#DoubleGuest65 - Franck LANGEVIN & Gérard NIYONDIKO - PROJET FASO SOAP

Gérard NIYONDIKO, Fondateur

1 - Comment est né ce projet FASO SOAP de trouver une solution pour lutter contre le paludisme? Un concours? D'où vient l'idée d'un savon aux ingrédients répulsifs?

L’idée de la création d’une entreprise de fabrication de savon remonte à l’époque où j’ai commencé ma formation en chimie à l’université du Burundi en 2000.

Originaire d’une région où on exploite le palmier pour son huile, principale source de matière première pour la fabrication de savon au Burundi, je me suis fixé comme objectif de créer une usine de fabrication de savon à la fin de ma formation. J’étais persuadé que je le ferai mieux que les autres.

Mais l’idée d’intégrer la lutte contre le paludisme remonte à 2012 lorsque j’ai commencé mon Master en environnement dans une école d’ingénieurs au Burkina Faso, 2iE.

Arrivé à 2iE, à ma grande surprise, on a commencé les cours sur la création d’entreprise et la rédaction d’un business plan ! J’étais émerveillé et je réalisais que j’étais arrivé dans un lieu propice au développement de l’innovation.

Dans un travail de groupe sur la rédaction d’un business plan, j’ai commencé à parler de mon idée de création d’une entreprise de fabrication de savon et pour faire la différence avec les autres, intégrer des substances naturelles permettant de repousser les moustiques dans le but de prévenir le paludisme. C’est à force de réfléchir et d’échanger les idées que le projet de savonnerie s’est transformé en vrai projet de lutte contre le paludisme. Le savon n’allait finalement être qu’un moyen au service d’un combat qui avait beaucoup plus de sens.

2 - Le fait d’être lauréat au concours de Berkeley en 2013 avec ton camarade Moctar DEMBÉLÉ , qu’est ce que ça a apporté concrètement aux projets? Des articles pour se faire connaitre dans le monde? Une aide financière?

Cette victoire est venue renforcer l’énergie et la confiance que nous avions dans ce projet car la GSVC - Le concours de entrepreneuriat Social Étudiant- récompense les projets à grand impact social et environnemental. En plus ça nous a apporté une grande visibilité sur le plan national et international. La GSVC a été le premier partenaire qui a apporté un soutien financier à ce projet.

Gérard NIYONDIKO et Moctar DEMBÉLÉ - Fondateurs de FASO SOAP

Gérard NIYONDIKO et Moctar DEMBÉLÉ - Fondateurs de FASO SOAP

3 - Où en est le projet aujourd’hui : quelle phase de développement ? Qu’est ce qu’il faut pour lancer sa commercialisation ?

Le projet est encore en phase de R&D pour la validation des prototypes de ce savon anti moustique. Avant d’arriver à commercialiser ce savon, il faut avoir toutes les cautions scientifiques pour pouvoir positionner notre savon avec les autres moyens déjà homologués pour lutter contre le paludisme tels que les moustiquaires imprégnés.

4 - 25 avril 2016 : Journée International de la lutte contre le paludisme : une campagne de sensibilisation grand public est en cours ?

2016 est une année critique. Pour valider scientifiquement l’efficacité de notre savon contre le paludisme, nous avons besoin de financement. Les financements en Afrique étant limités, nous avons décidé de faire appel au grand public en France le 14 Avril prochain sur la plateforme de financement participative Ulule pour une durée de 45 jours. L'objectif minimum est de 30.000€ pour finaliser le meilleur savon contre les moustiques transmettant le paludisme. On vise idéalement 100.000 euros ce qui nous permettrait également de financer les tests d'impact sur le paludisme, nos études anthropologiques et la préparation de la phase industrielle.

Évidemment nous obtiendrons du soutien que si le grand public est d’abord sensibilisé au fléau qu’est le paludisme. Peu de personnes savent que cette maladie tue encore un enfant toutes les 90 secondes. Ce sera également pour nous le moyen de fédérer une communauté de soutiens qui pourront suivre notre aventure dans les mois prochains.

5 - Pourquoi le fléau du Paludisme vous touche autant ?

Je suis d’Afrique Subsaharienne où le paludisme est la première cause de mortalité. Moi-même j’ai eu des crises de paludisme très sévères surtout durant mon enfance qui m’ont conduit à plusieurs reprises à être hospitalisé. C’est un handicap majeur au développement et il renforce le cercle vicieux de la pauvreté dans la région où la majeure partie de la population vit en dessous du seuil de pauvreté.

6 - Existe-t-il un lien selon vous entre la propagation du paludisme et le réchauffement climatique ?

La température est l’un des facteurs favorisant la propagation du paludisme. Il y a eu certaines études notamment en Colombie et en Éthiopie qui ont montré le rapport entre l’augmentation de la température et l’augmentation du nombre de cas de paludisme surtout dans les régions de hautes altitudes.

De plus avec le changement climatique l’apparition des inondations est de plus en plus fréquente ce qui favorise la prolifération des moustiques et par conséquent la propagation du paludisme.

Franck LANGEVIN, chargé des Partenariats

1 - Comment as-tu entendu parlé de ce projet ?

C’était en Septembre 2015 alors que je vivais à San Francisco pour quelques mois, j’ai suivi un cours en ligne (MOOC) de l’ESSEC sur l’entrepreneuriat social. Ce cours présentait des projets en France et dans le monde pour faire changer le monde par l’entreprise. Gérard y présentait Faso Soap. J’ai été séduit à la fois par cette idée simple et géniale de savon anti-moustique pour lutter contre le paludisme et par le fait que ce projet pour l’Afrique soit porté par des Africains.

2- Pourquoi tout quitter pour venir les aider dans leur développement ?

C’était pour moi à la fois le bon moment, le bon sujet et les bonnes personnes pour m’engager dans cette aventure.

Le bon moment: après 12 ans dans les nouvelles technologies, j’étais frustré de voir que les innovations soient de plus en plus futiles et qu’elles s’adressent peu aux problèmes sociétaux, dont notre génération a hérité. Je souhaitais m’impliquer dans des projets porteurs de plus de sens. L’entrepreneuriat social me semblait intéressant, mais je ne savais pas si j’étais fait pour ça. Je suis parti à San Francisco pour prendre le temps de mieux me connaître et me former sur ce sujet. J’ai réalisé qu’être un idéaliste pragmatique n’était pas un oxymore et qu’il fallait que j’exploite ce trait de personnalité.

Le bon sujet: depuis longtemps, la question du paludisme m’interpellait. Je ne comprenais pas pourquoi les médias parlaient si peu d’une maladie qui tuait il y a encore quelques années 2 millions de personnes chaque année, en très grande majorité des enfants de moins de 5 ans. Le monde semblait focaliser son attention sur le terrorisme et détourner les yeux d’un phénomène beaucoup plus meurtrier mais moins spectaculaire. Pouvoir m’impliquer dans lutte contre le paludisme tout en appliquant les méthodes de travail agiles propres aux start-ups m’a semblé un beau projet dans lequel m’investir.

Les bonnes personnes: Je suis parti en Novembre à Ouagadougou sans savoir combien de temps je resterais. Peut-être une semaine ou peut-être beaucoup plus. La question était de voir si j’allais bien m’entendre avec Gérard Niyondiko, le fondateur et Lisa Barutel, chargée de l’accompagnement stratégique et dans quelle mesure je pourrais aider le projet à se développer.

Franck Langevin, Gérard Niyondiko & Lisa Barutel

Franck Langevin, Gérard Niyondiko & Lisa Barutel

3 - Quel est ton rôle dans le projet ?

Mon rôle évolue en fonction des besoins du projet. Mon arrivée a été l’occasion de faire le bilan à date du projet et de retravailler en profondeur la stratégie pour identifier comment avoir le plus d’impact social le plus rapidement possible. Nous avons ensemble compris qu’il nous fallait nous concentrer sur la Recherche et Développement et trouver des partenaires pour amener notre savon anti-moustique dans les mains des personnes les plus vulnérables en Afrique. Nous avons décidé de lancer la campagne “100.000 vies”. Notre objectif est de sauver 100.000 vie du paludisme d’ici fin 2018.

Maintenant que cette ambition est définie, je travaille actuellement à assurer le financement de nos recherches avec la préparation d’une campagne de crowdfunding en Avril et la recherche de partenariats avec des fondations. Puis afin de mieux connaître le marché africain nous allons lancer plusieurs études : une étude anthropologique pour mieux connaître les habitudes d’hygiène corporelle dans les zones les plus touchées par le paludisme et une étude de marché pour connaître les marques de savon les plus couramment utilisés dans ces zones

4 - Quelles sont tes ambitions pour l’année 2016 pour son développement et pour sensibiliser le grand public?

L’année 2016 va être une année très riche pour nous. Nous allons sensibiliser le grand public pour assurer notre financement en lançant une campagne de crowdfunding pendant la Journée Mondiale du Paludisme. Nous souhaitons à la fois sensibiliser nos amis et le grand public à l’urgence de lutter contre le paludisme et leur donner les moyens d’y participer en finançant nos recherches.

Puis en parallèle notre but est de faire valider scientifiquement la répulsivité de ce savon anti-moustique. Nous travaillons à finaliser une première version efficace de notre savon anti-moustique d’ici juin. Pour cela, nous entrons au Centre National de Recherche et de Formation contre le Paludisme à Ouagadougou. Ce centre dispose des équipements nécessaires pour tester l’efficacité de nos différents prototypes sur des moustiques anophèles femelles qui transmettent le parasite du paludisme. Nous souhaitons intégrer dans notre savon des huiles essentielles les plus naturellement répulsives contre les moustiques anophèles et cela en utilisant les dernières technologies utilisées par l’industrie.

Nous allons également approfondir plus finement l’usage du savon en Afrique en menant une étude anthropologique l’été prochain pour mieux comprendre les similarités et les différences de comportements d’hygiène corporelle dans deux pays africains clés.

Nous allons étudier l’impact du savon sur le paludisme en testant sur le terrain dans quelle mesure notre savon réduit la contamination, le nombre de crises et de décès liés au paludisme.

Puis nous avons l’ambition de nouer des partenariats avec les acteurs industriels et les organisations internationales afin de toucher un maximum de personnes. Pour que ce savon soit efficace il faut le rendre disponible et accessible à des millions de personnes en Afrique. Il nous faut donc nous appuyer sur des partenaires industriels et institutionnels pour protéger d’ici fin 2018 progressivement 40% de la population des 6 pays les plus touchés par le paludisme et ainsi sauvé 100.000 vies !