#Guest72 - Jehan Lazrak-Toub, Co-fondatrice de We-Talk

1 - Depuis 2002, tu es journaliste indépendante et engagée. D’où te vient cette sensibilité ?

Depuis toute jeune, dès le lycée, j’avais cette envie d’agir, de faire ma part dans cette société. J’avais des choses à dire, je suis très bavarde, ça tombe bien ! En moi, je savais que je ne devais pas être uniquement spectatrice et que je devais aussi être actrice. C’est à travers le journalisme que cette impulsion s’est concrétisée. Très vite, j’ai intégré des projets de médias : le journal du lycée, du conseil des jeunes de ma ville à Créteil, où j’habitais. Et de fil en aiguille, j’ai tissé mon parcours en entremêlant mes engagements et ma vocation journalistique. La pluralité de mon identité : femme, d’origine maghrébine ayant grandit dans un quartier populaire sont les moteurs de ma vision et de mon engagement. J’ai à cœur de transmettre, de faire le lien, en donnant à voir la réalité des populations marginalisées en France ou ailleurs. C’est ma sensibilité première. Aujourd’hui, dans mon travail de journaliste, j’essaye de décloisonner et d’ouvrir le champ des possibles. Enfin, la question de l’engagement au féminin jalonne mon parcours. À travers mon métier de journaliste, je souhaite participer à la mise en valeur des femmes « plurielles ».

2 - Depuis 2014, 8 femmes inspirantes viennent faire partager leurs combats grâce à votre évènement We Talk Event. Comment sélectionnez-vous les modèles féminins ?

Les modèles féminins sont sélectionnés en lien avec le thème de l’event qui change chaque année. Pour la première édition en 2014, le thème était “ Ne pas faire sienne les limitations des autres” et l’an dernier, “Elles réinventent le(ur) monde”, l’occasion de questionner les notions de réussite et d’innovation et d’apporter un autre regard aux femmes sur elles-mêmes face à l’autocensure ou qui n’osent pas se percevoir comme innovantes.

Cette année, les modèles féminins viendront questionner la notion de “sororité” et de “faire ensemble” en proposant de nouvelles formes d’actions et solutions pour permettre de « faire société ».

Afin de les sélectionner, avec l’équipe W(e)Talk, nous avons fait le pari assumé de la co-construction et de la participation active via un appel à candidatures ouvert à toutes “faites entendre votre voix avec W(e)Talk”. Tout un chacun est ainsi invité à proposer (ou se proposer) des profils de femmes venant de tous les secteurs d’activités et de toutes les sphères, quel que soit l’âge, le milieu social, le niveau d’études…

Toutes les femmes sont les bienvenues, c’est la marque de fabrique W(e)Talk ! Le comité de sélection, pour départager les candidatures, est composé de la team W(e)Talk ainsi que des modèles féminins et des ambassadrices des années précédentes.

3 - Parmi les autres formats de mise en lumière de femmes engagées, quelles sont les spécificités de votre We Talk Event ?

L’ADN de W(e)Talk réside dans cette volonté d’ouvrir le champ des possibles à toutes les femmes.  En effet, si la femme est louée, les femmes sont négligées. Dans les actions d’ « empowerment », le genre occulte bien souvent les autres spécificités que sont l’âge, le milieu social, le niveau d’études, les secteurs d’activité, l’origine ethnique ou encore la communauté de foi. Là résident pourtant de formidables vecteurs d’identification pour des femmes en quête de consœurs inspirantes.  Avec le W(e)Talk Event, qui célèbre le pouvoir d’agir chez toutes les femmes, nous aspirons à apporter ce supplément d’âme qui en fait un évènement inspirant et positif. Avec les filles, on essaye de faire de cette journée, une journée authentique où se crée une osmose entre les binômes modèles féminins/ambassadrices et les participant-e-s.

Chaque année, j’ai comme l’impression que flotte au-dessus de nos têtes un nuage de bienveillance qui fait du W(e)Talk Event un évènement original où l’on vit des émotions et des rencontres uniques. C’est ce petit truc en plus, ce dialogue des cœurs et des consciences qui fait qu’on est encore là aujourd’hui et qu’on se donne à fond pour faire perdurer l’esprit W(e)Talk.

4 - Un modèle féminin découvert dans votre événement qui a été victime de son succès grâce à son engagement ?

Je citerai Fatoumate Kébé, doctorante en astronomie qui a vraiment fait sensation le 7 juin 2014 lors de la première édition. Elle est à la fois dans la recherche et dans l’entrepreneuriat puisqu’elle porte un projet de start-up sur la gestion des déchets spatiaux. La vidéo de son speech à W(e)Talk a permis d’être une caisse de résonnance pour elle. Mais Fatoumata Kébé, de part son travail, son engagement et son leadership ne pouvait qu’être propulsée sur le devant de la scène. Nous sommes très heureuses de sa réussite !

5 - Quelles sont vos autres actions au cours de l’année ?

En plus de la rencontre annuelle du W(e)Talk Event, nous avons mis en place les W(e)Talk Lab, laboratoires de réflexion et d’action collective lancés en 2015 qui réunissent un ensemble de formats innovants et participatifs permettant de travailler sur une thématique ou un concept spécifique en lien avec l’action au féminin.

Les programmes initiés dans ce cadre permettent la co-construction de solutions nouvelles en lien avec différents publics. Je peux vous citer notamment le programme « Girlz ! » destiné aux jeunes filles dont la première édition s’est déroulée à Paris le 11 avril 2015 sur la thématique “Parcours scolaire, parcours de vie”. Ce programme est construit en partenariat avec la chercheure Haifa Tlilli de l’université Paris Descartes qui contribue à évaluer l’efficacité des programmes d’empowerment et l’UFOLEP, membre de la ligue de l’enseignement. La deuxième édition du programme « Girlz ! » est en préparation et aura pour thème « Sport et Empowerment ».

Nous avons aussi une antenne à Lyon porté par Nathalie Lafrie, cofondatrice de W(e)Talk, autour du programme « Social Shaking Days». La dernière édition s’est tenue dans le cadre de la semaine de l’égalité hommes-femmes le 19 Mars dernier au Caravansérail Café, café solidaire à Villeurbanne. Pour cette édition, le format choisi était un atelier de co-développement regroupant 10 tutrices et 10 jeunes filles et femmes, porteuses de projet, étudiantes, ou en recherche d’emploi de tout âge.

Enfin, nous proposons une soirée d’échanges et de partage sur le thème des femmes dans les sciences dans le cadre de l’Ada Lovelace Week qui a lieu chaque année en octobre.