#Guest56 - JonOne, Artiste Contemporain, Graffeur

Chaque mot que j’ai écrit je l’ai ressenti dans mon cœur. Je sais que je faisais une grande chose pour quelqu’un qui a une âme plus grande que la mienne. Les mots de son texte sont extrêmement forts, chaque fois que j’écrivais un mot, il résonnait dans mon coeur...
— JonOne

Des métros new-yorkais à la toile : JonOne, un artiste sauvé par son art

JonOne fait partie de ces personnes au parcours inspirant qui démontre une fois encore que “tout est possible”. Issu d’une famille pauvre originaire de NYC dans le neighbourhood d’Harlem, John Perello de son vrai nom, s’est sorti du cercle vicieux de la pauvreté grâce à son art. Aujourd’hui ses œuvres sont synonymes de modernité, les marques et institutions s’arrachent ses coups de pinceaux pour redonner un vrai coup de fraicheur et de couleur à leurs lieux ou produits.

Une histoire personnelle dure et très modeste que rien ne pouvait laisser présager qu’il deviendrait un jour une personnalité dans le monde du Street Art et qu’il serait l’un des artistes les plus en vogues : « Mon parcours c’est un peu un miracle, les gens qui ont vécu mon histoire ne sortent généralement pas du cercle vicieux de la pauvreté, de ce côté obscur… »

« Paris, Je t’aime » aurait pu être également le titre du film de sa vie

Le jour où je suis arrivée au monde, John foulait pour la première fois les pavés parisiens et ne les a plus jamais quittés. Un américain qui vit son « american dream » à Paris, c’est bel et bien réel et ce depuis 1987 ! « Paris reste pour moi la plus belle ville du monde, c’est là aussi où j’ai rencontré l’amour… » Son premier atelier était situé à l’hôpital Éphémère dans le 18è, un quartier où il a de nombreux souvenirs, tout près d’ailleurs de son œuvre monumentale qu’il a réalisé en 2011 pour la Fondation Abbé Pierre.

« L’esprit de l’Abbé Pierre a changé ma vie »

Ce portrait géant de l’Abbé Pierre réalisé avec les mots de son discours historique de 1954 à l’origine de l’association Emmaüs émeut encore Jonone 5 ans après. Réalisé début de l’année 2011 en plein hiver en une seule nuit de 22h à 6h du matin, cette fresque restera une expérience unique aussi bien physiquement qu’émotionnellement pour l'artiste qui a encore les yeux qui frétille d'émotion : « Chaque mot que j’ai écrit je l’ai ressenti dans mon cœur. Je sais que je faisais une grande chose pour quelqu’un qui a une âme plus grande que la mienne. Les mots de son texte sont extrêmement forts, chaque fois que j’écrivais un mot, je le sentais sur ma poitrine, ça résonnait avec mon cœur… Je vois le monde différemment depuis que j'ai réalisé cet œuvre, ça m'a bouleversé littéralement.  Je viens de la rue, d’une famille très pauvre. Je n’ai pas le parcours typique d’un artiste qui a fait l’école des Beaux Arts… Quand j’ai commencé à pouvoir vivre de mon art, je me suis un peu retrouvé dans une cage dorée, invité de soirée en soirée… Une chose me manquait à ce moment là de ma vie. Je rencontrais le succès mais une partie de moi s’était éteinte… Mais lorsque j’ai rencontré les gens de la Fondation qui m'ont permis de me replonger dans l’univers de la rue que je connais bien et dans lequel j’ai grandi, ça m’a permis de faire ressurgir en moi des sentiments enfouis. J’ai adoré travailler avec eux, j’ai un profond respect pour leur travail et valeurs. Je pense que lorsque l'on s'engage sur ce type de sujet c’est un engagement à vie que tu fais avec toi-même. C’est comme devenir un ambassadeur... Dès que j’en ai l’occasion je me rends bien sûr disponible si mon image et mon art peuvent servir la bonne cause. »

« L’Afrique, le continent que je veux découvrir »

À 52 ans après avoir parcouru le monde et exposé dans de nombreux pays de part et d’autre de l’Atlantique, c’est le continent africain qui aiguise aujourd’hui la curiosité de JonOne pour de nouvelles expositions et découvertes. L’Afrique noire ou encore Madagascar seront très certainement ses prochaines destinations qui auront peut-être le privilège d’être taguées par cet enfant des rues de NYC qui in fine continue de vivre son « american dream » ou plutôt son « world tour dream ». Son art évolue, le prix de ses toiles aussi mais ses racines sont toujours bien ancrées.

« Peintre graffiti expressionniste abstrait » sollicité pour donner un coup de fouet et un vent d'optimisme !

La pauvreté, le mal-logement... des conditions et sentiments qu'il connait et qu’il n’oublie pas malgré les tapis rouges qu’on lui déroule depuis quelques années. Il est d’ailleurs très honoré d’avoir pu apporter sa touche “made in street” aux côtés d’artistes plus classiques au Palais Bourbon début 2015 en exposant son œuvre « Liberté, Égalité, Fraternité ». Un choc des cultures pour cet américain d’origine dominicaine qui sait rester aussi passionné que humble : “Ce fut un honneur de pouvoir mettre une de mes œuvres à l’Assemblée Nationale aux côtés d’artistes prestigieux tels que Delacroix… C’est un lieu qui symbolise beaucoup de choses est c’est une symbolique forte pour moi de pouvoir exposer mon art qui vient de la rue, un art « hors-la-loi » dans un lieu où on fait la loi ! Ce qui me fait plaisir c’est surtout le fait de pouvoir peut-être ouvrir la porte à une autre génération d’artistes… »

Sa simplicité et son engagement a d’ailleurs plus récemment également séduit la prestigieuse marque de luxe Guerlain en ce début d’année en décidant d’immerger ses clientes dans une ambiance vive et festive dans sa boutique du 68 avenue des Champs Élysées jusqu’au 28 février. Pour Laurent Boillot, Président-Directeur-Général de la marque JonOne résonnait déjà comme une évidence à l’idée d’un partenariat avec l’artiste « J’aime dans ses toiles cette explosion de couleurs, ce vibrato qui en jaillit et incite à un bel optimisme. Hyper-créatif, l’artiste peint comme il pense, de manière intense et dense. Ses œuvres exaltent la vivacité des tons qui se mêlent, s’entrelacent et dénotent un esprit libre. »

Après s’être attaqué au ciel en décorant un Boeing 777 d’Air France fin 2015, JonOne a également emmené ses bombes de peinture à la montagne dans le plus grand domaine skiable du monde dans celui des 3 Vallées dans la station de Courchevel. Depuis le 5 décembre et jusqu’au 24 avril la station en partenariat avec les Galeries Bartoux offre un musée à ciel ouvert avec l’exposition événementielle « L’Art au Sommet » dans laquelle Jonone est à l’honneur avec le sculpteur français Richard Orlinski. Oeuf de télécabine, téléphérique, toiles ou sculptures animalières, une explosion de couleurs pour cette 7ème édition qui met à l’honneur l’art contemporain de la gare d’arrivée jusqu’en haut des pistes.

Un engagement sans frontières pour l'enfant d'Harlem

Un nom reconnu mondialement dans l’univers du graffiti, des œuvres exposées dans des lieux prestigieux dans plusieurs pays, l’enfant de Harlem a parfois vu noir mais c’est sa détermination et la bonne humeur de ses toiles qui lui ont permis de sortir la tête du tunnel. Si JLO chantait en 2002 « Jenny from the Block » pour rendre hommage à ses origines du Bronx, elle aurait pu inclure son voisin Johnny du block d'à côté qui est fier aussi de diffuser ses origines au-delà des frontières..