#HeartInterview - Nicolas Imbert, Directeur éxectutif GREENCROSS FRANCE

Autrefois connu comme un état pétrolier, le Texas tire désormais plus de 20% de son électricité de l’énergie solaire. La transition énergétique est en cours aux États-Unis, qu’on le veuille ou non, et malgré les démonstrations de force des climato-sceptiques.
— Nicolas Imbert

1 - Comment a été reçu l’élection de Donald Trumpn grand Climatosceptique à la tête du 2ème pays le plus pollueur au monde?

Cette élection a eu un effet assez ambivalent sur la CoP. Ça ne change rien et ça change tout à la fois.

Çà ne change rien car aujourd'hui c'est l'économie qui pousse les américains à infléchir leur mode de vie, leur consommation, pour se tourner vers l'écologie et l'économie circulaire. Autrefois connu comme un état pétrolier, le Texas tire désormais plus de 20% de son électricité de l'énergie solaire. La transition énergétique est en cours aux États-Unis, qu'on le veuille ou non, et malgré les démonstrations de force des climato-sceptiques.

Et ça change tout, notamment en ce qui concerne les liens entre paix et climat. Le monde de Trump, s'il confirme sous sa présidence son message de campagne, est terriblement dangereux. Il divise les communautés entre elles, tourne le dos au Pacifique et à Hawaï comme il tourne aussi le dos à la vieille Europe, et remet au goût du jour des questions aussi saugrenues que la négation de la théorie de l’Évolution, ou la remise en cause du lien entre nos activités humaines et le dérèglement climatique. En ceci, tout a changé !

2 - Des alliances positives qui ont émergé?

Cette CoP a été marqué comme étant la CoP de l'eau et de l'assainissement, qui plus est dans un pays qui consomme annuellement 107% de son gisement en eau. Green Cross a été témoin de la naissance de la Coalition Marocaine de l'Eau, dont nous sommes partenaires, et qui mobilise tous les acteurs du secteur. C'est une avancée importante, que nous n'avions pas pû avoir à la CoP21, et qui est désormais acquise.

Nous avons également perçu un intérêt très fort pour la Déclaration des Droits de l'Humanité, qui est un outil de droit innovant pour lutter pour une planète préservée et une humanité sereine. Cette déclaration a été pendant la CoP reconnue par l'Union des Comores, via son Président, qui devient ainsi le premier pays à s'engager formellement en ce sens, rejoignant ainsi le mouvement initié par les villes de Paris et Strasbourg.

3 – Quel a été la place de notre poumon bleu, l'océan, lors de cette CoP22?

L'océan, et le littoral, n'ont pas encore pu faire reconnaitre à cette CoP l'importance qui est la leur. À l'échelle régionale, la MEDCOP, Conférence Climat de la Méditerranée, a proposé des mesures concrètes et opérationnelles pour avancer. Nous avons également structuré autour de Green Cross le lancement de « 2017: stop plastics in the sea », coalition des opérateurs engagés pour d'une part limiter les rejets de plastiques à la mer et donc leur consommation, d'autre part retrouver des solutions appropriées pour les 40 ans de consommation de plastique que nous avons accumulé dans l'océan. Et il y a encore du travail.

Mais ceci ne doit pas nous faire oublier que l'océan n'a pas pu profiter de cette CoP22 pour passer au stade des réalisations concrètes. À ce titre, le fait que la CoP23, sous présidence des îles Fidji, soit hébergée en Allemagne, est significatif du biais idéologique de discussion du sujet. Il faudra d'une part que l'ensemble des grands États Insulaires puissent faire bloc, de l'autre solliciter sans relâche les financements internationaux, tant sur l'adaptation que sur l'atténuation.

4 - Pour alimenter ce fonds de 100 milliards de $ d'ici 2020, avez-vous palpé une sortie positive à l'issue de cette COP22? L’émergence d’objectifs contraignants enfin à l'honneur?

Les financements sont sans contexte le volet qui a le plus pâti de l'élection de Donald Trump. Nous n'enregistrons pas de progrès significatif, et l'absence de leadership européen est préoccupante.

Il nous faut aussi, pour une meilleure effectivité des financements, compartimenter les fonds avec des projets plus petits et plus agiles, à l'échelle des territoires, structurer et standardiser les méthodes de financement en précisant dès le débat les différences entre le don, le prêt remboursable ou non, ainsi que les outils de cofinancement.

5 - La société civile ainsi que les villes sont en marche vers des initiatives propres et éco responsables. Ce sont eux les véritables acteurs du changement d'une société post décarbonée selon vous?

OUI!

6 - Quels sont les nouveaux projets de Green Cross post COP22?

Avant tout, nous souhaitons contribuer à faire vivre « 2017: stop plastics in the sea ». Mais nous allons également poursuivre nos travaux sur l'Alimentation et en commencer les restitutions. Nous travaillerons encore plus avec les entrepreneurs  et le tourisme responsable, notamment proche des territoires.

Et plus que jamais, il est important pour nous d’investir le thème de la santé environnementale, et de développer plus encore notre résilience, et la capacité à connecter la santé, l'environnement et le climat