(3/3) #Guest78 - Nicolas Imbert, Directeur Exécutif de Green Cross France

D’ailleurs, l’écologie est sortie de la caverne, définitivement. Elle n’est plus l’apanage de quelques barbus et chevelus, un courant peut-être éclairé mais minoritaire, mais vient au centre de nos vies, de nos sociétés, de notre quotidien. Aurions-nous su réunir Michael Jackson et Nicolas Hulot, George Bush et Barack Obama, Rihanna et Leonardo Dicaprio, Arnold Schwarzenneger et Mélanie Laurent, Evo Morales et Hélène Grimaud autrement que par leurs actions écologiques, leurs actions concrètes et exemplaires. (...) C’est à nous de faire en sorte d’une part que le sujet devienne un sujet important et bien traité lors des prochaines élections présidentielles, mais aussi de continuer à l’agir, à l’échelle de nos territoires et de notre quotidien, pour construire la transition écologique de nos sociétés.
— Nicolas Imbert

3 – À l'approche de la COP22 qui va se dérouler du 7 au 18 novembre prochain à Marrakech, paysqui abrite la plus grosse centrale solaire d'Afrique avec Noor 1 et 2, quelles vont être selon vous les points cruciaux à aborder en priorité afin de penser Monde plus durable à l'approche de 2050 où nous frôlerons les 10 milliards d'humains?

La COP22 est, même si elle est moins médiatisée en France que la COP21, une conférence essentielle pour le climat. Elle se déroulera en novembre, c'est à dire demain. Autant la COP21 a fixé un cadre, déterminé des axes de travail, autant la COP22 doit préciser les curseurs, les modalités opératoires, être la Conférence Climat des ACTIONS. Et c'est bien la volonté du gouvernement marocain qui l'accueille, comme des sociétés civiles du monde entier. Pourquoi ? Parce que nous n'avons plus le temps. Vous m'interpellez sur 2050, sur un monde à 10 milliards d'habitants. C'est peut-être vrai, mais avant 2050 l'urgence de l'humanité concerne aujourd'hui et demain.

Voici à peu près 18 mois que nous enchaînons les tristes records: chaque mois est le plus chaud depuis que les suivi de températures existent (137 ans), les catastrophes naturelles, cyclones, inondations, sécheresses, se multiplient avec une criticité qui s’accroît. Nous constatons désormais, y compris en Europe, les effets de l'accélération du changement climatique, ce dérèglement climatique dont l'on croyait les premiers effets cantonnés aux îles du Pacifique Sud, à l'Afrique subsaharienne ou bien au Bangladesh.

Désormais, les plans d'adaptation et d'atténuation au changement climatique nous montrent les effets sur nos vies, nos agglomérations, notre quotidien. Nous en voyons l'impact sur la biodiversité, sur notre alimentation, sur le littoral y compris en métropole. Nous essayons, encore trop timidement, d'infléchir nos politiques énergétiques - ce qui en France est terriblement obéré par le dramatique choix de l'électricité électronucléaire qui s'annonce une catastrophe économique dans les 20 ans à venir en plus des enjeux de sûreté et de sécurité, et du préjudice écologique lié au démantèlement des installations et à la sécurité des combustibles usagés. Nous tentons la mise en place de l'économie circulaire, les initiatives pionnières se multiplient, mais les législations sont beaucoup trop tardives à évoluer, comme les atermoiements sur la sortie du plastique à usage unique en France en attestent.

Le Monde de 2050 se construit en ce moment, avec les politiques, les sociétés et les technologies d'aujourd'hui. Bien malin qui pourra en prédire les contours. Qui aurait dit il y a seulement 20 ans que l'on partagerait son logement (AirBnb...), sa voiture (Uber, Blablacar...), que le cadastre comme les transferts financiers pouvaient être des initiatives privées profitables à tous en Afrique, qu'un avion solaire pouvait faire le tour du monde et que nous n'arriverions pas à venir à bout des continents de plastique en mer, des perturbateurs endocriniens, où bien que le Japon générerait l'une des catastrophes nucléaires les plus dramatiques de l'Histoire; Nous sentons que nous vivons dans un monde perpétuellement plus agile, plus connecté, mais aussi plus inégalitaire, plus dangereux....où le bien vivre ensemble doit devenir notre obsession du quotidien.

D'ailleurs, l'écologie est sortie de la caverne, définitivement. Elle n'est plus l'apanage de quelques barbus et chevelus, un courant peut-être éclairé mais minoritaire, mais vient au centre de nos vies, de nos sociétés, de notre quotidien. Aurions-nous su réunir Michael Jackson et Nicolas Hulot, George Bush et Barack Obama, Rihanna et Leonardo Dicaprio, Arnold Schwarzenneger et Mélanie Laurent, Evo Morales et Hélène Grimaud autrement que par leurs actions écologiques, leurs actions concrètes et exemplaires.

Des films comme "Demain" ne se cachent plus, désormais ils nous donnent la pêche et permettent à chacun d'entreprendre. Je crois personnellement beaucoup à cette « horizontalisation » de l'écologie, à cette mise en réseau planétaire autour des actions et des solutions, qui montre que le monde de la sobriété est un monde agile, heureux, serein, désirable...La Jugaad Economy (l’économie de la frugalité) est en route, chacun peut la faire sienne. Avec 40 à 60 % de l'alimentation produite qui sera jetée sans être consommée, avec des solutions technologiques qui nous permettent d'avoir un quotidien 2 à 10 fois moins énergivores qu'il y a 10 ans, nous pouvons accueillir 10 milliards de personnes sur la planète. Souvenons-nous qu'il y a 20 ans, nous utilisions une ampoule à incandescence de 100 W pour éclairer une pièce avec un confort visuel très médiocre, là où un meilleur confort visuel est désormais rendu par un jeu de diodes électroluminescentes de 4 à 6 watts. Il n'y a guère que l'inertie des communes qui n'ont pas modernisé leur éclairage public, où l'acharnement de certains opérateurs électriques, pour nous maintenir dans le monde d'avant. L'essentiel est d'être capable de leur assurer un présent désirable et un futur serein. 

C'est pourquoi, autour de Corinne Lepage, à l'invitation des sociétés civiles mondiales et du Président de la République Française, nous avons contribué à créer un projet de "Déclaration universelle des droits et devoirs de l'humanité", qui sera présenté à l'Assemblée Générale des Nations-Unies et lors de la COP22, et montre à quel point la nature et l’humanité sont imbriquées. Ceci contribue à remettre du sens aux enjeux techniques, mais aussi à travailler sur la paix, le vivre ensemble, l'économie de la transition écologique et la construction d'un futur serein.

La COP22 doit également prendre des actions sur la Finance Carbone, l'adaptation et la résilience à l'échelle des territoires (notamment par rapport aux villes littorales et à l'Afrique), mais aussi mettre en place une gestion plus sereine de l'eau, du littoral et de l'océan, et des transitions agricole et énergétique à la hauteur des enjeux. Le chantier est immense, et l'Europe qui jouait jusqu'à maintenant un rôle de locomotive sur le climat est désormais en panne, aux abonnés absents faute de cap. Outre les pays en développement qui deviennent de plus en plus concrets, le leadership est désormais entre les mains des États-Unis, de l'Asie et de l'Afrique. Nous devons agir, la France a ratifié l'Accord de Paris obtenu à l'issue de la COP21, mais sa signature n'a pas de valeur tant que l'ensemble des pays européens ne signent pas, et de plus notre pays et très timoré dans sa mise en place effective des engagements qu'ils soient législatifs comme financiers. Pourtant, les boites à outils, notamment via l'économie circulaire, existent. C'est à nous de faire en sorte d'une part que le sujet devienne un sujet important et bien traité lors des prochaines élections présidentielles, mais aussi de continuer à l'agir, à l'échelle de nos territoires et de notre quotidien, pour construire la transition écologique de nos sociétés.