#Guest93 - Sébastien KOPP, Cofondateur de VEJA

En Amazonie nous avons décidé de créer un système qui permet aux Seringueiros de ne pas avoir à couper la forêt pour vivre mais plutôt de les pousser à en devenir les gardiens. C’est en train de prendre, mais Veja est tout petit. Nous continuons, en sachant que nous nous battons peut être dans le vide, et en espérant être suivi un jour, que notre exemple serve à quelque chose.
— Sébastien Kopp

1 - 0% de publicité avec un produit eco-friendly, pourquoi ce pari à l’ère de la tendance so greenwashing?

C’est le cœur de VEJA : nous savions que les grandes marques de baskets dépensent beaucoup en marketing et compressent dans le même temps leurs coûts de fabrication. Cette compression entraine des catastrophes sociales et environnementales, le problème de la production et de la sous traitance mondialisées a créé et créé encore des folies : beaucoup de marques ne savent plus vraiment où elles produisent.

Nous avons créé VEJA voilà 11 ans pour prendre notre époque à contre-pied : VEJA respecte les hommes et l’environnement tout au long de la chaine de production, en remontant jusqu’aux matières premières. Nos baskets sont beaucoup plus coûteuses à produire, mais comme nous ne faisons pas de publicité, elles sont au prix des grandes marques en magasin.  Au public de choisir !

2 - Vos dernières gammes WATA et SDU sont 100% Vegan, quels sont les avantages et inconvénients à produire sans matière animale tout en épousant une fois de plus les valeurs du développement durable dans vos collections?

Nous cherchons sans cesse à améliorer l’éco conception de nos produits. Dès qu’une nouvelle matière écologique voit le jour, nous la testons sur des prototypes de baskets, puis ces nouvelles matières intègrent nos collections. Ainsi, nos baskets sont en coton bio, issues du commerce équitable, elles utilisent des matières écologiques innovantes comme les bouteilles plastiques recyclées. Nous produisons des baskets sans cuir depuis le début de Veja, mais c’est la première fois que nous avons créé une matière pour remplacer le cuir, à base de plastique et fabriquée en Allemagne.

Rubber Tapper - Pic by Camilla Coutinho

Rubber Tapper - Pic by Camilla Coutinho

3 - Voilà 12 ans que vous vous êtes lancés sur le marché des sneakers dans le registre mode éthique et commerce équitable, quels sont vos conseils pour cette nouvelle génération d’entrepreneurs qui souhaitent eux aussi sortir des sentiers battus et tenter l’aventure Eco Friendly?

À celles et ceux qui se lancent : tout reste à faire, nous n’en sommes qu’au début ! Un nouveau monde est en train de naître, celui de la transparence, à nous de la rendre positive!

Remonter les chemins de la production est quelque chose de très excitant, c’est la même démarche que dans le bio : être fier de la manière dont les produits sont fabriqués. La transparence est aujourd’hui un luxe, mais on se rend compte que notre génération est la première pour qui elle devient une nécessité. Notre monde interconnecté permet de moins en moins de secret. La société de consommation en avait beaucoup trop, demander à Volkswagen et ses moteurs diesel, ou aux marques de mode qui produisent dans les ateliers de misère au Bangladesh.

En revanche, la mode « éthique » ou éco friendly n’existe pas. Des projets forts combinant design & transparence sont encore rares. Tout est à créer.

4 - La conception de vos produits passe par l’Amazonie, faites-vous face de près ou de loin au poids et lobby de l’agriculture intensive lors de vos travaux avec les agriculteurs ?

Cela fait 12 années que nous travaillons sur le terrain, et il y a tellement peu de projets qui luttent contre la déforestation que les lobbyistes s’en moquent. Nous nous disons souvent qu’ils ont déjà gagné, l’Amazonie continue à disparaître et tout le monde s’accorde à beaucoup parler mais à ne rien faire de concret, ne rien changer. Nous avons décidé de créer un système qui permet aux seringueiros de ne pas avoir à couper la forêt pour vivre mais plutôt de les pousser à en devenir les gardiens. C’est en train de prendre, mais Veja est tout petit. Nous continuons, en sachant que nous nous battons peut être dans le vide, et en espérant être suivi un jour, que notre exemple serve à quelque chose.

5 - Sébastien au quotidien dans ces gestes Green, ça donne quoi ?

J'essaye de repenser ma consommation, de ma banque (La Nef) à mon fournisseur d’électricité (Enercoop), des réseaux sociaux que j’utilise au soda que je ne bois pas. Depuis 2 ans je réduis ma consommation de viande, mais je n’arrive pas du tout à être vegan. En revanche, j’ai dû diviser par 2 ou 3 la viande, c’est un premier pas… Le vrai truc, c’est de le faire soi, sans prendre la tête aux personnes qui nous entourent ou en leur disant quoi faire. C’est cela qui est insupportable avec les écolos. Comme pour notre combat amazonien, l’exemple est plus efficace que la morale ou les pleurs pour convaincre que nous devons changer nos habitudes. Et c’est aussi une façon d’être heureux !