(1/3) #Guest78 - Nicolas IMBERT, Directeur Éxécutif Green Cross France et Territoires

LA PÊCHE EN EAU PROFONDE

1) L'Union Européenne vient de se féliciter de l'interdiction de la pêche en eaux profondes à plus de 800m, ce qui représente environ 1% des débarquements de l'Atlantique Nord. Un pas de géant dans la pêcher durable pour insuffler une vague d'exemple pour d'autres pays selon vous?

Se nourrir durablement, à partir des ressources de la terre comme de la mer, est devenu une urgence et une priorité pour la planète, en particulier pour qu'elle permette la survie de l'humanité. Savons-nous qu'une protéine sur 2 vient de la mer ? Et que en 2050 60% de la planète vivra en zone littorale ?

Dans ce contexte, la pêche doit évoluer, et a déjà commencé il y a quelques années la migration de ses activités vers une pêche plus durable, en particulier en Europe. Mais ceci n'est pas une question de profondeur, et un slogan "on ne pêche plus au-dessous de 800m" n'est pas, loin de là, la solution ultime.

Green Cross s'est investi de longue date, autour du Commandant Jacques-Yves Cousteau et avec la présence à son conseil d'administration de son fils Jean-Michel Cousteau, pour une relation plus durable entre humain et océans, où l’on n’oublie pas que 90% de la vie marine nous est encore aujourd'hui totalement inconnue.

Les solutions pour une pêche plus durable existent, elles sont locales, à l'échelle des territoires, et diversifiée. Il s'agit de respecter la saisonnalité des espèces, et leur calendrier. Par exemple en continuant dans la logique européenne des quotas qui commence à faire ses preuves. Il s'agit également de protéger les consommateurs comme les pêcheurs européens contre les ravages effectués par une pêche délictueuse, souvent proche des mafias, dans les océans Indien et Pacifique, et d'informer le consommateur de manière plus transparente sur l'espèce réellement pêchée et le contenu de son assiette. Par exemple, les pêches prédatrices, et en particulier la pêche minotière (celle utilisée pour fournir des aliments à des animaux terrestres ou marins), déciment les côtes de l'Afrique et de l'Asie, appauvrissent les pêcheurs locaux, déstabilisent les Etats, alors qu’il existe des substituts à ces produits.

Plus proche de nous, il est également possible de mieux légiférer sur les maillages de filets (pour éviter que plus le filet soit chargé, plus il ne devienne un piège à poisson), sur une meilleure valorisation à terre de ce qui est pêché en mer (en modernisant drastiquement les ports de pêche, et en remettant l'économie circulaire au cœur des activités), et d'informer le consommateur sur le plaisir, le bien-être et l'avantage économique de manger coquillages, crustacés et petits poissons plutôt que de recourir systématiquement à des poissons en haut de la chaîne alimentaire (et donc qui vivent longtemps, se reproduisent lentement, résistent difficilement à des prélèvements excessifs et ont besoin de beaucoup d'aliments). C'est pour ceci que Green Cross est partenaire de festivals comme le Seafood Fusion Festival à Brest, ou bien les rencontres Restaurant Demain: on montre qu'il est agréable de manger mieux, moins et plus bas dans la chaîne alimentaire, que c'est simple, rapide et écologique.

Ce sont de ces mesures que nous avons besoin en Europe, et spécifiquement en France: un travail à l'échelle des territoires sur l'ensemble de la filière, un effort de pêche concentré sur des espèces où c'est possible, un calendrier du poisson de saison, une transparence portée au consommateur, un travail sur les outils de pêche et la mise en marché pour éviter tout gaspillage, avec obsession et une bonne dose d'économie circulaire, et une mise en avant des qualités des flottes française et européenne, qui prélèvent seulement 10% de ce qui finit dans notre assiette. Tels sont les ingrédients de la pêche durable. Vous voyez que l'interdiction de pêche en deçà de 800, qui comme vous l'indiquiez représentait déjà seulement 1% des débarquements, est plus un objectif d'affichage qu'un réel signal. Les enjeux ne sont pas là, et célébrer le succès de cette mesure ne doit surtout pas nous faire oublier de contribuer la métamorphose des activités de pêche vers une pêche plus durable, ni le rôle joué par le consommateur.