#Guest37 - Frédérique BEDOS, Journaliste, Présentatrice & Fondatrice du Projet Imagine

Je pense qu’il est temps de changer de regard. On a besoin de recevoir d’autres messages pour avancer et bâtir un avenir qui puisse nous inspirer et nous encourager à construire un futur positif !

1 – Vous avez un parcours familial qui n’est pas des plus classiques. Grâce à un prêtre, Jeanne votre mère biologique diminuée par la maladie psychique et vivant avec des moyens modestes vous conduit dans votre famille adoptive chez Marie-Thérèse et Michel. Vous avez grandi avec 18 frères et sœurs de plusieurs origines dont plusieurs présentant des infirmités. Vous qualifiez votre famille de « Tribu arc-en-ciel ». Pour vous, que signifie le mot « famille » ?

La famille pour moi c’est d’abord et avant tout l’endroit où l’on peut être accueilli quelque soit son passé, son apparence, son intelligence, sa beauté, etc. C’est un endroit où il y a des bras ouverts qui vous attendent pour vous recevoir avec beaucoup de tendresse et vous nourrir dans tous les sens du terme aussi bien physiquement que spirituellement. La tendresse je la considère comme une nourriture qui permet l’épanouissement et l’émancipation…

Cette définition de la famille, cette ouverture d’esprit et d’acceptation de l’autre quelque soit ses origines c’est ce que j’ai pu découvrir avec mes parents adoptifs. La question de savoir si nous étions du même sang n’existait pas ! Ensemble avec mes parents et mes frères et sœurs nous savions que nous avions tous besoin des uns et des autres pour pouvoir survivre. Nous nous sommes tous adoptés les uns les autres avec nos différences en prenant conscience au fond de nous que chacun avait besoin qu’on lui tende les bras pour pouvoir survivre, c’était une question de vie ou de mort…

2 – À la base historienne de l’art spécialisée dans l’égyptologie, vous vous dirigez finalement dans une carrière télévisuelle en tant que journaliste et présentatrice d’abord à NYC, puis à Londres et enfin à Paris pendant une quinzaine d’année. Puis vous arrêtez tout en créant Le Projet Imagine, une plateforme philanthropique qui met en valeur des héros anonymes. Expliquez-nous ce virage et le message que vous voulez faire passez via votre beau projet ?

J’ai en effet un parcours atypique ! Je me suis retrouvée complètement par hasard dans les médias. Je n’avais jamais rêvé de devenir journaliste ou de travailler à la télévision, c’est arrivé vraiment inopinément dans ma vie. J’ai eu la chance de le faire et de profiter d’une belle carrière internationale dans laquelle je me suis bien éclatée et ai pu profiter de bons moments et fais de belles rencontres… Mais en 2008 il est vrai, j’ai eu un double déclic aussi bien professionnel que personnel.

J’ai posé un regard nouveau et critique sur le monde des médias d’aujourd’hui notamment sur celui de la télévision. Je me suis rendue compte qu’à la télévision les trois quart du temps les journalistes parlent du pire de l’espèce humaine. Je pense qu’il est temps de changer de regard. On a besoin de recevoir d’autres messages pour avancer et bâtir un avenir qui puisse nous inspirer et nous encourager à construire un futur positif !

À ce moment là de ma vie toutes les valeurs de mon enfance ont ressurgi. J’ai ressenti un véritable Big Bang dans mon cœur, ça m’a donné un élan incroyable pour développer Le Projet Imagine!

Des gens généreux et ouverts comme mes parents sont de véritables héros et nous en avons tous autour de nous ! C’est à partir de cette prise de conscience qu’est née l’idée de faire du journalisme avec espérance en faisant ces portraits de héros qui s’attaquent aux problématiques qui nous entourent en proposant des solutions et alternatives qui fonctionnent. C’est grâce aux films de ces héros anonymes que nous pouvons participer nous aussi à ce grand élan pour bâtir le meilleur ensemble !

C’est ça que j’appelle un média utile qui donne envie de se lever de son fauteuil pour travailler à ce monde meilleur.

En une phrase qu’est ce que Le Projet Imagine ?

Nous avons deux slogans qui représentent bien nos deux casquettes « Sois un héro, sois toi-même ! » et « Aidez ceux qui aident ! ». Le Projet Imagine est un média totalement philanthropique qui essaye de montrer ce que nous avons véritablement de meilleur et permet à la fois de soutenir des initiatives via des dons.

3 –  Quelles sont vos prochains projets ?

Le 6 mars 2015 nous avons fêté nos 5 ans, date à laquelle nous avons projeté à l’ONU à Genève notre premier long métrage « DES FEMMES ET DES HOMMES ».

Ce film aborde le thème de l’égalité homme/femme. Je me suis aperçue que ce sujet était totalement pollué par l’idéologie et c’est la raison pour laquelle il y a souvent des personnes allergiques à ce genre de thème. Dans ce film on parle de tous les sujets brûlant de l’actualité du moment, que ce soit le terrorisme, l’extrémisme religieux, les journalistes que l’on veut faire taire, etc. C’est sans doute pour cela qu’il a été projeté à Matignon dix jours après les évènements à Charlie Hebdo et de l’Hyper Cacher…  On dénonce une problématique dont il faut absolument s’emparer si on veut rêver un jour à vivre dans un monde en paix !

Au mois d’avril j’ai participé à l’une des conférences TEDx à Cannes dans laquelle je fais l’état des lieux de mon parcours et de mon engagement avec mon prisme familial.

Le Projet Imagine va également bientôt prendre le large sur le trimaran « DIAM 24» et son équipage mené par Antoine Carpentier qui nous soutient ! Le bateau débutera le tour de France à la voile le 3 juillet prochain à Dunkerque : http://www.lesouffledunord.com/ / http://www.vendeeglobe.org/fr/actualites/article/14789/thomas-ruyant-embarque-les-gens-du-nord.html.

Durant toute la traversée vous pourrez voir le bateau avec notre logo, je suis très honorée de cette initiative ! Ce sera un avant-goût des aventures de notre IMOCA 60 qui, lui, participera à diverses courses dont la Rolex Fastnet Race en aout, la Transat Jacques Vabre cet automne et en 2016, le summum avec le Vendée Globe avec à sa tête le marin du Nord : Thomas Ruyant ! Le bateau, les équipes et les frais inhérents à ces courses, sont financés par une entité originale : le Souffle du Nord. Il s’agit d’un collectif d’hommes et de femmes du Nord de la France qui décident de mettre leur moyen en commun et volontairement de rester dans l’ombre pour qu’enfin, ceux qui sont toujours dans l’ombre, nos fameux héros humbles, soient dans la lumière ! C’est véritablement un concept très novateur et unique !

De plus on continue toujours la réalisation des portraits de nos héros aux quatre coins de la planète prônant toujours le même message universel, celui de l’amour de l’homme, de la création, de l’humanité, de notre planète et de la vie !

Notre présence dans les médias est vraiment d’encourager le média dit « utile ». Il est primordial que les prises de consciences soient profondes dans les cœurs de manière à ce que les gens puissent s’emparer des problèmes les plus prégnants au delà de l’idéologie avec un esprit constructif, etc.

4 –  Le monde connecté est-il selon vous une avancée pour l’humanité et quel constat en faites-vous dans votre domaine ?

Je trouve très intéressant l’effervescence qui se dégage autour du web ! Trop de gens diabolisent Internet alors qu’avant tout ça reste un outil. Ce qui compte comme dans tous les médias d’ailleurs, c’est la manière dont on s’en sert. Internet peut être utilisé pour le pire comme pour le meilleur. Ce que j’aime beaucoup c’est la dimension « globalisation » et « mondialisation » que cet outil nous apporte. La génération Y est née avec cette vision et pour la première fois de l’humanité nous avons conscience que nous avons un destin commun, je trouve ce côté très positif ! Nous avons conscience aujourd’hui plus que jamais que nous vivons tous sur la même planète, le même bateau, et qu’il va falloir allier nos forces pour le préserver afin qu’il ne sombre pas…

On a tous besoin des uns et des autres et il va falloir qu’on s’entraide pour rester à flot !

5 – Vous sentez-vous concernée par le changement climatique et que souhaiteriez-vous voir comme décisions à l’issue de la COP21 ?

Je me sens très concernée sur les questions liées à l’environnement au climat. Cela fait d’ailleurs plusieurs années que j’ai pour idée et surtout l’envie de faire un grand film sur le changement climatique et de faire une grande campagne à ce sujet. Je suis d’ailleurs en pleine phase de préparation là-dessus.

À l’issue de cette COP je pense que malheureusement tout ne sera pas résolu, un grand travail de sensibilisation, de travail des cœurs, des âmes et des esprits sera encore à faire pour réussir à basculer vers des décisions radicales. Mon souhait si effectivement nous pouvions rêver à une résolution radicale serait que tous les grands leaders mondiaux des pays les plus riches décident sincèrement de prendre une décision stratégique forte mettant l’aspect financier derrière la condition humaine et non l’inverse !

6 – Racontez-nous une histoire/ rencontre bouleversante ?

Des rencontres bouleversantes dans ma vie j’en ai eu plein mais l’une des plus marquantes peut-être serait avant tout celle avec mes parents adoptifs Marie-Thérèse et Michel !

Leur ouverture d’esprit et leur générosité n’ont pas eu que des échos positifs à l’époque. Ce n’est que récemment que j’ai réalisé tout ce qu’ils ont dû surmonter face au regard d’autrui au sujet de leurs adoptions diverses. Leur schéma familial ne rentrait pas dans « les cases ». Adopter des enfants présentant des infirmités et de toutes les couleurs bousculait radicalement les schémas. Ils ont fait ce choix en prenant le risque de leur réputation !

Loin d’être admiré à l’époque mes parents ont été très durement critiqué et jugé. On les traitait injustement de « fous » ou « d’illuminés » et ont dû faire face de facto à un jugement extérieur très dur alors que de nature très simple et discrète ils pensaient justement que leur démarche était tout à fait normale… Je pense que cela a été pour eux une vraie douleur à surmonter et un vrai combat à vivre pour affronter ces critiques malveillantes…

À la fin des années 60, début des années 70 il était très rare que des couples adoptent des enfants qui ne leur ressemblaient pas. Même le sujet de l’adoption était rarement abordé, ça restait le plus souvent un secret de famille. Alors quand mes parents originaires d’une petite ville de province se mirent à adopter des enfants de toutes les couleurs dont certains présentaient des handicaps très lourds, ça faisait « cour des miracles » !

Ça m’a beaucoup donné à réfléchir… Prendre conscience de cette dimension m’a bouleversé… J’ai réalisé en fait que tous ceux qui font bouger le monde, qui décident de faire reculer les lignes du possible sont malheureusement trop souvent loin d’être bien accueillis et très durement et injustement jugés ! Tous ceux comme eux qui vivent leur engagement avec conviction seront d’abord critiqués avant d’être encensés ! En voulant faire bouger les lignes forcément on dérange ! Aujourd’hui il y a vraiment urgence à agir et en étant de plus en plus nombreux et soudés nous pouvons faire vraiment changer les choses ! Il ne faut pas s’arrêter aux critiques et c’est peut-être même souvent bon signe, alors j’encourage tous ceux qui sont dans cette même dynamique de continuer leurs efforts !

7 – Un mot sur l’initiative de ce jeune blog ?

Je te rencontre à peine mais ce que je trouve toujours très beau ce sont les initiatives qui sont liées à un vrai déclic personnel souvent lié à une histoire personnelle et tu en fais partie. Il y a plein d’initiatives dans le monde, plein de gens veulent faire des choses mais pas tant que ça naissent d’un écho de l’intérieur qui vient du cœur... Je pense que celles-ci sont les seules vraies initiatives qui pourront durer dans le temps parce qu’il faut vraiment quelque chose d’ancrée véritablement dans les tripes et dans le cœur pour pouvoir aller au bout d’un chemin comme celui de l’engagement ! C’est ça qui me plait dans ton histoire et pour le coup la tienne est ancrée dans ton cœur dans tous les sens du terme ! Alors accroche-toi bien à ce cœur, continue véritablement d’écouter cette boussole intérieure, cette voie qui va être ton guide dorénavant, et « Yalla » comme dirait sœur Emmanuelle ! ;-)