#Guest66 - Blandine MÉTAYER, Comédienne et Auteure de "Je suis Top!"

Le combat pour l’égalité n’est pas un combat de femmes mais un combat de société où Hommes et Femmes doivent lutter côte à côte…
— Blandine Métayer

1 - La condition des femmes un sujet qui vous anime depuis des décennies et qui remonte depuis vos séances de coaching en entreprises ?

Oui et non car je me suis toujours intéressée à la condition des femmes !  J’ai eu la chance d’être élevée par des parents totalement égalitaires, féministes… Mon Père m’a toujours encouragée à faire ce que j’avais envie de faire et ne m’a jamais limitée… J’ai donc été (et je le suis toujours) très choquée par le sexisme et le traitement inique réservé aux femmes ici et ailleurs… Comme je me plais souvent à le dire nous sommes, nous les Femmes, la seule Majorité opprimée au Monde !...

Mais pour en revenir à la genèse de Je suis Top !… Après mon 1er seul en scène sur le célibat, la vie en solo au féminin (« Célibattante » en 2002), je cherchais un sujet fort, jamais traité. Et comme en parallèle de ma carrière, je fais effectivement depuis plus de quinze ans, via la société Changement de décor qui produit « Je suis Top ! », des interventions en entreprise (Saynètes sur mesure, coachings etc…), j’ai noué pas mal de contacts avec des managers notamment des femmes. En tant qu’œil extérieur, j’ai pu observer beaucoup de choses et en 2010 j’ai eu comme un éclair ! J’ai écrit en un week-end l’histoire et la structure de la pièce… Puis j’ai commencé à  interviewer une dizaine de femmes qui m’ont présenté tour à tour leurs copines. Au total j’ai rencontré une quarantaine de femmes managers, de tous les secteurs, et tous les âges (de 25 à 60 ans) et quelques hommes « éclairés » ! J’ai également travaillé avec la sociologue Cécile FERRO (Laboratoire George Friedmann) et j’ai eu pas mal d’échanges avec Brigitte GRESY.  

2 – « Je suis Top ! », une pièce et un livre graphique mettant en scène des témoignages réels de femmes dans leur milieu professionnel. Comment se sont passés vos échanges avec ces femmes pour qu’elles vous livrent en toute intimité leurs échanges et expériences sexistes ?

Très bien ! Car comme je l’ai dit dans la réponse à la précédente question, elles me connaissaient, appréciaient mon travail et donc m’ont fait totalement confiance… Elles savaient que tout ce qu’elles me confiaient (parfois même des choses dont elles n’avaient parlé à personne !) serait utilisé de manière anonyme et uniquement pour donner de la force et de la vérité à la pièce… J’avais rédigé un petit questionnaire que je leur envoyais pour qu’elles y réfléchissent en amont… Puis on se voyait autour d’un thé et les interviews duraient entre une heure et demie et trois heures ! Je garde un souvenir ému et fort de ces échanges passionnants…

3 – Quel est l’exemple dont sont sujettes le plus souvent les femmes en entreprise ?

Ils sont nombreux ! Pour n’en citer qu’un : Le sexisme ordinaire : par exemple faire allusion au fait qu’une femme ait ses règles si elle émet un avis contraire et exprime un désaccord ! Toutes celles que j’ai interviewé y avait eu droit à un moment ou à un autre !

 4 – Pensez-vous que plus émancipation de la femme il y a, plus le sexisme est propice ?

Non je ne pense pas… Bien sûr quand les femmes sont émancipées et autonomes, il y a encore des manifestations sexistes qui peuvent être violentes… Mais c’est par l’éducation des filles que le chemin vers l’égalité peut être tracé… Ça passe par là, c’est essentiel. On voit bien dans certaines parties du monde comment les hommes barrent l’accès à ce savoir et à cette éducation aux femmes pour encore et toujours assoir leur domination… 

5 – Une étude américaine vient de démontrer l’inégalité salariale entre hommes et femmes aux États-Unis en multipliant la différence de salaire par 40 années travaillées à plein temps sans prendre en compte l’inflation potentielle. Ça vous étonne ?

Non… Le réseau féminin BPW (Business and Professional Women) organise tous les ans « l’Equal pay day » une manifestation dont le concept permet de calculer le jour jusqu’auquel une femme doit travailler en moyenne pour obtenir le même salaire qu’un homme qui aurait travaillé jusqu’au 31 décembre de l’année précédente… Cette année c’était le 29 mars 2016. En France il faut 15 mois à une femme pour gagner la même chose qu’un homme en un an…

6 – Après deux ans et demi de vifs débats, le Parlement vient d’adopter définitivement la pénalisation des clients de prostitués. Expliquez-nous votre implication avec le Mouvement du nid ?

La prostitution est une des formes les plus violentes de la subordination, de l’aliénation et de l’esclavage des femmes… Tant que les hommes pourront acheter et faire ce qu’ils veulent du corps des femmes il n’y aura pas d’égalité F/H… Tout est lié… J’ai donc soutenu et apporté mon concours au mouvement « Abolition Prostitution 2012 » dont le Mouvement du Nid a été l’un des acteurs majeurs… Il y a un an et demi Le MDN m’avait demandé de venir lire des témoignages de prostituées pour animer et ponctuer une conférence de presse. Cette expérience m’a fortement ébranlée et je me suis dit qu’il fallait utiliser le théâtre pour faire vivre ces témoignages… Avec l’accord et le soutien du Mouvement du Nid, je suis donc en train avec Isabelle Linnartz, une amie comédienne et autrice, de faire une adaptation qui donnera lieu à une lecture spectacle appelée « Les Survivantes » et qui mettra en scène sept comédiennes et un comédien. Notre but est de sensibiliser et de faire comprendre pourquoi cette loi est une grande victoire et une véritable avancée pour les femmes. Mais aussi pour les hommes… Car le combat pour l’égalité n’est pas un combat de femmes mais un combat de société où Hommes et Femmes doivent lutter côte à côte…

J’en profite à ce propos pour saluer au passage le formidable travail de ZEROMACHO (Association des hommes contre la prostitution et pour l’égalité) et leurs trois porte-parole : Gérard Biard, Patric Jean et Frédéric Robert…

7 – Pourquoi l’enjeu le plus important de demain c’est l’écologie selon vous ?

Parce qu’il en va de notre survie évidemment ! Avec l’égalité entre tous les êtres humains c’est LE Combat que nous avons à mener… Et vite… Car il y a urgence… De nature plutôt optimiste j’aime à penser qu’il n’est pas trop tard… Même si beaucoup de voyants et d’indicateurs sont au rouge ! Je dirais que l’Ecologie c’est maintenant ! Et chacun doit y travailler à son niveau dans son quotidien par des gestes simples : acheter local et bio, en vrac, faire la cuisine, boycotter les aliments transformés et inutiles, prendre les transports, marcher à pied quand c’est possible, ne pas laisser couler l’eau pour rien… Etc… Et faire pression sur nos gouvernements pour qu’ils ne prennent pas les décisions qui s’imposent quand tout sera plié, anéanti… Je sais on va me dire que je suis une « bobo » idéaliste et privilégiée… Ce à quoi je répondrai qu’un kilo de riz complet bio coûte moins cher qu’un plat de lasagnes ou une pizza surgelée industriels et peut nourrir jusqu’à 10 personnes…