60 C on n’a pas tellement le choix, rien en pousse. J’ai donc été élevée par une pure omnivore. Toute mon enfance, j’ai vu des publicités de vaches et chèvres se promenant heureuses à la campagne, des scènes de familles réunies autour d’un dîner chaleureux, enfants et adultes se régalant de steaks et de fromage. Il faut un traitement de choc pour aller à l’encontre de ce qui nous a été inculqué durant des années! C’est aux États-Unis, le pays des excès, que j’ai découvert la vérité par des associations et des documentaires. J’ai eu une vraie révélation lorsque j’ai réalisé ce qu’il se passait dans les coulisses de l’industrie de la viande. Je suis devenue végétarienne tout d’abord par empathie pour les animaux, et, par une prise de conscience environnementale. Mais à l’époque le végétalisme n’était pas possible pour moi car tout le monde disait qu’il y avait des risques pour la santé. Les lobbys laitiers évoquaient les carences en calcium et les bienfaits de yaourts sur la digestion. C’est plus tard, en lisant des études scientifiques j’ai découvert que le régime végétalien était "Le" régime sain. J’ai découvert aussi les dessous de l’industrie de la fast fashion et l’impact sur l’environnement. Je me suis penchée sur l’utilisation des produits toxiques dans les cosmétiques industriels et l’impact sur la santé. C’est ce qui m’a conduit au véganisme durant la même période.

2 - Comment a germé (de manière organique) cette idée de lancer le premier select-store en ligne de produits vegan #Lifestyle ?

CD : Nous étions toutes les deux dans une démarche de consommer mieux et de manière éthique et sans cruauté. Le problème c'est que quand nous cherchions de vrais produits éthiques, écologiques et sans cruauté, on avait vraiment du mal, non seulement à trouver les produits, mais surtout à trouver des produits de confiance. On avait la possibilité d'acheter sur des sites américains, mais ne nous paraissait pas très cohérent par rapport à notre démarche. Le plus difficile c'était vraiment de trouver de beaux produits dans la mode. Du coup, on s'est dit qu'on devait se lancer et proposer un site unique qui proposerait tout ce dont on a besoin quand on est végan, de confiance et surtout de qualité. C'est ainsi qu'est née La Pradelle.

ES : Je n’ai pas eu de mal à devenir végétalienne, en alimentaire on trouve tout ce qu’on cherche dans les magasins bio, marchés et avec quelques cours de cuisine et un peu de créativité on s’en sort bien! En revanche lorsque je suis devenue végane, il n’était pas facile de trouver des vêtements et chaussures végans et encore moins des beaux vêtements et de belles chaussures végans. La mode éthique et végane était rare et les créations n’étaient pas modernes. Je commandais les cosmétiques végans aux États Unis car je ne connaissais pas les marques locales. Nous avons tout d’abord voulu dépoussiérer le lifestyle vegan, le rajeunir et le rendre attractif. L’idée principale étant de faire découvrir les marques véganes de qualité et de rendre le véganisme accessible au plus grand nombre.


3 - Comment sourcez-vous vos produits? En quoi sont-ils éthiques et respectueux de l'homme et de la nature?

CD : Dans un premier temps, nous sommes allées à la rencontre des producteurs, pour découvrir leurs produits et leurs histoires. Nous avons multiplié les salons, les évènements et les rencontres. Nos produits sont principalement français et européens donc nous sommes allées voir les régions françaises. Nous ne choisissons que des producteurs qui ont de belles histoires et de vrais démarches. C'est le cas notamment de la marque Wwow qui propose de la maroquinerie en matières végétales (dont Piñatex) en travaillant en partenariat avec une association qui permet la réinsertion de femmes éloignées de l'emploi, ou encore Karethic qui travaille le karité de manière artisanale afin de de préserver le savoir-faire ancestral des femmes africaines ou encore Coflual qui fait des cosmétiques bios et naturels de manière artisanale en Alsace.

Nos produits sont éthiques dans le sens entier du terme car ils sont produits de manière "humaine". C'est-à-dire qu'ils n'emploient aucun composant d'origine animale, ne sont pas issus de l'exploitation animale et ont un impact limité sur l'environnement. Par ailleurs, les gens qui travaillent sur ces produits sont rémunérées de manière décente.

Enfin, nous choisissons les produits de manière rigoureuse et selon nos critères et valeurs. Quand les producteurs sont sélectionnés pour vendre sur le site, ils s'engagent à respecter notre charte d'engagement où sont spécifiées nos valeurs profondes.

ES : Nous cherchons à découvrir les pépites véganes partout en France et en Europe. Notre sélection se fait à deux niveaux : l’engagement de la marque envers le véganisme et le design et qualité des produits. On recherche tout d’abord les marques entièrement véganes. Une marque végane c’est une marque qui s’engage à ne pas utiliser de produits animaux, ni de tester ses produits sur les animaux, à respecter les conditions de travail de producteurs et travailleurs, et enfin à minimiser l’impact sur l’environnement. Le deuxième critère de sélection porte sur la qualité du produit, il faut que celui-ci soit en ligne avec l’image de notre select store.

4 - La sensibilisation au grand public est votre prochaine étape. Vous souhaitez venir à la rencontre de nos concitoyens avec un tour de France avec votre Vegan Fashion Truck. Qu'allez-vous dire aux réfractaires, à ceux qui n'ont pas cette prise de conscience, cette envie de consommer autrement?

CD : Nous avons l'ambition de convaincre le plus grand nombre qu'une meilleure consommation est possible car chacun peut s'y retrouver, qu'il soit sensible à la cause animale ou non car on touche à des questions de santé et d'environnement. En plus, nous avons une démarche qui n'est pas excluante. On cherche à conscientiser via de l'information positive, en expliquant qu'on peut mieux consommer, être en meilleure santé et respecter notre environnement de manière très simple. Notre idée est de faire adhérer le plus de gens à notre démarche. On ne cherche pas à faire en sorte que tout le monde devienne végan du jour au lendemain mais que chacun prenne conscience de l'impact de sa consommation en faisant les changements petit à petit. Et en plus, nous aurons les solutions aux problèmes dans notre truck.

ES : Dans notre Vegan Fashion Truck Tour nous savons que nous allons rencontrer des végans, végétariens, fléxitariens, mais surtout beaucoup de novices. Et c’est l’idée de départ : faire découvrir le véganisme au plus grand nombre. Nous allons faire beaucoup d’éducation en expliquant le concept, l’origine du mouvement etc.. Nous voulons d’un côté générer une prise de conscience et de l’autre côté nous voulons donner envie aux gens de vivre végan. La première phase est plutôt théorique, et dans la deuxième on pourra évoquer notre expérience personnelle, donner des recettes culinaires véganes, montrer et faire tester nos produits. Le but final étant de montrer que consommer végan est accessible et que c’est bénéfique pour eux et pour la planète, donc pour tout le monde.

5 - En partant du constat de notre démographie exponentielle, de nos ressources limitées, d'ici 5 ans, comment voyez vous le véganisme dans nos sociétés, en France et à l'étranger?

À l'étranger, beaucoup de gens ont franchi le pas. En Allemagne, vous avez des boutiques véganes partout. Aux États-Unis, vous avez une option végane dans la plupart des restaurants. En France, nous sommes un peu à la traine, mais on sent que de plus en plus de personnes se sentent concernées parce qu'elles veulent vivre mieux. De toutes manières, en l'état actuelle des choses, nous n'avons pas d'autre choix que de nous diriger vers un mode de vie écologique et donc végan...

Je pense que dans 500 ans, les gens regarderont en arrière et se diront qu'on était complètement fou !

ES: Actuellement on vit un point tournant dans la manière de consommer. La consommation de masse a débuté dans les années 50. Après les privations de guerre et avec un niveau de vie croissant, la population consommait de plus en plus, et de moins en moins cher. La mondialisation a exacerbé le phénomène. Cette course à la production et à la consommation a eu des conséquences désastreuses sur la planète et sur la santé de ses habitants. Notre génération a été la première à le réaliser et a commencé à prendre des initiatives pour adopter un mode de vie plus responsable. On s’est rendu compte qu’on ne pouvait plus continuer à ce rythme. Le véganisme encore marginal il y a une décennie, devient aujourd’hui un vrai phénomène, et la consommation végane croit de manière exceptionnelle. D'ici 5 ans, je pense que la majorité des Européens se seront tournés vers le fléxitarisme et le nombre de végans atteindra un pourcentage encore plus représentatif. Je vois aussi naître de plus en plus d’initiatives véganes, des grandes entreprises s’estomper pour laisser place aux startups et leurs idées novatrices, des entreprises polluantes disparaître où devenir vertes. C’est l’évolution que je prédis dans mon monde d’optimiste !