#Guest22 - Barthélémy FOUGEA, Producteur WINDS

Faire du documentaire jeunesse est devenu un combat personnel que je mène depuis 20 ans !

1 - Dans tes productions on remarque une véritable sensibilité à la nature, aux animaux et à l’aventure humaine, pourquoi ce choix artistique ?

Je suis avant tout un voyageur. J’ai rencontré des milliers de gens ordinaires mais aussi et surtout extraordinaires. J’ai été nourri de ces rencontres qui ont souvent été faites autour de belles histoires racontées, et c’est cela que j’ai eu envie de transmettre en m’orientant dans ce choix de vie.

Le documentaire pour moi est la rencontre de l’autre, la découverte d’une manière de penser différente et la transmission des histoires qui m’ont été contées.

2 - En 2013 dans la sphère du 7è art tu as fait beaucoup parler de toi grâce au film documentaire “Sur Le Chemin de l’école” qui a fait plus de 1,4 millions d’entrées et a remporté le César du meilleur documentaire en 2014.

Qu’est ce qui t’a séduit dans le projet de Pascal PLISSON ? Raconte-nous tout ce qui en a découlé,  fort de ce succès en télévision et autre ?

J’ai tout de suite été séduit par l’idée de Pascal, car tout voyageur a un jour rencontré un  enfant perdu au milieu de nulle part avec un cartable sur le dos. J’avais déjà produit une série documentaire sur les enfants musiciens dans le monde « Passions d’enfants », et je me sens proche de ce sujet pour diverses raisons.

Tout d’abord par mon rôle de père, j’ai transmis à mes trois enfants le goût du voyage et de la rencontre de l’autre, et dans mon éducation je me suis toujours demandé pourquoi il n’existait pas de documentaire jeunesse pour les enfants de 6 à 12 ans.

La programmation audiovisuelle propose 98% d’animation à cette tranche d’âge et 2% de magazine, mais il n’existe aucun documentaire pouvant faire prendre conscience à nos enfants du monde dans lequel ils vivent ! La télévision et le CNC n’aident pas le documentaire jeunesse alors qu’ils défendent fortement l’animation, donc faire du documentaire jeunesse est devenu un combat personnel que je mène depuis 20 ans !

Ensuite « Sur Le Chemin De l’École » transporte un message très particulier, le chemin de l’école est le moment où un enfant va quitter son enfance pour se jeter dans la vie et ses responsabilités. C’est le moment où il devra faire ses propres choix face aux obstacles, et surtout le moment où il va se projeter dans l’avenir, faire ses rêves de futur… Je me suis aperçu pendant les premières projections que le film faisait résonner le chemin de l’école de chacun. Nous avons tous une résonance émotionnelle pour ce sujet (enfin tous ceux qui sont allés à l’école, et de ce point de vue là il y a encore beaucoup de travail à faire).

L’analyse de ce projet m’a clairement indiqué que ce message concernait  tout le monde quel que soit leur lieu géographique, leur croyance ou leur appartenance. C’est un sujet international donc universel.

À la suite de ce succès au cinéma autant auprès des professionnels que du grand public, nous avons décidé avec Pascal PLISSON,  le réalisateur,  de monter l’Association Sur Le Chemin De l’École, pour permettre à ces enfants et leurs communautés de pouvoir continuer leur rêve d’accéder au savoir: www.surlechemindelecole.org

Cette association mène aussi un travail pédagogique avec les outils audiovisuels pour permettre la sensibilisation de nos enfants au problème de l’accès à l’éducation.

L’éducation est le meilleur outil pour dessiner l’avenir.
— Nelson MANDELA


3 - Fin 2014 tu fais de nouveau parler de toi mais cette fois sur le petit écran avec ton film « La Nuit Des Éléphants » diffusé en prime-time sur France2 avec plus de 4 millions de téléspectateurs. Raconte-nous cette prouesse technique de tournage en pleine nuit, d’où vient cette idée ?

Thierry MACHADO et Stéphane DURAND sont venus me voir avec le projet fou de faire un film animalier de nuit ! Jusque-là, la nuit animalière restait quasi inconnue des scientifiques comme des cinéastes, qui n’avaient que deux solutions : soit l’éclairer de manière artificielle, soit utiliser des caméras infrarouges, perturbant et dénaturant dans un cas comme dans l’autre la vie nocturne. Notre grand défi a donc été de filmer la nuit en couleur, juste à la lumière des astres et de la lune, autrement dit des lumières naturelles…

Notre démarche étant totalement exploratoire, nous avons commencé par mener des essais avec quatre compagnies – japonaise, allemande, américaine et française – qui développaient des technologies adéquates. Nous n’avions aucune garantie d’aller jusqu’au bout. Le premier tournage a donné de bons résultats mais insuffisants. Nous avons alors retravaillé et c’est au second tournage que nous avons trouvé le dispositif adéquat. Il nous a permis de tourner des images en très haute définition (4K). C’est la télévision de demain ! Ce film a été co-produit par Jacques Perrin (Galatée film), qui nous a amené toute son expertise, et surtout sa foi immense dans ce projet.

« La Nuit Des Éléphants » est une vraie découverte sur un monde qu’on ne connaissait pas. Nous avons ouvert une nouvelle porte dans l’univers animalier nocturne d’une forte intensité et nous offrons ces images inédites aux téléspectateurs. 

Techniquement parlant, c’est également un challenge exceptionnel dont les équipes peuvent être fières !

Tes futurs projets ?

« Le Chemin De l’École » est un vrai projet transmédia (disponible sur plusieurs supports), avec un jeu, un beau livre photo, quatre romans jeunesse, une BD, et bien sur l’Association qui aide ces enfants. L’idée est vraiment d’essayer de faire le tour du monde des chemins de l’école !

« Les Chemins De l’École » est aussi une série de documentaires télévision qui raconte huit nouvelles histoires dans le monde et qui sera diffusée dès le 26 avril 2015 à 14h40 sur France5.

Après « La Nuit Des Éléphants » nous développons le deuxième opus d’ « Une Nuit Sur Terre » avec la collaboration des chinois pour « Une Nuit en Chine ».

Puis nous venons de terminer un docu-fiction « Pan notre odyssée musicale » qui vient de remporter le prix du « Outstanding documentary feature » au Reelworld Festival à Toronto https://www.reelworld.ca/ et la mention spéciale du jury dans la catégorie long-métrage au Festival International du Cinéma de Guadeloupe (FEMI).

Ce film raconte l’aventure humaine incroyable de jeunes voyous issus de mauvais quartiers de Trinidad et Tobago qui vont inventer un instrument de musique qui résonne aujourd’hui dans le monde entier (Pan/Steeldrum).

4 - Qu’est-ce que tu aimerais voir comme décisions à l’issue de ce rassemblement de 195 chefs d’Etats en décembre prochain lors de la COP21, te considères-tu comme un citoyen engagé ?

Il est important d’avoir des décisions politiques au niveau des États, mais il est surtout très important d’avoir une conscience individuelle de ce problème, nous pouvons tous amener une pierre à l’édifice et je pense que c’est par ce biais que les choses vont réellement changer !

5 - Le monde connecté est-ce une avancée pour l’humanité et quel constat en fais-tu dans ton domaine ?

C’est un accès à l’information primordial, il a bien sûr ces défauts mais il a surtout de grandes qualités selon moi ! Il permet un réseau démocratique qui peut oeuvrer aux changements des choses, et quand je regarde l’éducation il est probablement l’outil qui permet à tout le monde d’accéder au savoir.

6 - Une rencontre bouleversante ?

Une de mes rencontres bouleversantes est celle de Rimpa SIVA  en 1996, une jeune fille alors âgée de 13 ans à Calcutta qui avait décidé de faire du tabla sa parole. Depuis elle est devenue une musicienne reconnue mondialement qui parcourt le monde…

7 - un mot sur l’initiative de ce blog ?

Le militantisme par le biais du Blog peut générer des miracles donc je te félicite pour ce beau combat, et te confirme que j’en serai un bon ambassadeur !