#Guest69 - Julie de PIMODAN, Fondatrice de FLUICITY

Il est grand temps que la sphère publique se réveille sur les nouveaux usages du numérique. Remettre le citoyen au centre de leur préoccupation, tout en respectant la vie privée c’est aujourd’hui possible !
— Julie de Pimodan

1 – Tu as travaillé 5 ans en tant que journaliste dans les pays du Moyen Orient pendant le printemps arabe. Témoin du rôle des nouvelles technologies dans les processus démocratique, quelles circonstances ou faits particuliers t’ont marqué?

Les manifestations de Ghezi à Istanbul, m'ont particulièrement marquée. Je travaillais chez Google à l'époque et le contexte politique n'était pas très favorable au développement du secteur digital. J'ai commencé à passer mon temps libre dans des hackathons et à organiser des meet-up autour de l'innovation. J'y ai rencontré des jeunes qui avaient hacké la censure aux réseaux sociaux, des ingénieurs qui avaient cartographié les manifestations du pays en temps réel pour rendre compte des réalités de terrain, des artistes digitaux qui projetaient des images en live sur les bâtiments historiques.  C'est là que j'ai compris que entrepreneuriat était un puissant vecteur d'émancipation et d'évolution des mœurs.

2 - Tu as dit « Google nous connait mieux que nos propres élus » lors de ton TedXParis. C’est à dire ?

Google m'a permis de cerner le potentiel des nouvelles technologies et de la gestion de données pour l'efficacité des organisations. Au même titre que d'autres sociétés comme Critéo ou Palantir, Google propose à ses clients des infrastructures et des algorithmes intelligents, capables d'augmenter de manière exponentielle la pertinence de chaque information diffusée auprès d'un utilisateur. Les grands acteurs de la sphère privée l'ont compris depuis longtemps: communiquer sans données c'est comme envoyer une bouteille à la mer. Il est grand temps que la sphère publique se réveille sur les nouveaux usages du numérique. Remettre le citoyen au centre de leur préoccupation, tout en respectant la vie privée c'est aujourd'hui possible !

3 - Lancée en janvier 2015, Fluicity est la fusion de tes deux expériences professionnelles : journalisme et ton poste chez Google : une plateforme citoyenne pour redonner l’envie aux citoyens d’échanger avec leurs élus. Qui démarches-tu pour nourrir ce fil d’actualité pour intéresser et fidéliser au maximum chaque habitant ?

L'information diffusée sur Fluicity provient de plusieurs sources, nous ne sommes pas dans une communication purement institutionnelle qui risquerait de lasser très vite les citoyens. Le fil d'actualité est nourrit par les flux RSS relatifs à la ville, la Mairie, les associations et institutions locales, tout membre actif de la société civile. L'objectif est de rendre compte de la réalité de vie locale en temps réel, avec sa multitude d'acteurs, mais dans une dimension interactive et ludique. 

4 – Demain si j’ai l’idée de faire un portager bio dans un parc public, je peux faire ma demande via Fluicity par exemple ?

Tout à fait, Fluicity cherche à redonner l'envie aux gens de participer, en les informant, en leur posant des questions et en les incitant à contribuer à l'amélioration de l'espace public à tout moment. On travaille actuellement à l'ouverture d'un module "projets" qui publiera les projets citoyens en toute transparence en permettant aux citoyens de voter pour les projets des autres afin de pousser les dirigeants à faciliter leur réalisation.

5 - Que remarquez-vous comme changement dans votre première ville test de Vernon et dans le 9ème arrondissement de Paris ?

Sur la plateforme elle-même nous avons une croissance d'utilisateurs de 20% par mois et une moyenne de 3 idées citoyennes par jour et par ville. 80% des remontées citoyennes sont traitées par la Mairie. Les sondages permettent aux élus de mettre certaines idées en test et de répondre à des problèmes de manière plus efficace et économiques. À Vernon, plusieurs idées citoyennes on déjà été concrétisées.

6 – Es-tu confiante en tant que start'up de la Civic Tech à redonner confiance et espoir notamment à ces 3 millions de français qui ne sont pas inscrits sur les listes électorales ?

Je ne pense pas que la technologie va sauver la démocratie, les causes de ce déficit sont trop complexes et les acteurs concernés trop nombreux. En revanche, je suis persuadée qu'une partie de la population, notamment les 16-45 ans, ont besoin d'une plateforme neutre, transparente, bien pensée et en évolution constante avec les usages du numérique, pour interagir avec leurs élus et s'engager dans l'amélioration du vivre ensemble.

7 – Des nouvelles sur vos villes test en Suisse et en Belgique ?

On avance bien en Belgique, la Suisse est d'abord un modèle pour nous. On s'attaquera à ce nouveau territoire une fois toutes nos hypothèses validées.

8 – Quels sont tes objectifs d’ici 5 ans ?

Nous aimerions standardiser la pratique de la gouvernance collaborative en Europe.