#Guest40 - Jean-François CAMILLERI, Président de The Walt Disney Company France et de DisneyNature

Je ne suis pas scientifique, je ne suis pas politique mais producteur et distributeur : je m’efforce donc, via mon métier, de contribuer à développer la connaissance via l’émerveillement. On protège ce que l’on aime et on aime ce que l’on connaît. Nos films aident donc à développer l’apprentissage de la nature.

1 – Vous intégrez le groupe Disney en 1990 à Los Angeles. Depuis 2009 vous  êtes à la tête de la filiale française et en 2008 vous créez le label Disneynature. C'est la première fois en soixante ans que les studios Disney lancent un label basé à Paris qui porte le nom de Disney! Pourquoi se lancer dans cette aventure avec des documentaires animaliers, quel a été le déclic?

Les documentaires animaliers ont toujours été des contenus qui m’ont intéressés. Et j’ai toujours pensé, qu’en dehors de la télévision, il y avait une place à accorder au cinéma pour ces films. Le déclic a été la rencontre avec Yves Darondeau, Emmanuel Priou et Christophe Lioud de Bonne Pioche lorsqu’ils cherchaient des investisseurs et un distributeur pour LA MARCHE DE L’EMPEREUR. Au nom de Disney France, je me suis impliqué dans cette aventure, nous avons co-produit et distribué ce film avec le succès que l’on connaît. Il me semblait ensuite naturel de continuer l’aventure, beaucoup d’histoire méritant d’être racontées sur le grand écran.

2 - Comment avez-vous fait pour convaincre la maison mère de lancer cette filiale et d’autant plus en France ?

J'ai réussi à les convaincre tout simplement avec de la passion et surtout avec un projet bien ficelé. La cible naturelle de Disney et celle de ses films sont proches. De plus, Walt Disney lui-même a été un des premiers documentaristes animalier au monde avec la série True-Life Adventure dans les années 50 qui a rencontré un vif succès! 

3 – Chez Disneynature vous sortez un film par an. Comment se passe le choix des animaux, est-il en lien avec le succès commercial envisagé ou en lien avec la défense d’une espèce ?

On ne choisit pas des animaux mais des histoires! Les réalisateurs avec lesquels nous travaillons ont une expérience exceptionnelle et ils savent quelles sont les histoires qui « méritent » le grand écran par leur potentiel cinématographique d’une part et la force de l’histoire d’autre part. Que ce soit les grizzlis en Alaska, les chimpanzés des forêts primaires africaines ou la beauté du Sri Lanka comme décor naturel pour raconter l’histoire des macaques qui survivent malgré la pression démographique, tous ces films ont deux points communs : ce sont des histoires que seule la nature peut inventer dans des décors sublimes!

4 - Expliquez-moi votre rapport et sensibilité à la nature ?

La nature est pour moi quelque chose d’essentiel. Je m’y sens bien, quelque soient les écosystèmes, et je sais, comme tous, son importance pour nos vies et pour les générations futures! Je ne suis pas scientifique, je ne suis pas politique mais producteur et distributeur : je m’efforce donc, via mon métier, de contribuer à développer la connaissance via l’émerveillement. On protège ce que l’on aime et on aime ce que l’on connaît. Nos films aident donc à développer l’apprentissage de la nature.

5 –  Concernant votre actualité, vous avez lancé la nouvelle plateforme Zoom On Earth en octobre 2014. Quel est le message, avez-vous l’objectif de créer un nouveau réseau social pour sensibiliser le public ? Quelques chiffres depuis le lancement, de connexions, etc ?

Le principe de Zoom On Earth est de raconter en temps réel la nature dans le monde, via des cartes et des actualités « froides ou chaudes » : suivre les migrations au jour le jour, la découverte de nouvelles espèces, le colza en fleur à côté de chez nous ou à l’autre bout du monde, reconnecter au quotidien le public avec la nature, etc. Dans les villes, on perd la notion du rythme des saisons et je veux donner une réponses à ceux qui se demandent : que s’est-il passer aujourd’hui sur terre ? Zoom On Earth: http://www.zoombydisneynature.com/fr/

6 – Le monde connecté est-il selon vous une avancée pour l’humanité, et quel constat en faites-vous dans votre domaine?

Oui, c’est une avancée car cela nous donne accès à plus d’information que jamais! Toutefois, c’est aujourd’hui trop souvent utilisé au détriment d’autres loisirs. Je suis inquiet pour les plus jeunes qui ne peuvent plus se passer d’écrans et qui ne savent plus lever la tête pour regarder les nuages avec la peur de s’ennuyer. L’ennui est une expérience positive selon moi! Dans un monde ultra connecté, on ne sait plus s’ennuyer. Et je pense que c’est dommageable.

7 – L’environnement est un sujet que vous défendez, justement via Disneynature, quelles décisions aimeriez-vous à l’issue de la COP21, et comment aimeriez-vous le monde de demain sur ce plan?

La COP21 est notre dernière chance et elle est dans les mains des politiques. Le public et les associations sont conscientes des enjeux et ont des solutions! C'est aux politiques d’aider à les mettre en œuvre pour sauver un monde que nous voulons tous demain, un monde qui soit tout simplement vivable!

8 - Disneynature a-t elle vocation à prendre des initiatives lors de cette COP ?

Non, nous ne sommes que des entertainers, la COP21, c’est un moment politique.

9 – Une rencontre bouleversante avec un animal?

Sita, la guéparde de FELINS. Dès la deuxième semaine de tournage, nous sommes tombés sur elle dans la savane kenyanne. Elle venait de mettre bas. Nous l’avons suivi pendant deux ans. Une féline superbe, prête à tout pour protéger ses cinq petits!

10 – Un mot sur l’initiative de ce blog?

Une très belle initiative comme il en faudrait encore plus. Ce sont ces gestes qui permettront une prise de conscience encore plus grande et rallieront ceux qui veulent changer le monde.