#Guest15 - Yves DARONDEAU, Co-associé et Producteur chez BONNE PIOCHE

Même si nous ne sommes pas des producteurs militants à produire des films forcément engagés, on essaye malgré tout de trouver des projets, des sujets qui vont amener un éclairage ou un regard sur notre monde!

1 - En 1993 avec Christophe LIOUD et Emmanuel PRIOU  vous créez Bonne Pioche, votre boite de production audiovisuelle indépendante. Premièrement dites-nous d’où vient ce nom et quelle était alors votre volonté première à tous les 3 derrière cette association ?

Tous les trois nous nous sommes connus lorsque nous avions 18 ans, nous sommes trois provinciaux. Christophe vient de Lyon, Emmanuel de la région de Rochefort et moi de Dunkerque.

C’est à Paris en 1984, que nous nous sommes rencontrés à l’école audiovisuelle ESRA, et c’est là que nous nous sommes très vite liés d’amitié.

A l’issue de nos trois années d’études, chacun à commencé à travailler de son côté. Emmanuel a fait plusieurs fois le tour du monde en tant que cameraman, Christophe a travaillé en tant que réalisateur pour la télévision et moi j’étais assistant à la mise en scène puis directeur de production sur différents types de films.

Puis après avoir été chacun intermittent du spectacle, on a eu envie de se réunir pour travailler ensemble et donc de créer notre société de production.

Tous les trois nous avions l’envie très prononcée d’être entrepreneurs, d’initier des projets et de se laisser une liberté éditoriale totale au grès de nos envies, rencontres et opportunités. Cinéma, télévision, musique ou encore publicité étaient les domaines dans lequel nous voulions travailler. On avait envie de se laisser porter par le champ des possibles.

Et pourquoi « Bonne Pioche » ?

L’idée de cette association est d’abord née d’une envie de travailler ensemble de manière amicale plus qu’à partir d’un véritable business plan. Nous avons donc choisi un nom qui soit à la fois ludique, qui rappelle cet esprit un peu de famille et on s’est que dit « Bonne Pioche » qui vient du jeu des sept familles avec l’idée de tirer la bonne carte était un nom qui tombait à pic !

Je ne te cache pas que ce n’est pas toujours un nom très adapté au marché international mais cela n’altère en rien au fait que nous développons parfaitement bien nos différents projets avec des coproducteurs étrangers!

Derrière la création de votre boite de production, quelle était votre fibre artistique commune, le message que vous vouliez faire passer via vos productions ?

Ce qui nous réunit le plus je pense c’est un besoin d’humanité ! Même si parfois il nous arrive d’aller sur le registre de la comédie, nous essayons de trouver des projets que l’on va pouvoir développer en équipe avec l’envie d’essayer d’avoir un regard sur le monde qui nous entoure. Quelque soit la forme nous essayons d’avoir systématiquement du fond, d’apporter du sens, de l’émotion et de trouver des projets susceptibles de fédérer le plus grand nombre, sans pour autant chercher à plaire à tout prix. Nous avons pour soucis de faire en sorte que ce soient des films qui puissent porter à réflexion, même en s’amusant, et destinés à des gens de tous milieux et de tous âges.

Nous n’avons jamais été dans la démarche de vouloir produire des films destinés exclusivement à une élite ou à l’inverse des films exclusivement pensés pour être un succès.

Nous sommes toujours en quête de sens et de projets qui résonnent avec notre éthique et nos valeurs à tous les trois.

2 - Votre plus grand succès date de 2005 avec « La Marche de l’Empereur » où vous avez reçu pas moins de 19 distinctions à travers le monde.

Racontez-nous comment est né ce projet de partir filmer des manchots empereurs en Antarctique et quelques anecdotes de tournage ?

Le projet est né chez Bonne Pioche en 2002 avec notre rencontre avec le réalisateur Luc JACQUET. Il nous a alors proposé ce projet auquel il pensait depuis longtemps, sa volonté de réaliser un film en Antarctique pour raconter une année de la vie des manchots empereurs.

Luc est avant tout un scientifique qui a passé plusieurs hivernages en Antarctique, il connaissait donc parfaitement bien son sujet et était totalement légitime pour réaliser un tel film.

Sa volonté première était de réaliser un film de 52min pour le petit écran. À ce moment là, le registre des films animaliers n’était absolument pas notre spécialisation, ce film a été le premier. Mais il est vrai que cette histoire naturelle des manchots, inventée par les lois de la nature, nous semblait absolument universelle, une histoire de la vie, de combat dans un environnement absolument exceptionnel, peu connu du grand public et en même temps, porteur de rêves, de sens et d’émotions. Donc des valeurs qui pouvaient également tout à fait être portées par le 7ème art.

Nous étions à ce moment là en quête et en recherche d’un premier long métrage à produire et cette histoire nous paraissait tellement formidable et unique, qu’on s’est dit que c’était le moment de se risquer à produire notre premier film pour le cinéma!

On est alors parti un peu la fleur au fusil sur ce tournage. L’équipe de tournage est partie fin de l’année 2002 sur la base de Dumont d’Urville en Antarctique. Luc avait alors un accord privilégié avec l’institut polaire Paul Émile Victor  - http://www.institut-polaire.fr/ - qui nous a octroyé l’autorisation d’envoyer pendant une année complète sur cette base scientifique les deux opérateurs qui devaient rester toute l’année. L’équipe est ainsi restée quatorze mois sur place correspondant au premier passage navigable en novembre 2002 pour que le bateau puisse atteindre la base avant que la banquise ne se renferme jusqu’à leur retour en janvier 2004 en France après avoir tourné plus d’une année l’histoire de ses manchots empereurs.

Anecdotes de tournage ?

Quand on tourne dans des endroits aussi reculés, il y a forcément des avantages comme ces paysages absolument magiques et fantastiques mais aussi des inconvénients.

L’accès à la base scientifique ne pouvait que se faire à une certaine période de l’année lorsque la banquise le permettait, c’est à dire en gros entre novembre et janvier. Puis la banquise se referme et il faut alors attendre 9 mois pour que le passage soit de nouveau possible.

Notre équipe de tournage est donc restée durant toute une année avec l’impossibilité de revenir mais également avec l’impossibilité de nous envoyer les boites de pellicules que les opérateurs tournaient chaque jour. Ce qui signifie que les rushs ont été stocké toute une année sur la base.

Ce n’est donc qu’à leur retour que l’on a pu récupérer les bobines. Mais le manque de financement du film ne nous permettait pas de toutes les développer .Seules quelques unes ont donc dans un premier temps étaient développées. Et une grande partie des rushs se sont révélés complètement détériorés, abimés… Non seulement nous n’avions pas les fonds nécessaires pour terminer le film, mais en plus les images étaient a priori en trop mauvais état pour être exploitées… Nous avons donc dû faire un travail de restauration sur ces images puis nous avons monté bon an mal an un teaser de 3 minutes dans le but de  trouver des partenaires pour financer ce film auquel personne ne croyait compte tenu de la singularité de celui ci et de notre maigre expérience en tant que producteurs et réalisateur de cinéma il y a 10 ans.

3 - Quel est votre degré de sensibilité sur le changement climatique, quels sont les derniers films que vous avez produits à ce sujet et êtes-vous un citoyen engagé ?

Je me considère avant tout comme un citoyen responsable, engagé est un mot peut-être un peu fort, je ne suis pas un militant en revanche je suis sensible au monde dans lequel on vit, qui nous entoure, à ce que nous allons laisser aux futures générations, à nos enfants…

Donc il y a toujours une envie d’être à l’écoute de ce qui se passe et d’être responsable en commençant par les gestes du quotidien, en étant vigilant de nos actes, et dans notre métier. Même si nous ne sommes pas des producteurs militants à produire des films forcément engagés, on essaye malgré tout de trouver des projets, des sujets qui vont amener un éclairage ou un regard sur notre monde!

Le réchauffement climatique est une question évidemment essentielle du moment.

Alexandre SOULLIER qui est producteur au sein de Bonne Pioche vient de produire un film sur les requins diffusé actuellement sur Canal Plus dans le but de sensibiliser le public à cette espèce. Il faut faire changer l’image des requins que l’on a depuis « Les Dents de La Mer ». On s’intéresse donc aux massacres terribles dont ils sont victimes notamment en Asie… Ce projet fait parti des films qui ont du sens et qui apportent un éclairage auprès du grand public pour sauvegarder la diversité des espèces dans les océans…

Alexandre prépare également un film « Pour Quelques Degrés De Moins » qui traite du réchauffement climatique. Le film suit treize équipes des treize pays les plus responsables du réchauffement qui se sont rassemblées pour construire des scénarios de croissance économique et énergétique, compatible avec une limite de hausse de température à 2 degrès. Ce film sera diffusé en fin d’année lors de la COP21 sur Arte.

4 - Le monde connecté, selon-vous est-il une avancée pour l’humanité et quel constat en faites-vous dans votre univers de l’audiovisuel (TV+ Cinéma), et parlez-nous de votre derrière nouveauté au sujet de l’un de vos programmes « J’irai dormir chez vous ! » qui sera diffusé en direct ce soir sur France 5?

Si le monde connecté est source de dialogues, alors oui le monde connecté est formidable, en revanche s’il est source d’isolement, ce qui peut être le cas lorsque tout devient trop virtuel, là c’est plus dangereux.

Le monde connecté et ses nouvelles technologies restent un outil, ce qui compte c’est l’usage que l’on en fait. Je trouve que toutes les évolutions technologiques sont toujours intéressantes, à nous d’être capable de les exploiter comme il faut. Je pense qu’aujourd’hui l’accès à Internet est une ouverture fantastique sur le monde, il permet de créer des liens entre les peuples, découvrir énormément de choses…

Les nouveaux médias peuvent être également une source formidable pour la transmission du savoir, de la culture, de l’information et de la connaissance.

L’arrivée du monde connecté dans les médias, au cœur de notre métier, bouleverse énormément de choses ! On ne consomme plus l’image de manière linéaire, on passe son temps à naviguer entre portable, tablette, ordinateur et télévision. Ce sont des outils complémentaires qui permettent aussi de développer un nouvel espace de création, de faire appel également à des talents différents, en phase avec ces technologies. Il y a donc toute une nouvelle génération de talents qui pensent autrement de manière disruptive en bouleversant les choses. Il faut donc s’adapter, et cela oblige à se remettre en question, ce qui est toujours intéressant. Je trouve que c’est plutôt positif, les plus jeunes nous bougent davantage, c’est toujours excitant !

Aujourd’hui nous allons faire une opération exceptionnelle avec Antoine de MAXIMY qui est un réalisateur, globe-trotter ou encore globe-squatter comme certains l’appellent ! Cela fait maintenant plus de dix ans que l’on produit le programme « J’irai Dormir Chez Vous » dont le principe est qu’Antoine part absolument seul à travers le monde, en se filmant, à la rencontre des gens et en s’invitant à dormir chez eux. Il est équipé d’un système de deux petites caméras fixées sur un harnais lui permettant à lui seul d’être a la fois devant et derrière la caméra…

Ce soir ce sera une expérience un peu différente. Antoine qui a toujours poussé les limites de la technique au service de ses envies va développer le même principe de rencontres mais en direct  et en utilisant pour cela la 3G et la 4G. Ce soir nous ferons une grande première en tournant « J’irai Dormir Chez Vous le direct »!

Après avoir parcouru plus d’une cinquantaine de pays à travers le monde pour réaliser ce programme, l’objectif de ce soir, est d’arriver dans une ville moyenne de France pour aller à la rencontre de nos concitoyens avec le même esprit de découverte et d’aventure que partout ailleurs dans le monde !

L’aventure est aussi au pied de chez nous, il n’y a pas toujours besoin d’aller à l’autre bout du monde pour rencontrer des gens formidables ou surprenants…

Et en plus du direct, Antoine de MAXIMY va créer ce soir un programme en interactivité avec les  téléspectateurs via les réseaux sociaux, les sms, et Internet ! Les internautes et les téléspectateurs devant leur ordinateur, tablette et leur écran de télévision ou via Twitter vont pouvoir interagir sur la direction qu’Antoine devra prendre pour rencontrer des personnes ou aller découvrir des lieux spécifiques… et de choisir là où il devra dormir !

Le programme démarrera quelques minutes avant l’antenne sur Twitter, se poursuivra sur le net puis sur France 5…

Nous allons donc proposer toute une soirée en direct diffusée par un système de réseau 4G et totalement improvisé.

5 - Une histoire bouleversante qui restera gravée dans votre mémoire ?

Il y a une histoire qui m’a beaucoup touché et qui va d’ailleurs donner naissance à un film que l’on coproduit en ce moment avec la production Aloest. Ce sera un long métrage documentaire réalisé par Xavier de Lauzanne.

C’est l’histoire d’un couple octogénaire, Christian et Marie-France DES PALLIÈRES. Ils ont une vie absolument exceptionnelle ! Ils ont fait bons nombres de voyages à travers le monde pendant de nombreuses années entre 1970 et 1980 avec leurs enfants en filmant quasiment quotidiennement leur voyage. Ils ont d’ailleurs sorti un livre à l’époque « Quatre enfants et un rêve » relatant leur tour du monde avec leur camping car.

Puis un jour à l’âge de 60 ans, ils découvrent la terrible réalité des enfants du Cambodge sur les décharges de Phnom Penh vivant dans des conditions de vie effroyables. Ils décident alors de tout « plaquer » pour s’installer au Cambodge afin de s’occuper de ces enfants !

Ils ont d’abord commencé à leur apporter des soins à la hauteur de ce qu’ils pouvaient suivant leurs moyens puis ont développé un système de parrainage en France pour les aider dans la construction d’une école pour sortir ces enfants de la décharge. Depuis ce sont des milliers d’enfants qui ils ont pu sauver en leur apportant les soins nécessaires et à qui ils ont pu donner accès à l’éducation et la culture.

Je suis allé pour la première fois à leur rencontre il y a trois mois, soit vingt ans plus tard après leur arrivée, ils ont réussi quelque chose d’absolument extraordinaire ! Ce qui a commencé par une paillotte est aujourd’hui un véritable campus, doté d’une école de cuisine, de mécanique, de couture ou encore de cinéma…

Ces enfants qui à l’époque avaient 5-6 ans sont les adultes d’aujourd’hui du Cambodge et qui eux-mêmes sont  actifs et les meilleurs relais pour s’occuper des plus jeunes et des plus défavorisés du Cambodge. Ces jeunes adultes dégagent une force incroyable alors que leur situation ne leur présageait pas un avenir très prometteur.

Je trouve que c’est une très belle histoire de vie et preuve qu’il est toujours possible de réaliser des projets exceptionnels…

Quand j’ai rencontré Christian il m’a dit cette phrase que je trouve très juste : «  Le truc le plus débile qu’on apprend aux enfants c’est la chèvre de Monsieur SEGUIN ! Dans la vie au contraire, il faut sortir des sentiers battus, il faut prendre des risques, et c’est en se mettant en danger que l’on peut atteindre ses rêves ! »

6 - Un mot au sujet de ce blog ?

Je vais surtout dire un mot sur Cyrielle ! Je trouve que ton initiative est très bonne et que ton enthousiasme est quelque chose dont on a tous besoin. Avec ce blog je découvre des personnalités très intéressantes avec une volonté d’échange et de dialogue source de réflexion…bravo Cyrielle.