#Guest64 - Bettina LAVILLE fondatrice du Festival International du film d'Environnement

Je pense que le mouvement des Maires est le plus grand évènement des dernières années en matière de réchauffement climatique car la ville est productrice de CO2, mais aussi, avec une volonté politique forte, rationalise de façon écologique les transports, l’économie et le tourisme.
— Bettina Laville

1 - Le festival que vous avez initié en 1982 en Charente Maritime est aujourd’hui un festival qui résonne avec une société qui prend conscience des tonalités durables de notre monde qui nous sont indispensables. Trente trois ans plus tard, avez-vous été témoin de ce changement de mentalité et intérêt du public? Selon vous à quoi le public est-il le plus sensible aujourd’hui ?

Oui, le Festival en 1982 était très précurseur, trop peut être. En ce qui me concerne, j’avais déjà, très jeune une sensibilité environnementale, mais ce sont les images qui m’ont fait comprendre à quel point la dégradation de la terre avait commencé.  Antoine Reille, le grand ornithologiste, était mon partenaire, il était à l’époque coproducteur de l’émission de TV les animaux du monde. Allain Bougrain Dubourg a été notre premier fidèle… J’ai eu la chance de visionner des films qui étaient réalisés par deamateurs, desscientifiques, sans grand moyens, parfois  sans professionnalisme, mais tellement instructifs, alertant…. On nous traitait d’ « écolos irresponsables », mon milieu de hauts fonctionnaires ne comprenait pas mon investissement dans ce domaine non régalien…Mais aujourd’hui, tout le monde a enfin compris, mais malheureusement la sensibilisation s’est faite trop tard. Elle est aujourd’hui forte, on le voit dans les mobilisations de la société civile pourla Cop 21 ; le publicà mon sens est très sensible aux effets du réchauffement climatique, et aussi revendique des décisions publiques respectueuses de la préservation de la biosphère, c'est-à-dire de la vie humaine, aussi.

2 – Ancienne conseillère politique au sein du cabinet de Brice Lalonde et également auprès du président de la République François Mitterrand. Quels changements drastiques aimeriez-vous soumettre à François Hollande aujourd’hui sur la loi de Transition énergétique pour la croissance verte ?

Sans aucun doute la fiscalité écologique. La taxe intérieure de consommation sur les produits énergétiques est un progrès, très insuffisant. La taxe poids lourds, indispensable, a été un échec. Le problème, c’est que les pouvoirs publics ne savent pas expliquer que la fiscalité écologique n’est pas une fiscalité supplémentaire, mais substitutive. Tant que les citoyens n’auront ni compris, ni ressenti qu’ils payent des impôts non pour des équipements destructeurs de biens publics, maispour participer à l’indispensable changement de modèle, la transition verte se fera imparfaitement.

3 – Vous dites « Tout ce qu’on ne fait pas, les générations futures, elles, verront les effets » des messages égrainés à l’occasion de votre 33ème festival annuel. Qu’espérez vous faire changer dans le comportement des gens dans leur quotidien au sujet de leur lien sur l’environnement?

Oui, nous avons une énorme responsabilité. Nous avons été aveugles sur les conséquences de nos modes de vie, et les conséquences sont exponentielles, donc plus lourdes pour nos descendants, mais en même temps, la force d’adaptation humaine est la meilleure carte, et nous pouvons traverser le XIXème siècle non sans dommages, mais en sauvant les êtres vivants. Bien sûr, la vie quotidienne doit être plus sobre, et elle le sera de fait, mais des changements massifs d’échelle doivent se produire, avec, enfin, l’ébranlement des puissances financières vers des investissements «  propres ». Dans tous les sens du terme…

4 – Un film que l’on a découvert au festival dont vous êtes fière et qui vous a bouleversé? Pourquoi ?

Nous avons présenté en 1987 le premier film tourné à Tchernobyl, au mépris de la vie de son réalisateur qui en est mort, Le Monde en avait d'ailleurs fait sa Une. Ensuite, nous avons présenté les premiers films sur les déchets, et à l'occasion de notre 20ème anniversaire nous avons projeté les extraordinaires films de Jacques Perrin...

5 - Lors de la COP21 il y a eu une forte mobilisation des maires du monde entier. Croyez-vous aux efforts des villes qui représentent 70% des émissions de GES, là où vivent 50% de la population mondiale ? Qui encouragez-vous à agir ?

Je pense que le mouvement des Maires est le plus grand évènement des dernières années en matière de réchauffement climatique car la ville est productrice de CO2, mais aussi, avec une volonté politique forte, rationalise de façon écologique les transports, l’économie et le tourisme. Et des alliances se forment, au-delà des problèmes géopolitiques entre les Nations. J’espère que Mme Hidalgo sera élue Présidente du C40 Cities. Elle a compris l’écologie, en quoi c’était une question de survie, et non de gadget.

6 – Vous êtes la directrice de rédaction de la Revue Vraiment Durable. Selon vous le développement durable prend-il de plus en plus de place dans les mentalités depuis ces dernières années ?

Je suis très attachée à la revue car je m’étonne que peu de philosophes français, au contraire de l’étranger, traitent du problème de la survie de notre espèce… N’est ce pas le problème anthropologique et éthique le plus important? Serge Moscovici, décédé il y a plus d’un an était un penseur considérable, moins connu et reconnu en France qu’à l’étranger… Mais j’ai voulu dire, en parlant de « vraiment durable » que le développement durable était un concept exigeant, philosophique, et non simplement technocratique. Il faut le préserver, et non en changer. Il n’a pas donné encore révélé toutes ses potentialités. Dans le prochain numéro de La Revue Vraiment Durable, nous donnerons la parole aux philosophes, pour qu’ils nous donnent leur sentiment sur l’Accord de Paris, après la Cop21.