#Guest45 - Mathieu BAUDIN, Co-Fondateur et Directeur de l'Institut des Futurs Souhaitables

Nous apprécions le bruit de la forêt qui pousse et non plus seulement celui de l’arbre qui tombe, et en changeant de prismes nous nous apercevons que le Futur n’est pas une abstraction mais une germination!

1 –  Tu as co-fondé un institut complètement disruptif dans lequel tu invites notamment des « conspirateurs positifs » à aller explorer les souhaitables. Explique-nous comment est née cette folle aventure ?

J’ai toujours voulu comprendre, prendre avec, et saisir le temps présent.

Je me suis d’abord tourné vers l’Histoire, sur ce que l’homme a fait pour changer son monde. Désormais je me tourne vers le futur et j’imagine ce qu’il pourrait y faire. Le Futur étant, là encore, un prétexte à éclairer le présent. Historien et prospectiviste sont en effet les deux facettes d’une même quête. L’un raconte hier à l’aune de ce qui a dû être, l’autre raconte demain à l’aune de ce qu’il pourrait être. Ils ne regardent pas du même côté mais tous les deux sont des conteurs. C’est ainsi que commence notre histoire. Au départ je n’étais pourtant pas prédisposé à prendre cette direction avant finalement que les circonstances ne m’y poussent !

J’enseignais alors à l’École Centrale, au Collège des Hautes Études de l’Environnement et du Développement Durable. Nous formions des dirigeants au développement durable. J’étais déjà convaincu que les dirigeants n’étaient pas la bonne cible et le développement durable pas le bon sujet. Notre cible aurait dû être les décideurs, ceux qui disposent d’un levier.  Notre sujet : la réinvention du monde !

J’ai alors proposé de transformer notre institution, ce Collège des Hautes Études en un Institut des Futurs souhaitables dans l’objectif qu’il soit porteur des deux intuitions qui m’animent depuis très longtemps. Mettre les artistes aux côtés de stratèges pour donner à avoir un futur qui soit autre qu’anxiogène et créer une « formation du futur congruente » avec le sujet soulevé, explorant elle-même en premier lieu ce qu’elle dispense.

L’institution s’est évertuée à m’expliquer que cela relevait de l’utopie… Une idée tout à fait irréalisable. J’ai continué à enseigner mais je me suis mis à réfléchir à ce projet de plus en plus activement en y associant des amis et tous ceux qui étaient prêts à offrir leur temps et leurs compétences !

En deux ans et demi, avec Jean-Luc Verreaux, co-fondateur nous avons travaillé notre sujet. Issu de ma première formation à l’Ecole Centrale, Jean-Luc suivait en parallèle une formation en Management dans une école éponyme. Dans ce cadre il devait travailler avec trois des ses camarades sur un projet pendant un an et m’a demandé si j’avais une idée de sujet… Le prototypage de l’Institut des Futurs souhaitables allait commencer. Après un an de travail minutieux, ils ont réalisé un business plan qui nous a conforté dans l’idée que le concept en plus que d’être passionnant était viable et réalisable et ont d’ailleurs remporté la deuxième meilleure note de la promotion !

C’est ainsi que nous avons ouvert l’Institut des Futurs souhaitables fin 2011. Et début 2012, nous avons lancé notre premier voyage, notre première Lab Session

Depuis lors Alice Vivian s’est joint à cette aventure et a fait rentrer notre épopée dans son second temps : la propagande positive.

Comment définis-tu un « conspirateur positif » ?

C’est un ré-inventeur de Mondes aussi modeste soit le périmètre de sa réinvention. Un explorateur convaincu que les tumultes du temps ne sont pas le signe d’une tempête qui passe mais bien celui d’un changement de civilisation qui s’installe. Capé au sommet de son art, il éprouve, il s’inspire, il a le courage d’expérimenter au-delà des cadres, des disciplines et des corporations. Il essaie d’avoir une vision moderne dans un monde où tout est à réinventer.

Il partage l’intime conviction que dans un futur proche aux ressources nécessairement limitées, si l’on perdra en quantitatif on y gagnera en qualitatif. Que l’on fera mieux avec moins et que ce saut quantique fera redécouvrir des valeurs de partage, d’audace créative et de solidarité.

Optimiste offensif, il choisit de lutter contre la sinistrose ambiante et a décidé de passer de l’incantation à l’incarnation : du « Il faut changer » à « Je suis porteur du changement ! ».

2 – L’IFs résonne parfaitement aux changements de la nouvelle société qui émergent de plus en plus chaque jour avec l’arrivée de nouvelles technologies rendant le quotidien plus collaboratif, etc. Chaque année vous embarquez dans votre « Lab Session » des conspirateurs positifs pour aller explorer les souhaitables. Quels sont les ingrédients de votre Lab Session ?

Une Lab Session n’est pas une formation mais une transformation. C’est un voyage intellectuel qui dure seize jours répartis sur six mois durant lequel vingt cinq voyageurs volontaires accompagnés d’une équipe de plus d’une cinquantaine d’intervenants et artistes sélectionnés minutieusement explorent les limites de l’existant pour mieux les dépasser.

La biodiversité culturelle est l’élément primordial pour créer une réelle alchimie parmi nos voyageurs. La moitié des participants vient du CAC 40, du monde la banque, de l’assurance, de l’énergie, du luxe, du service publique, de la mobilité… Deux places sont contingentées pour l’État, deux autres pour des collectivités territoriales, deux places autres sont réservées pour des ONG, trois à cinq places pour des entrepreneurs dont deux entrepreneurs sociaux, trois autres pour des chômeurs en mutation de vie, une place pour un artiste et enfin une pour un journaliste.

Quelles sont les qualités requises pour monter dans la caravelle ?

L’ouverture, la curiosité, la bienveillance sont les pré requis pour ce voyage. La réinvention du monde est un sport collectif. Nous construisons ensemble les désaccords, nous esquissons nous-même les limites du monde à dépasser bien convaincu que la fin d’un monde n’est pas la fin du monde, bien au contraire ! Nous mettons en perspective les signaux faibles, ces faits porteurs d’avenir qui recèlent peut-être de grandes ruptures. Nous apprécions le bruit de la forêt qui pousse et non plus seulement celui de l’arbre qui tombe, et en changeant de prismes nous nous apercevons que le Futur n’est pas une abstraction mais une germination.

Quel est votre objectif à l’issue de chaque LS ?

Notre souhait est de réhabiliter le temps long dans les décisions présentes mais aussi d’inspirer le débat public de Futurs souhaitables. Nous voulons montrer que, si un autre monde est possible, un nouveau regard au monde l’est déjà. Le fil rouge de notre lab session est d’armer et animer un écosystème de conspirateurs positifs pour hâter la métamorphose du Monde transmutant la bienveillance en bienveillance.

3 – Quelles sont vos nouveautés ?

Post-r notre nouveau projet de datavisualisation permet en quinze minutes de comprendre son temps sur les fondamentaux de la complexité (Biodiversité, Climat, Energie, Sécurité alimentaire, ressources, gouvernance...)

En parallèle, nous continuons à développer notre campagne de propagande positive qui en fonction de votre profil (plutôt Rebelle, Romantique, Rigolo, Geek, Artiste, Intello ou 100%Bio…) vous donne des armes créatives, des Kit de Conspirateurs positifs pour accélérer la métamorphose, nous mettons en place pour la COP-21 une unité mobile de propagande positive qui se déplacera sur tous les évènements des nos amis/complices pour esthétiser en live les idées positives qui participent de la germination créative du Monde d’Après.

4 – Selon toi l’application qui représente le plus cette troisième révolution industrielle et pourquoi ?

Pour symboliser la puissance de l’Open et du Libre, j’aime citer l’histoire que je trouve assez parlante de ces deux produits concurrents qui se sont lancés presque au même moment. L’un était Encarta, imaginé par Microsoft et l’autre Wikipédia, que l’on ne présente plus. L’un était basé sur un système ancien, pyramidal et doté d’un important budget avec un process et des chefs de projet. L’autre était basé sur un fonctionnement collaboratif et sur l’intelligence collective. Aujourd’hui, Encarta n’existe plus et Wikipédia avec moins de 120 salariés est l’un des sites les plus visités au monde.

L’esprit de l’Open-source change la donne. La source du code est incrémentée et enrichie de centaines de contributions. C’est un système redoutablement efficace, qui crée de la richesse mais qui questionne la propriété.

5 – Une rencontre bouleversante

Andres Andrade dit El commandante. Humaniste, pilote dans l’armée de l’air chilienne qui se retrouve un beau jour de janvier 1959 sur le tarmac de la Havane quand les barbudos prennent la ville. Résultat quatre années à œuvrer au côté du Che… Puis deux ans dans la Chine de Mao… Un retour auprès de Salvador Allende… puis la guerre… l’exil… puis une rencontre avec l’Abbé Pierre lui proposant une méthode prospective pour imaginer le développement de tous les Emaus d’Amérique Latine.

Un homme, trois révolutions sans jamais être communiste juste en résumant sa vie d’aventures par une histoire de coïncidences, bien convaincu comme dans ce blog que le hasard sourit aux âmes bien préparées.

6 – Un mot sur l’initiative de ce blog ?

Il participe en tout point à l’esprit de notre aventure qui est celui de faire entendre le bruit de la forêt qui pousse plutôt que celui de l’arbre qui tombe et surtout de donner à voir l’ère du temps et pas n’importe lequel puisque c’est celui qui vient!