#DoubleGuest77 - Mathieu Duméry et Lénie Chérino - Acteurs des Chroniques du Professeur Feuillage

Mathieu Duméry

1 – Tu trouves que la sensibilisation autour de l’écologie est molle ; tu rejoins donc les propos d’Aymeric Caron qui souligne dans son dernier ouvrage qui détonne « Antispéciste » que la plupart des écologistes défendent une écologie molle, c’est à dire une écologie inefficace ?

Oui la sensibilisation est molle, mais elle l’est au niveau du manque d’intérêt que nos sociétés portent à l’environnement. Avec l’écologie-sociale, on se retrouve dans un système Judéo-chrétiens de culpabilité et d’expiation. Si tu jettes ton papier parterre tu es mauvais mais si tu tries tes déchets, tu es bon. Tu achètes un véhicule 4x4, tu es mauvais, tu refuses les sacs plastiques aux caisses de supermarché, tu es bon.

Pour la plupart des gens, ces règles cadrent correctement nos karmas écolos… Mais on peut être une grenouille de bénitier et battre ses enfants. On peut manger des avocats bio qui viennent du Pérou, on peut rouler avec une voiture électrique et prendre 20 fois l’avion dans l’année. On peut signer une pétition AVAAZ pour sauver les Forêts Indonésiennes puis se faire une tartine de Nutella. Alors on sensibilise les gens en leur proposant d’agir depuis leur canapé… C’est mou ! De changer radicalement sans trop bousculer leurs petites habitudes… C’est re-mou !!! Vu la merde climatique qui se prépare (pour ne parler que de ça) C’est un changement radical de nos modes de vie qui doit s’opérer… Et pas en 2020 ! Aujourd’hui ! Hier !

2 – Sensibiliser aux enjeux vitaux de l’écologie avec ton décalé et décolleté, une idée qui a germé sous quel traitement fongique ?

Si on prenait des champis, on aurait fait un très mauvais programme. Parler d’écologie avec un ton ludo-pédagogique, des prouts et du cul, cela demande d’avoir tous ses esprits. Parce que d’abord, c’est beaucoup de boulot et puis ensuite parce qu’une idée comme celle-là fait plus appel au bon sens qu’à la fantaisie. Dans les pubs, on nous vend des bagnoles en illustrant le propos avec des femmes à poils… Et ça marche !!! Essayons avec l’écologie…

3 – Pour vous lancez, vous vous êtes appuyés sur le financement participatif avec KissKissBankBank pour permettre la réalisation de 3 chroniques écologiques du Professeur Feuillage. Ainsi vous avez eu plus de matière à présenter aux Nouvelles écritures de France TV.  Pourquoi avoir eu recours à ce mode de financement alternatif pour débuter? Une façon de ne pas être tributaire et de gagner du temps ? (Le film Demain a récolté plus de 450 000 € sur KKBB)

Les trois premiers épisodes ont été tournés avec nos sous. Comme ça marchait bien, nous avons été approchés par une chaîne de télé qui a mis des mois à organiser une case dans laquelle devait être diffusées nos chroniques. Des mois pendant lesquels, nous n’avons pu tourner aucun épisode. Au final, notre collaboration avec la chaîne en question n’a pas eu lieu. On avait perdu beaucoup de temps et les internautes qui nous suivaient nous demandaient d’autres épisodes. Certains étaient prêts à nous aider. En toutes logique,  les trois épisodes suivants furent financés grâce à nos donateurs sur Kisskissbankbank. Voilà l’histoire ! Maintenant, il est vrai que KKBB permet de demeurer libres du point de vue éditorial. Ceci dit, France Télévisions nous laisse carte blanche dans nos propos et la manière de les illustrer.

4 – Les sujets alarmants sur les enjeux écologiques sont très vastes, comment sélectionnez-vous vos sujets pour alerter le public ? Et pour l’écriture, faites-vous appel à des experts ?

Les sujets sont sélectionnés selon plusieurs critères. En premier lieu, il faut pouvoir faire le tour d’un thème avec une vidéo de dix minutes environ (blagues comprises). Ça limite déjà beaucoup notre choix. Il faut que le sujet soit intéressant, cela va de soi mais ce n’est pas si simple. On fera beaucoup plus de vues en traitant de choses dont les internautes ont déjà entendu parler (déclin des abeilles, COP21) qu’en évoquant une pollution très peu connue ou d’enjeu peu médiatique. Faut-il faire émerger des sujets méconnus ? On s’y affaire désormais.  Il faut aussi varier les thèmes (nature, énergie, animaux, etc.) et organiser nos tournages à des saisons adéquates. Trouver un champ de maïs en janvier… c’est pas gagné !

Enfin, oui, nous sommes relus et parfois assistés de professionnels dans la rédaction des chroniques.

5 – Vos chroniques sont explosivement provocatrices et pas seulement quand vous parlez du nucléaire, votre objectif est d’aller chercher l’attention des non-écologistes ?

Exactement !! Je commence à en avoir assez de prêcher des convaincus, de voir les mêmes gueules de gens tous d’accord dans les évènements écolos. Nous essayons d’informer les profanes, ceux qui, jusque-là se foutaient des enjeux environnementaux. C’est pour cela que nous utilisons les « armes » de communication telles que les prouts et les nichons. Par ailleurs, notre but est aussi de donner en quelques minutesdes arguments et des supports faciles à réutiliser pour qui voudrait convaincre un proche, un commerçant, un élu.

6 – Votre actualité sur les 12 prochains mois ?

Un stage pour me former à la construction de maisons bois/paille… Si j’ai le temps !!! Parce que pour te répondre franchement, je sais même pas ce que je fais la semaine prochaine… Alors dans 12 mois… Par contre, je tenterais bien une candidature à l’élection présidentielle de 2022. Sans déconner !!!

7 – On connaît Mathieu en Professeur, en mode papa ça donne quoi quand on parle écologie avec sa petite fille ?

Le soir, juste avant qu’elle ne s’endorme, je viens la voir dans son lit et je lui chuchote à l’oreille : «  On va tous crever… C’est la merde… Bonne nuit ! » Faut pas mentir au enfants.

Lénie Cherino

1 – Avant que tu sois l’assistante d’un professeur loufoque animé et passionné par sa lutte contre la cupidité des entreprises à épuiser nos ressources, l’écologie était un thème qui résonnait avec toi ?

Oui, mais sans pour autant brandir un drapeau estampillé «écolo ». Dans mon cheminement j’ai très vite été attirée par le yoga et je me suis intéressée aux philosophies asiatiques, qui bien qu’elles soient différentes et très variées ont en commun d’être basées sur les rythmes de la nature, ses saisons, les qualités de ses éléments. J’ai donc naturellement adopté un comportement qui va dans le sens de la contemplation de la nature et du respect de la vie. Ce qui implique de constamment remettre en questions ses habitudes et de les faire évoluer…

2 – Comment est née l’idée de se servir de tes atouts pour faire passer ces messages de manière plus attractive du coup ?

Elle est un peu bizarre cette question ;) Je ne me suis pas dit « Tiens je vais montrer mon cul et mes seins dans un programme pour aguicher et donner envie à un public dominé par ses pulsions machistes de s’intéresser à l’écologie »… D’ailleurs le « raccourci » que fait Mathieu dans une de ses réponses m’a fait rugir, je vais l’engueuler ! Il ne s’agit pas de reproduire un schéma aux antipodes du féminisme pour faire « consommer » de l’écologie comme on consomme des bagnoles. Sophie, je la vois comme un clown et même si sur la forme, le duo est carrément cartoon, léger et drôle, j’aborde ce rôle avec une conscience ultra-féministe. Pour moi avec ce personnage, les intentions de la série vont au-delà de l’écologie. En incarnant une assistante « bimbo » ostentatoirement aguicheuse je surfe sur les codes du burlesque, le but étant de passer au 2nd degré les clichés des bonnes vieilles « blague à papa », de les caricaturer jusqu’à les tourner au ridicule. En dehors de ces considérations, c'est aussi très égoïste... Il est assez jouissif pour un comédien d'explorer la caricature d'un genre, quel qu'il soit. Avec Sophie je m'amuse énormément et en même temps ce personnage hyper incarné ouvre le débat sur pas mal de sujets. Ça me plait beaucoup ce contraste.

3 –  Quel est le thème abordé sur lequel tu as le plus appris et surpris ?

J’ai appris énormément en investiguant pour « Pipi Caca », le dernier épisode. L’urine et la matière fécale sont la base! Si on décidait de les valoriser davantage, cela pourrait véritablement changer le monde… Il faut voir l’épisode 10 pour le croire !!

4 – As-tu changé quelques uns de tes comportements au quotidien depuis le début de l’aventure ?

Depuis bien avant… L’aventure Feuillage m’a fait davantage prendre conscience que l’on ne peut pas continuer à vivre avec des œillères. Le truc avec l’écologie, c’est que quand on commence à discerner les micros grains de poussières, on n’en voit d’autres, et puis d’autres et puis d’autres… C’est sans fin et ça peut vite devenir super angoissant ; alors il devient indispensable de faire en sorte qu’un maximum de nos actes soient en accords avec les valeurs qu’on prétend défendre. Disons, que je suis peut-être plus lucide…

5 - Quand on est l’assistante d’un tel professeur, après les tournages tu te tournes vers le yoga ? ;-)

Après les tournages, on fait l’amour ! C’est du yoga dans un sens… Non, je plaisante ! Bien sûr oui, pour compenser le stress et les tensions que génère un tournage je fais 108 Surya Namaskar à l’aube pendant 21 jours. J’ai bon ? ;)