#Guest101 - Éric de Kermel, Green Auteur

En France il est urgent de retrouver une double ambition : garantir à nos contemporains un meilleur accès à la nature et à la culture (le mieux c’est quand nature et culture se rencontrent). La nature répare celui qui est blessé, la culture lui offre d’autres horizons, des possibles qui s’ouvrent, des idées qui font grandir. La beauté sauvera le monde est une phrase de Dostoïevski dont j’ai souvent validé la pertinence !
— Éric de Kermel

1 - Ce livre est au départ une dédicace à ta femme pour casser ce cliché des histoires de femmes assimilées à l'univers de flic?

Oui. J’ai voulu écrire un rôle pour Isabel. Un rôle qui raconte qu’il y a tant d’autres héros du quotidien bien plus intéressants que des flics.

Des gens que nous croisons quotidiennement et qui reprisent le tissu déchiré du monde. Mon héroïne est une libraire mais j’aurais aussi bien pu choisir un chauffeur de bus, un boulanger ou un pharmacien …

L’amélioration du fameux « vivre ensemble » dont on nous parle souvent doit beaucoup à la capacité que nous avons chacun à écouter cet autre qui vit avec nous, le regarder dans les yeux, le prendre dans les bras pour un grand hug plein de tendresse.

2 - Tu nous racontes 9 histoires, parfois très inspirées de ton quotidien. Pourquoi avoir pris le parti de cette ligne éditoriale?

Étant journaliste j’aime écrire court, choisir des mots simples pour raconter des histoires sans les diluer. J’aurais pu écrire 9 nouvelles mais j’ai voulu avoir un personnage qui les relie entre elles, la libraire.

Tous les personnages du livre me ressemblent mais aucune des histoires n’est inspirée de faits réels. Par contre, les livres dont je parle, qui sont aussi comme des personnages de mon roman, sont tous des livres bien réels, issus de ma bibliothèque idéale.

3 - Un roman "Feel Good" selon toi, c'est quoi exactement? Pourquoi une telle demande de la part des maisons d'édition actuellement?

Sous le flot des mauvaises nouvelles dont nous parle les journaux télévisés, nos contemporains cherchent un chemin heureux qui leur permette tout simplement de vivre, là où ils sont, avec ceux qui les entourent.

Le « développement personnel » fait fureur mais son principal risque est qu’il soit très personnel ! L’autre, le différent, l’étranger, le collectif, étant alors relégué au second plan. Ce que j’ai cherché à raconter dans mon livre c’est que l’autre est une richesse et que l’horizon de soi-même est un peu limité pour trouver un sens à sa vie.

4 - Uzès et sa fameuse librairie, une belle histoire de solidarité réelle pour maintenir la culture dans votre ville?

Il existe bien une librairie qui se trouve sur la Place aux Herbes d’Uzès. Mais la libraire est un personnage que j’ai inventé. Peut-être qu’un jour mon personnage s’incarnera car effectivement les libraires actuels ont mérité leur retraite et cherchent à vendre leur librairie. Comme nous n’imaginons pas que cette librairie devienne une pizzeria (même si j’aime beaucoup les pizzas) nous nous mobilisons pour écrire un avenir joyeux pour que toujours il existe une librairie sur la Place aux Herbes. Mais ce ne sera pas moi le prochain libraire … 

5 - La culture et la société: Un lien vital pour le maintien d'une ouverture d'esprit, casser les murs qui s'érigent et les frontières qui se redessinent dans le monde selon toi?

Il est prouvé depuis longtemps que plus l’instruction se développe, plus la paix se déploie. Plus les femmes sont instruites, plus reculent les frontières de la pauvreté. En France il est urgent de retrouver une double ambition : garantir à nos contemporains un meilleur accès à la nature et à la culture (le mieux c’est quand nature et culture se rencontrent).  La nature répare celui qui est blessé, la culture lui offre d’autres horizons, des possibles qui s’ouvrent, des idées qui font grandir. La beauté sauvera le monde est une phrase de Dostoïevski dont j’ai souvent validé la pertinence !


6 - En tant qu'écologiste convaincu, qu'espères-tu voir comme changement avec notre prochain gouvernement?

Comme beaucoup, plus la campagne avance dans le temps, plus mon espérance en prend un coup ! Mais comme il est trop tard pour être pessimiste, je rêve d’un gouvernement qui considère l’écologie non pas comme un secteur à côté des autres mais comme un élément premier. Le tamis au travers duquel chaque choix doit être évalué.

Quand je parle d’écologie je l’entends au sens de « l’écologie intégrale » dont parle le Pape François dans son encyclique. Une écologie qui tisse trois liens : le rapport à soi, le rapport aux aux autres, le rapport à la nature. J’essaye de faire ma part pour qu’advienne en France une démocratie renouvelée sincèrement écologiste et profondément humaniste.