#Guest54 - Guillaume CAPELLE - Co-fondateur de SINGA

Nous passons à côté de nombreux talents qui n’ont pas les outils ou les espaces pour se révéler. Alors que c’est une fierté et une chance incroyable pour une société d’accueillir des personnes en quête de protection et de liberté.
— Guillaume Capelle

1 – Très vite tu t’es senti tourné vers les minorités en rejoignant Amnesty International Australie pour travailler auprès des peuples autochtones. Pourquoi ?

J'avais peur de WALL-E (sourire) : une humanité lisse et apathique qui fuit ses responsabilités sociétales dans un vaisseau spatial. Nous vivons dans un monde où les langues et les cultures disparaissent rapidement. Je voulais découvrir les peuples qui font preuve de résilience face à la mondialisation et aux changements climatiques. De mon point de vue, ils rendent l'humanité moins ennuyeuse. C'est avec ce projet que je suis parti en Australie. La suite, c'est un peu le hasard et beaucoup de rencontres.

2 – Finalement chez Amnesty tu te retrouves à côtoyer les demandeurs d’asile. Tu te rends compte très vite que les démarches administratives pour obtenir leur statut de réfugié ne leur permettent pas d’avoir de réelles perspectives d’avenir, l’attente n’étant pas forcément synonyme de création ou d’épanouissement. De retour en France, ta rencontre avec Nathanaël Molle (co-fondateur de Singa) qui revient, lui, du Maroc fait le même constat que toi. Vous décidez donc ensemble de créer une communauté pour trouver des solutions pour permettre aux réfugiés de reprendre leur vie en main? 

Nous n'avons pas créé SINGA pour les réfugiés, nous l'avons créé pour la société. La manière dont nous accueillons aujourd'hui est nocive pour tous. Nous ne nous rencontrons quasiment jamais sur un pied d'égalité. Nous passons à côté de nombreux talents qui n'ont pas les outils ou les espaces pour se révéler. Alors que c'est une fierté et une chance incroyable pour une société d'accueillir des personnes en quête de protection et de liberté. Cette présence nous renforce à de nombreux égards. Ce que je dis n'est pas nouveau, c'est écrit dans l'encyclopédie de Diderot et d'Alembert. 

3 – Le 31 janvier 2015 : 1er Hackaton sur l’Asile en France avec Makesense et Simplon ce qui a aboutit au dispositif CALM (Comme à la maison), une plateforme d’hébergements lancé le 20 juin 2015 lors de la Journée Mondiale des réfugiés. Vous avez eu plus de 12 000 inscriptions en un mois partout en France. Vous avez été témoin d’un réel élan de solidarité dans l’Hexagone : cela vous a t il permis de sensibiliser davantage de bénévoles sur vos actions globale de Singa ?

Ce qui fait le plus plaisir, c'est la diversité des Français qui se sont manifestés. Nous avons été contactés par des agriculteurs, des policiers, des ouvriers, des chômeurs, des étudiants, des retraités, des entrepreneurs, des comptables, des architectes... Je crois que toute la nomenclature de Pôle Emploi est représenté ! Et partout en France ! Alors, oui, nous sommes dorénavant plus nombreux à agir pour l'hospitalité en France, et pas seulement en hébergeant. CALM a permis à de nombreuses personnes de découvrir l'incubation des entrepreneurs SINGA ou la Night, cet événement musical qui met en lumière des talents musicaux, et bien d'autres activités. 

4 – En Décembre 2015 vous été lauréat du label du gouvernement La France S’engage : vos objectifs cette année avec cette mise en avant ?

L'objectif, c'est de grandir harmonieusement en France. SINGA est né à Paris en février 2012. À la fin de l'année 2016, la communauté devrait également être présente à Rennes, Lille, Strasbourg, Bordeaux, Marseille, Montpellier et Lyon. Des grandes villes, comme point d'ancrage, pour une mobilisation nationale.

5 – 1+1=3 : Avec Simplon, vous allez lancer un projet commun?

Oui, nous sommes très heureux de nous associer avec Simplon pour Refugeeks: la formation d'une quinzaine de développeurs web. L'expertise des deux organisations devraient permettre aux 16 apprenants de rapidement valoriser leur expérience sur le marché du travail, en gagnant une compétence digitale. J'ai hâte que ça commence pour découvrir leurs projets ! Et surtout, j'espère que ça donnera des idées à d'autres associations et entreprises. 

6 – En Mars 2016, un deuxième Hackathon de prévu, cette fois avec TechFugees. Tu nous en dis un peu plus ?

TechFugees, c'est une communauté Tech qui est née à Londres il y a quelques mois pour apporter des solutions digitales à ce qu'on appelle la "crise des réfugiés". Nous travaillions depuis trois ans sur les articulations entre numérique et asile et nous avions prévu d'organiser un nouveau hackathon cette année. C'est assez naturellement que nous nous sommes associés à cette démarche en France pour créer des synergies et produire plus d'impact social. Rendez-vous les 11, 12 et 13 mars au Wagon, école de code, pour booster des entreprises sociales qui répondent aux défis de l'asile avec de la tech! 

7 - Vous organisez avec SINGA des MAD Day avec BNP Parisbas« Make a Difference Day » dans lequel vous faites intervenir un entrepreneur au parcours inspirant. Comment est née cette initiative ? Les entreprises selon toi sont-elles de plus en plus ouvertes à développer l’intraprenariat social ? Pourquoi ?

Nous croisons tous les jours des personnes inspirantes chez SINGA. Nous avons donc créé un format qui permet aux entreprises françaises de bénéficier de cette source d'inspiration dans leurs activités quotidiennes. En retour, les entrepreneurs ont souvent besoin de compétences qu'on trouve au sein des entreprises déjà établies. La BNP Paribas est l'une des premières entreprises à avoir collaboré avec nous de cette manière. Les entreprises sont de plus en plus nombreuses à agir au sein de la communauté pour l'inclusion ou la création d'activités. Cela fait partie de leur responsabilité sociétale et elles y trouvent également un vrai intérêt en termes de management et d'innovation. 

8 – En tant que citoyen engagé, dans 10 ans quels sont les changements que tu aimerais voir au sein de notre société ?

Je voudrais voir plus de femmes à des postes stratégiques, dans tous les secteurs. Je souhaiterais aussi une meilleure représentation de la variété des âges, territoires et activités socio-professionnels au cœur de nos assemblées. Et puis, je rêverais que le mot "citoyen" signifie engagement continu, sur des sujets variés, pas sous forme de dénonciation, mais dans l'action. Ce serait déjà un bon début.