#Guest19 - Cyril DION, Auteur et Coréalisateur du film DEMAIN, Cofondateur et Porte Parole du Mouvoument Colibris, Directeur de la rédaction du magazine KAIZEN...

Nous les êtres humains, sommes des êtres profondément créatifs, en quête d’absolu, nous avons besoin d’être animé par quelque chose qui suscite notre ingéniosité…

1 - Cyril le 2 décembre prochain tu vas donner une vision positive du futur à partir des meilleures pratiques du présent à des millions de Français avec la sortie de votre film « Demain » lors de la COP21. Ton magazine Kaizen prône un monde meilleur via des solutions dans divers domaines tout comme le mouvement Colibris*. D’où te vient cette sensibilité de vouloir aider la société à changer, à évoluer, à prôner le positif ?

Cette envie vient de plusieurs choses. Comme beaucoup de gens qui essayent de réparer quelque chose dans le monde, j’essaye, de manière consciente ou non, de réparer quelque chose à l’intérieur de moi-même. Et j’ai passé des années à le faire sans m’en rendre compte. J’aurais d’ailleurs pu y passer des siècles parce qu’il y aura toujours quelque chose à réparer sur la planète ! Je crois que dans l’un et l’autre cas, c’est un mécanisme de défense que j’ai développé adolescent, pour ne plus me sentir victime et impuissant, pour essayer d’avoir une prise sur la réalité.

Pendant des années, je faisais comme tout le monde, je voulais dénoncer ce qui n’allait pas sur les questions d’écologie, d’économie, etc. Puis je me suis rendu compte que faire peur n’était sans doute pas la solution adéquate pour aider les gens à changer et à agir…

Par exemple, si je te raconte le contenu de l’étude qui m’a donné envie de faire ce film et qui explique, en substance, qu’une partie de l’humanité pourrait disparaître d’ici 2100 si nous continuons sur cette voie, il y a de fortes chances que tu y sois sensibles, que tu sois effrayée, peut-être choquée, mais il y a toutes les chances que demain tu ne fasses rien plus dans ton quotidien. Parce que les enjeux sont trop énormes. Et que ce que tu peux faire à ton échelle va te paraître dérisoire par rapport à l’ampleur des catastrophes. Cela va simplement réveiller tellement de peur et de résistances à l’intérieur de toi, que tu risques de t’enfoncer dans une attitude de déni et de protection… Le jour où j’ai compris cela, j’ai cherché une manière plus efficace pour essayer de toucher la conscience des gens sur les questions écologiques, sociales, économiques…

L’une des livres qui m’a le plus marqué dans cette réflexion est celui de mon amie Nancy HUSTON, romancière et essayiste : « L’espèce Fabulatrice ». Elle y raconte que nous sommes la seule espèce à avoir conscience que nous allons mourir. Nous envisageons notre vie avec un début, un déroulement et une fin. En d’autres termes, un récit. Donc notre cerveau est habitué à appréhender la réalité comme une succession de récits. À chaque fois qu’il nous arrive quelque chose, nous avons tendance à agréger cet événement à l’un de nos récits individuels ou collectifs (les partis politiques, les religions, les états, le consumérisme, le capitalisme, etc.)

J’ai pris conscience que le monde d’aujourd’hui est né d’un certain nombre de ces récits, comme le rêve américain, le mythe du progrès… Et que le 7ème art, les publicités, les romans ont joué un rôle majeur pour les véhiculer et nous donner l’envie de le construire tel qu’il est !

Mon idée a donc été de trouver un moyen de raconter une ou plusieurs histoires qui soient suffisamment fortes et inspirantes pour que les gens se disent « Ok, demain j’ai envie d’habiter dans un autre monde et il pourrait ressembler à ça!».

Mon objectif n’est pas seulement de dénoncer, de réparer, de me sauver moi-même, mais de réveiller une forme d’élan créatif ! Nous les êtres humains, sommes des êtres profondément créatifs, en quête d’absolu, nous avons besoin d’être animé par quelque chose qui suscite notre ingéniosité…

* http://www.colibris-lemouvement.org/

2 - L’idée de ton film t’est venue en 2010. Quelle est cette volonté derrière sa réalisation et pourquoi une collaboration avec Mélanie Laurent ?

Notre ambition avec ce film est de montrer à quoi la société pourrait ressembler demain sans nous contenter de faire le menu de toutes les catastrophes qui nous attendent. C’est comme si tu vivais dans une maison toute délabrée et que toute la journée je te faisais remarquer que le plafond se craquèle, que l’isolation est mauvaise, que les murs sont sales... Je ne sais pas si ça te donnera de l’énergie.

À l’inverse si je te montre avec un plan d’architecte le potentiel de ta maison et ce qu’elle pourrait devenir avec des améliorations, tu vas te mettre à rêver parce que tu auras une vision qui te porte ! Et c’est justement cette vision positive du futur, avec ce nouvel angle, que nous voulons partager avec les gens ! Les faire passer du sentiment que leur action ne servent à rien parce qu’elles sont noyées dans un océan de problème, à celui de contribuer, chaque jour, à poser une nouvelle brique de notre future société.

Quant à Mélanie, ça a été une sacrée aventure de monter ce film. Pendant plusieurs années tout le monde trouvait l’idée très bonne mais personne n’était décidé à y mettre vraiment de l’argent ou de l’énergie. Jusqu’à ce que je lui propose de co-réaliser avec moi. Non seulement elle s’est investie dans la seconde, mais nous avons pu commencer à engranger des partenaires, comme son producteur Bruno LÉVY qui a embarqué dans cette belle aventure presque aussi vite qu’elle ! On a ensuite trouvé un distributeur et tout s’est mis en place progressivement. Jusqu’au lancement du financement participatif avec KissKissBankBank - http://www.kisskissbankbank.com/ - qui nous a définitivement lancé ! (#Guest2, Adrien AUMONT).

3 - En décembre 2015, quelles sont les décisions que tu aimerais voir à l’issue de cette COP21** et te considères-tu comme un citoyen engagé ?

Oui, je me considère comme un citoyen engagé… Même si j’ai parfois l’impression que se dire « engagé » sonne comme un gros mot, ou fait doucement rigoler. Pour moi « engagé » veut dire « concerné » par le monde qui nous entoure. Je ne veux pas être spectateur, je veux participer. Et je pense que tout le monde devrait avoir un impact sur la direction que le monde et la société prennent. Cela devrait être la normalité.

Concernant la COP21, nous espérons tous que les États signeront des réels accords contraignants qui les obligent à réduire les émissions de gaz à effet de serre pour rester en dessous des 2 degrés*** (même si de nombreux indicateurs nous disent que c’est déjà impossible...) En tous les cas des mesures qui permettront de rester aussi bas que possible dans l’augmentation des températures. Il ne faut pas reproduire ce qui s’est passé à Copenhague en 2009 avec un texte qui n’oblige absolument personne et qui a fait qu’en 2010 il y a eu une augmentation de 6% d’émission de gaz à effet de serre, soit la plus grande augmentation qu’il y avait jamais eu en une année ! Et j’espère, au delà des accords, que ce sera un moment où les gens vont se dresser, où il aura une véritable mobilisation de la population !

** http://www.cop21.gouv.fr/fr *** Accord de Copenhague http://www.delegfrance-onu-vienne.org/La-conference-Paris-Climat-2015

4 - Le monde connecté est-il une avancée pour l’humanité, quel constat en fais-tu dans ton domaine et pourquoi avoir fait appel à KissKissBankBank pour le financement de ton film ?

Je pense qu’Internet est un outil qui change déjà nos structures sociales et qui constitue un bouleversement incroyable de la société. Il nous offre la possibilité de décentraliser le pouvoir, de donner accès à l’information de façon sans précédente, de partager de l’énergie, des logiciels libres, des savoirs faires, des brevets… À la fois, ce n’est qu’un outil qui, comme n’importe quel outil, dépend de l’utilisation qui en est faite. Et le revers de la médaille peut être extrêmement lourd à payer !

Je vois particulièrement trois sujets brûlants.

Premièrement, Internet permet de centraliser le pouvoir et la surveillance des citoyens comme jamais. Dans son film « Citizenfour » Laura Poitras montre bien (grâce au travail et au courage d’Edward Snowden) ce que la NSA est capable de faire en termes de surveillance généralisée, avec des méthodes qui n’ont rien à envier aux dictatures. Et des moyens qui les surpassent de loin !

Deuxièmement, nous voyons à quel point Internet vit une extrême concentration des pouvoirs avec Google, Facebook, Apple… Le capitalisme de marché y reproduit le fonctionnement oligarchique que nous connaissons déjà dans l’agro-alimentaire, la grande distribution, l’industrie pétrolière…  Si ces géants ont demain la maîtrise totale des « tuyaux » dans lesquels nous diffusons nos données, cela représentera un danger énorme car ces sociétés peuvent imposer leur vision du monde sans réelle opposition...

Enfin notre côté hyper connecté est un réel danger pour notre capacité de présence à nous même, aux autres. Moi qui suis très geek, je mesure déjà à quel point l’addiction aux écrans, les sollicitations continuelles des emails, des sms, des appels me mettent dans un état de déconcentration. J’ai de plus en plus de mal à écrire, à me souvenir... Il faudrait être capable d’utiliser Internet de la meilleure façon qui soit. À la fois démocratiquement prendre le pouvoir sur lui pour que personne ne puisse le contrôler et à la fois physiologiquement trouver une modération qui permette un équilibre réel/virtuel.

Concernant notre levée de fonds sur la plateforme de financement participative KissKissBankBank, nous avions vraiment envie que « DEMAIN » soit un film-citoyen, que le film soit porté par un mouvement… On ne s’attendait pas à un tel succès ! On avait pour objectif de lever 200 000 euros en deux mois, et on les a levé en trois jours (date de mise en ligne 26 mai 2014). Deux mois après, nous avions récolté 450 000 euros, ce qui est à priori l’un des records de levée de fonds collaborative pour un documentaire !

Nous avons fait appel à ce site car au départ on avait envie d’indépendance et on ne voulait pas dépendre du circuit traditionnel de financement dans l’audiovisuel qui est bien plus long. Donc KissKissBankbank nous a permis d’avoir un financement rapide grâce aux citoyens en quelques jours et un plébiscite qui a amené les chaines et tout un tas de partenaires… Le budget total du film représente un million deux cent cinquante mille euros.

5 - Une rencontre bouleversante?

Dans ma vie personnelle, ma femme Fanny avec qui je vis depuis 17 ans et qui a fait de moi la personne que je suis. Et sans doute la rencontre avec notre premier enfant quand il est sorti de son ventre… Quel choc ! Dans le milieu professionnel, ma rencontre avec Pierre RABHI, l’un des pionniers de l’agroécologie en France : https://www.colibris-lemouvement.org/colibris/pierre-rabhi.

Donne-moi trois qualificatifs de cette rencontre !

Évidence, Profondeur et Humour. J’avais l’impression de voir quelqu’un qui disait des choses que je m’étais toujours dites mais de façon hyper simple, avec une très grande humanité.

Je me demande toujours pourquoi il n’y a pas plus d’êtres humains comme lui… C’était comme un retour au basique mêlant la spiritualité, l’écologie, la créativité… Mais, ce que j’adore chez lui c’est son humour, c’est un homme très drôle !

6 – Ton avis sur ce blog ?

Ce qui me touche dans ta démarche, c’est que tu suis ton cœur. (C’est le cas de le dire !)

Quand je vais dans les écoles et que les jeunes me demandent quoi faire par rapport à toutes ces crises, la première chose que je leur réponds c’est de faire ce qui les passionne le plus dans la vie, ce qui les motivera tous les matins pour sauter de leur lit ! Il est très rare que la passion des gens soit de fabriquer des bombes… Je pense même que ça n’existe pas !

Mais je pense au contraire que lorsque tu fais ce qui te rend heureux et équilibré, ça recréé de l’équilibre autour de toi et donc de facto de l’équilibre dans la société ! Tu fais quelque chose de bien qui peut être utile aux autres même si ce n’est pas ton intention première… Une façon de dire que si tu es relié à toi-même, tu peux être relié aux autres,  si tu te rends heureux, tu peux rendre heureux les autres et selon moi, c’est cette philosophie de vie qui est la solution.

C’est ça que j’aime dans ta démarche, c’est ce que je vois dans tes yeux, dans ton sourire et je pense que tout le monde devrait faire la même chose !