#Guest91 - Carla APELROIT, Fondatrice de Run The World Association

Aujourd’hui la jeunesse ne pense qu’à une chose : les « like ». De plus en plus, lorsque je vois les jeunes du quartier dans lequel j’ai grandi, je suis désolée. Ce sont les jeunes d’aujourd’hui qui seront responsables du monde de demain et il n’y a pas suffisamment de sensibilisation mise en place pour eux.

1 – Raconte-nous comment t’es venu ce déclic de créer une association favorisant la scolarisation d’enfants défavorisés à l’aube de tes 18 ans ?

En réalité, mon envie de créer une association caritative m’est venue bien plus tôt. J’ai toujours ressenti le besoin d’aider ceux qui en avaient besoin et à mes 15 ans, j’ai souhaité créer une association. Ma maman m’a conseillé d’entrer en premier dans une association déjà existante pour apprendre et voir comment tout se passait. J’ai intégré l’UNICEF pour deux ans.

En arrivant à la fac en septembre 2015, j’ai pu constater une affiche de la Mairie de Paris dans le hall, qui mettait en avant les initiatives des jeunes concernant les actions associatives. Deux jours plus tard, je réfléchissais déjà aux éléments qui allaient constituer l’association. J’ai tout de suite su qu’elle se consacrerait aux enfants, pour qui j’ai une réelle affection. Concernant l’objet social, j’ai dû me demander de quelles façons j’avais le plus de chances d’apporter une réelle aide aux enfants (en prenant en compte la difficulté du financement d’une jeune association). Le projet le plus réalisable à mon échelle, a été de me consacrer à l’éducation : je savais qu’en les aidant à accéder à l’éducation, j’aurais toujours de quoi les aider même dans les moments les plus difficiles financièrement, en leur apportant au moins du matériel scolaire.

2 – Grâce à ta première collecte de dons, tu as pu réaliser ton premier projet en retournant en république dominicaine dans l’école que tu avais visité. Comment t’es tu débrouillée pour financer ce voyage et le matériel apporté ?

Mon premier voyage en tant qu’association a eu lieu cet été (au terme de la 1ère année d’existence de l’association qui fonctionne sous forme d’années scolaires). Qui dit 1ère année d’existence, dit 1ère année de récolte… Nous avons donc eu beaucoup de mal à récolter des fonds de la part de personnes physiques et à obtenir des partenariats avec des entreprises. La majorité des fonds que nous avons récolté provient de la générosité des commerçants qui ont accepté de poser des tirelires Run the World dans leurs magasins. Nous avons aussi vendu des T-shirts de l’association, et avons obtenu un accord avec une marque (La Bougie CT) qui nous a reversé 1 euro pour chaque bougie vendue durant plusieurs mois.

Cependant à l’issue de cette opération, je n’avais pas assez de fonds pour organiser un réel voyage humanitaire avec les bénévoles, incluant des travaux manuels pour l’école. Je suis donc partie en République Dominicaine à mes frais personnels et j’ai utilisé l’intégralité des fonds en achetant du matériel scolaire aux enfants. J’ai ensuite trouvé des bénévoles sur place pour m’aider à réaliser cette action.

3- Immerge-nous dans ton ressenti lorsque tu es reparti, comment t’es tu sentie?

J’étais surexcitée ! J’avais hâte de revoir ces enfants que j’avais aidé avant de créer l’association. En même temps j’étais très angoissée à l’idée de ne pas avoir récolté assez de fonds pour leur apporter suffisamment de choses… Ce qui n’a finalement, et heureusement, pas été un problème. J’étais aussi très émue car ce voyage marquait la fin de la 1ère année de Run the World qui a été très dure pour moi, j’étais vraiment fière d’y être parvenue.

4 – Les bénévoles de ton association ont entre 16 et 25 ans uniquement? Un choix pour donner envie aux jeunes de s’engager ?

Oui pour le moment les bénévoles de mon association se situent uniquement dans cette tranche d’âge. C’est un choix personnel qui me tenait à cœur car j’ai toujours trouvé que les jeunes n’étaient pas assez impliqués dans les actions caritatives. J’avais entendu à de nombreuses reprises que certains n’avaient pas pu adhérer à une association du fait de leur jeune âge et leur manque d’expérience. Et lorsqu’ils étaient intégrés à une association, la plupart du temps, ils étaient ignorés. Ce que j’ai eu l’occasion de vivre…

J’ai donc décidé de créer de Run the World, une association étudiante, dédiée aux jeunes. C’est aussi l’occasion de sensibiliser la jeune génération française qui ne prête généralement pas réellement attention à toutes ces actions qui sont pourtant très importantes… Il ne faut pas oublier qu’ils auraient pu être à la place de ces enfants.

5 – Comment sélectionnes tu tes futurs projets? Sur quelle destination et problématiques travailles-tu en ce moment?

J’ai choisi en premier lieu la République Dominicaine car c’est un endroit que j’aime particulièrement depuis que je suis petite. De plus, le fait d’y être déjà allée dans l’école que Run the World aide m’a confortée dans cette idée puisque je savais exactement où allait l’argent que je donnais, ce qui est très important. Enfin et surtout, j’ai beaucoup eu affaire à des remarques du style « Ah bah c’est bien la République Dominicaine, tu vas pouvoir partir en vacances ! », insinuant que je finançais en réalité mes vacances en choisissant cet endroit avec l’association… Cela m’agace particulièrement étant donné le travail acharné que j’effectue à l’année pour cette cause. Je m’empresse ainsi d’informer ces personnes qui ne le savent pas que plus d’un enfant sur deux n’est plus scolarisé à partir du collège par manque d’argent, et qu’il doit travailler avec sa famille.

Cette année nous restons sur ce pays, afin de créer une salle de classe supplémentaire dans une école. Je pense passer 3 ans sur chaque pays afin d’apporter une réelle aide à chaque fois avant de changer de destination. Je commencerai à réfléchir à un second pays en septembre 2017 avec les bénévoles de Run the World, qui ont une vraie voix au sein de l’association.

6 - Comment peut-on t’aider à changer d’échelle?

En communiquant un maximum… Nous sommes toujours à la recherche de moyens de communication importants comme par exemple un passage dans une émission de télévision comme la vôtre dans Ushuaia le mag sur Ushuaia TV. Cela nous aiderait à nous faire connaître d’une façon significative afin de rallier de nombreux jeunes bénévoles à notre cause. Pour l’instant l’association agit uniquement sur Paris, le premier but serait d’ouvrir des filiales dans différentes villes de France, puis après bien sûr, de s’exporter sur le long terme. Nous sommes notamment à la recherche d’un parrain ou d’une marraine influent(e). Nous recherchons également activement des partenariats avec des entreprises pour la création d’un grand événement cet été dans Paris.

7 – Carla au quotidien, elle aspire à quoi pour son avenir? Elle le voit dans le milieu associatif ou ailleurs?

Je suis étudiante en double licence. Je prépare une licence de droit et une licence d’économie-gestion, dans le but de devenir avocate. Mon projet professionnel est donc en relation avec la justice et l’entraide. Bien sûr, je compte parallèlement à cela continuer à grandir dans le milieu associatif, et j’aimerais amener Run the World le plus loin possible.

8 – Selon toi si la Solidarité Internationale touchait davantage la jeunesse, ce serait l’une des clés Pour Un Monde Meilleur ?

Oui, j’en suis convaincue. Aujourd’hui la jeunesse ne pense qu’à une chose : les « like ». De plus en plus, lorsque je vois les jeunes du quartier dans lequel j’ai grandi, je suis désolée. Ce sont les jeunes d’aujourd’hui qui seront responsables du monde de demain et il n’y a pas suffisamment de sensibilisation mise en place pour eux. Par exemple au lycée, il serait ingénieux de consacrer quelques heures par an à une activité associative ou au moins à de la sensibilisation. Dans l’enseignement, on ne m’a jamais parlé des enfants qui n’avaient pas la même chance que moi et c’est ce qui contribue à mon sens, à un oubli et un désintéressement de ces populations par la jeunesse française.