#Guest49 - Pierre-Yves COUSTEAU, Fondateur de Cousteau Divers

Le contact avec la nature sauvage crée vraiment un sentiment de biophilie, ça permet selon moi de reprendre conscience de son rôle dans la nature, c’est essentiel pour la dignité humaine je pense.

1 – Tu es le fils cadet du commandant Cousteau. Âgé aujourd’hui de 33 ans, tu navigues dans la même dynamique que lui, c’est à dire celle d’être animé par les fonds-marins et sa riche biodiversité. Professeur de plongée-sous-marine, biologiste, photographe sous-marin... D’où te vient cette sensibilité pour le poumon bleu concrètement?

La passion pour la plongée m’a été transmise à l’âge de 9 ans par mon père. Toute vie sur Terre provient de la Mer. La surface de l’océan représente 70% de notre planète et cet océan produit la moitié de l’oxygène que nous respirons. Il nourrit un milliard d’entre nous… et reste largement inconnu. Il recèle des secrets, des ressources et des découvertes qui peuvent transformer le monde. Il peut continuer à subvenir à nos besoins pour des millénaires si nous arrêtons à temps son pillage intempestif!

2 - D’où t’est venue l’idée de fonder Cousteau Divers, ce réseau social marin? Quelles sont les différences avec le Project Aware mis en place par les fondateurs de Padi?

L’idée de fonder Cousteau Divers m’est venue lorsque je travaillais comme professeur de plongée en Grèce. Je voulais être plus qu’un observateur passif de la dégradation de la mer et j’ai réalisé que je ne pouvais pas le faire seul. L’union fait effectivement la force, Cousteau Divers est un programme de sciences participatives. Project Aware quant à lui mène des campagnes importantes notamment pour les requins et les “cleanup”.

3 - Ton avis sur la pêche en chalut en eaux profondes et leurs impacts sur le plus grand écosystème de la planète ? 

La pêche au chalut est un désastre écologique! Elle extermine sans discrimination la biodiversité marine pour une poignée de crevettes ! Elle n’est ni rentable, ni durable. Cette technique de pêche est une véritable dévastation sans nom pour laquelle nos enfants nous maudiront. Nos impôts, qui subventionnent malheureusement ce phénomène  pourraient servir à reconvertir les pêcheurs plutôt qu’à achever l’océan… Une étude publiée cet été dans la revue Nature recense du plastique dans 25% de tous les poissons en vente libre, 50% des espèces, 33% des mollusques.

4 – Quel est ton rôle au sein de l’IUCN en tant qu’officier des programmes marins?

Je gère plusieurs projets qui portent notamment sur la psychologie sociale et la finance bleue, mais aussi loutre-mer européen. Je suis convaincu que nous pouvons réussir une croissance bleue nette, qui prend en compte l’érosion des services écosystémiques dans la mesure de cette croissance. Sans quoi, la croissance bleue risque d’être le clou dans le cercueil de l’océan. Elle peut être aussi une transition historique, comme la été la venue de lagriculture pour nos civilisations.

5 -  Avec tous ces projets, sur quoi travailles-tu principalement en ce moment? Issue de Cousteau Divers, mon actualité principale, que jai présenté au cours du mois de septembre au Forum de l’Économie Positive, à lISWA 2015, à lEMSEA 2105 et que je présenterai cette semaine au sommet Eye on Earth à Abu Dhabi, est Le Projet Hermès qui porte sur la mesure de la température des océans en profondeur.

Nous sommes en 2015 et personne ne la connaît que ce soit au niveau des côtes, des récifs coralliens ou encore en Méditerranée... Les satellites ne mesurent que la température de la peau de la mer. Il y a bien évidemment des scientifiques isolés qui remontent des données, mais il n’existe pas de plateforme qui les réunit, ni de collecte systématique des données des ordinateurs de plongée.

Avec notre réseau de plongeurs, appuyés par la NOAA et l’Agence Spatiale Européenne, ainsi que l’Université de Queensland, nous allons prendre la température des océans en profondeur partout dans le monde en temps réel. Cinquante centres de plongée seront labélisés Cousteau Divers en 2016 et feront office d’observatoires permanents des océans partout dans le monde. Les données récupérées seront prises à partir des ordinateurs de plongée et chaque plongeur pourra ainsi envoyer leurs données sur la plateforme qui les centralisera. L’un des objectifs du Projet Hermès consiste également à dévoiler les données des dix dernières années de la température des océans en puisant dans les données historiques.

Grâce à ces nouvelles données scientifiques, nous pourrons alors tenter de répondre à diverses questions, telles que: Comment se comportent les thermoclines (strates de température dans l’océan)? Comment l’océan absorbe-t-il et relâche-t-il l’énergie? Comment les thermoclines influencent-elles la biodiversité côtière et marine? Etc.

Nous ouvrons véritablement une nouvelle discipline scientifique avec d’innombrables applications : militaires, économiques, scientifiques, etc.

Nous sommes actuellement en pleine campagne sur la plateforme de financement participatif, pour nous soutenir rendez-vous sur Indiegogo!

6 - Qu’attends-tu des décisions de la COP21 dans trois mois ? Ton message aux 195 chefs-d‘États concernant les fonds marins ?

Il est impératif que nous prenions tous conscience de l’importance de la mer qui couvre les trois-quarts de la surface de la planète et qu’elle est indispensable dans la régulation du climat en étant notamment un important puits de carbone…

Avec le Projet Hermès, nous essayons de publier un rapport qui révèle l’influence des thermoclines sur le climat via des données satellites et humaines qui remontent jusqu’à 10 ans en arrière.

Malheureusement la mer est loin des discussions de la COP21. Je ne pense pas que ce soit un “oubli”. Selon moi le problème avec l'océan c’est que nous le partageons. Inclure l’océan dans les débats de la COP secouerait les notions de gouvernance et d’ingérence. Je pense que nos chefs-d‘État ne souhaitent pas surmonter ce désagrément, ou n’y voient pas leur intérêt…

7- Ton opinion concernant les accords contraignants ?

Je pense que l’ennemi est à l’intérieur de nous, le problème est avant tout psychosocial. Le refus du long-terme, de la vision de se placer dans la nature… Le problème, selon moi, vient de toutes ces barrières qui nous empêchent d’être des intendants de la planète. Ces barrières sont créées et renforcées par les messages médiatiques et officiels qui vont renforcer les valeurs de consumérisme et de succès financier au détriment des valeurs d’empathie, de communauté ou encore d’intendance qu’elle soit écologiste ou humanitaire.

Nous sommes de fait très influençables et malheureusement poussés dans cette direction via notre société de consommation et par les politiques, les médias, la publicité...

J’aimerais leur dire de pousser dans l’autre direction et que cette vision n’est absolument pas incompatible avec un développement économique, bien au contraire, tous les êtres humains ont besoin d’épanouissement! Il peut bien évidemment être financier mais aussi venir de la communauté, dans le bien-être à faire des choses utiles autour de soi, etc. Des valeurs comme la solidarité par exemple devraient être mise plus en avant dans notre société. Ce sont d’autant plus des valeurs qui peuvent stimuler l’innovation, etc.

8 - Qu’est ce que tu souhaiterais que tes enfants voient plus tard ?

J’aimerais qu’ils puissent voir des écosystèmes extraordinaires et sauvages, qu’ils puissent découvrir de beaux récifs coralliens en pleine santé avec des requins ; des tortues… Le contact avec la nature sauvage crée vraiment un sentiment de biophilie, ça permet selon moi de reprendre conscience de son rôle dans la nature, c’est essentiel pour l’épanouissement. Chaque être humain d’ailleurs devraient pourvoir le voir et le vivre…

9 - Te considères-tu comme un acteur du changement ?

Je vois des choses absurdes, des redondances, des inefficacités, tous les jours dans notre société, et je pense avoir le “bon sens” de vouloir préserver l’environnement, pour sa beauté, et pour les innombrables services essentiels qu’il nous rend.

10 - Une rencontre bouleversante lors d’une plongée ?

Ce requin-baleine des Galápagos en 2012. Il y en avait 7. Nous avions l’impression de traverser une autoroute.

11 – Un mot sur l’initiative de ce blog de mettre en lumière les acteurs du changement ? Est-ce utile de parler solutions et solidarité selon vous ?

Merci. Absolument. Il faut encourager et faire connaitre les initiatives positives, qui ont un but d’amélioration sociale ou écologique.