#Guest16 - Samira DJOUADI, Directrice Déléguée de la Fondation TF1

Grâce à la fondation TF1, le fait de rebooster ces jeunes en leur donnant ces outils en font juste des êtres extraordinaires !

1 - Samira vous êtes à la tête de la fondation TF1 (premier partenaire) depuis 8 ans. Expliquez-nous votre parcours pour en arriver à ce poste et les actions de celle-ci ?

Avant d’arriver chez TF1 tout court, il faut savoir que j’ai eu plusieurs vies professionnelles ! J’ai d’abord été professeur de sport pendant une douzaine d’années. Puis rapidement j’ai eu l’envie de monter des projets sociétaux en faveur de la jeunesse. C’est de cette manière que je voulais donner du sens à ma carrière. Les personnes de mon entourage qui viennent des quartiers, des banlieues sont souvent pessimistes sur leur parcours, j’ai donc eu envie de les aider ! Avec mon mari Rachid DJOUADI nous avons monté l’association Sport’A Vie -  http://www.sportavie.fr/ - le principe est de faire de l’éducation par le sport. L’idée pour captiver ces jeunes est de se greffer chaque année à un grand événement international en le développant ensemble afin de les rendre acteurs du projet et non spectateurs ou commanditaires. Ils s’occupent de toute l’organisation, de la réservation des billets d’avion à la réservation des chambres d’hôtel, des intervenants de l’association que l’on rencontre sur place, des rencontres sportives, culturelles, etc.

Le dernier projet sur lequel nous avons travaillé était au Brésil avec des jeunes de favelas. Un vrai écart culturel s’est alors fait avec le mode de vie de nos jeunes de banlieues (Aubervilliers, Grenoble, Sarcelles, Épinay, Lyon). Ils se sont rendus compte qu’ils étaient privilégiés par rapport à ces jeunes brésiliens issus de ces quartiers défavorisés… Notre objectif est de leur montrer et donner une ouverture sur le monde via la construction de ces projets. Ils se sont réellement investis allant même jusqu’à prendre des cours de portugais !

Non seulement sur place ils sont acteurs et deviennent même des reporters en herbe, à écrire via des blogs leur quotidien à des milliers de kilomètres de leur banlieue. Ils décrivent leurs rencontres dans le domaine du sport, leur rencontre officielle avec l’ambassadeur de France au Brésil,  avec les associations humanitaires… Dans ce projet ils ont d’ailleurs pour la première fois organisé une collecte pour une association pour enfants atteins de cancer, un centre qu’ils ont choisi eux-mêmes, c’était leur première action humanitaire. Ramener des choses à des enfants malades… C’était un moment absolument bouleversant…

Dans sa finalité le projet a été tout autre, le Brésil était l’occasion d’une coupe du monde et in fine, le plus marquant ont été ces rencontres avec ces enfants. Au final l’événement mondial sportif a été dépassé par les actions menées sur le terrain. La dimension associative a en effet pris le pas sur l’événement populaire ! C’est cet objectif que l’on voulait atteindre avec eux.

Depuis 2001 c’est ce genre de projet que nous élaborons dans cette association.

 

TF1 a été l’un de mes premiers partenaires depuis la création de l’association en 2001 et il nous a permis effectivement de réaliser nos projets.

C’est grâce à cette première collaboration que j’ai par la suite intégré le groupe.

J’ai travaillé dans un premier temps en tant que commerciale à la régie publicitaire en 2005.

Ce nouveau poste a été un autre changement de vie pour moi. Je ne l’avais pas prévu et en même temps j’étais ravie de pouvoir via ce poste apporter mes idées, mais cette fois de l’intérieur. J’ai accepté leur proposition en gardant à l’esprit le projet de fondation qui n’existait pas encore. J’ai donc à la fois appris le métier de commercial que j’ai adoré et en même temps j’ai créé la fondation pour le groupe via l’aide de personnes en interne en 2007.

J’ai voulu créer cette fondation avec l’objectif qu’elle soit particulière et différente des autres, c’est-à-dire qu’elle puisse porter ses propres projets autour de l’emploi et de l’insertion.

On a commencé à se focaliser uniquement sur la diversité avec les jeunes des banlieues en voulant développer une dynamique qui puisse créer une sorte de passerelle entre le milieu de l’entreprise et ces jeunes. Ma mission est de faciliter cet échange entre ces deux univers afin qu’ils se côtoient plus concrètement. En effet, le potentiel est de part et d’autre et il faut savoir l’exploiter intelligemment.

 

-          Le premier projet « Insertion Professionnelle »

http://www.groupetf1.fr/fr/engagements/fondation/appel-%C3%A0-candidature - consiste à dénicher des talents hors des circuits officiels des grandes écoles, etc., mais plutôt aller chercher ces talents dans les associations, les pôles emplois de quartiers, etc. avec ou sans diplôme. Notre mission est de miser sur la personnalité et non sur le diplôme. On met à leur disposition un plan de formation dans le but qu’ils décrochent des diplômes via des contrats d’alternance avec le groupe TF1. Les postes à pourvoir sont divers, journalisme avec le CFPJ - http://www.cfpj.com/ - la communication, le marketing, la gestion, les RH, le juridique, la traduction des fictions que nous achetons à l’étranger, etc.

Aujourd’hui je suis en train de recruter notre 8e promotion. Depuis sa création, nous avons aidé 80 jeunes dont 5 promotions sortantes à notre actif, à savoir que notre projet se fait sur une durée de deux ans.

A noter que la mission de la fondation n’est pas de leur vendre un poste à la sortie de ces deux années, le but est de leur remettre les outils qu’ils n’avaient pas à la base dans leur caisse. Ensuite bien évidemment si une opportunité se présente à la suite de ces deux ans, certains peuvent être embauché dans le groupe étant déjà connu par les RH, les collaborateurs qui les ont formés… C’est ce qui s’est passé, car la moitié des promos sortantes est restée chez TF1 au final ! Les autres trouvent aussi du travail rapidement…C’est là ma plus grande fierté et je le suis d’autant plus quand mes jeunes me disent « Samira avant on regardait mon nom et mon adresse et mon expérience chez TF1 gomme tout ! » Ce qui prouve qu’aujourd’hui si on donne les bons outils tout le monde peut accéder à ses envies ! Alors oui, bien évidemment, ça demande de l’énergie, de la réflexion, mais il faut créer des outils afin d’aller chercher ce que chacun a de plus beau en lui faisant comprendre qu’il est compétent lui aussi, qu’il doit avoir confiance en lui….et le fait de rebooster ces jeunes en leur donnant ces outils en font juste des êtres extraordinaires ! Mes jeunes sont de vraies pépites, ils ne le savent pas au départ, mais ils se rendent compte que nous leur faisons confiance en misant sur eux, que nous les respectons en tant qu’être humain peu importe leur parcours et origines…et ça, ça change beaucoup de choses…

C’est un programme qui fait réellement changer la vie de mes jeunes et j’en suis ravie ! Ceux que je côtoie le plus,  sont ceux qui sont restés chez TF1 et quand je vois leur parcours aujourd’hui je suis d’autant plus contente d’avoir créée cette fondation qui quelque part leur a donné des ailes, car eux-mêmes n’auraient jamais envisagé de travailler dans un tel grand groupe en se fermant la porte injustement… Voilà la force de ce premier programme.

 

-          Nous en avons un second à destination des élèves de 3e  «  Stage des classes de 3e »

http://www.groupe-tf1.fr/fr/engagements/fondation/echanges-rencontres-et-d%C3%A9couverte-de-lentreprise

pour leur stage de découverte. La fondation permet à deux classes de banlieues de découvrir pendant une semaine plein de métiers du groupe pour leur donner envie et leur dire que demain ils peuvent postuler dans boites comme la nôtre, car ils ont chacun une place… Si dans les trente élèves il y en a au moins un qui se dit que demain c’est là qu’il a envie d’être, alors j’aurai réalisé une partie de ma mission.

On rencontre aussi des étudiants avec des présentateurs de notre chaine afin de recréer cette proximité que la télévision ne permet pas toujours. Je demande alors à nos personnalités de venir à la rencontre de ces étudiants, lycéens autour d’un débat afin de montrer qu’un groupe comme le nôtre est accessible et que tout peut devenir possible !

 

-          J’ai aussi monté « Atelier d’Écriture » http://www.groupetf1.fr/fr/engagements/fondation/atelier-d%C3%A9criture

pour notre chaine HD1 de fictions que nous avons créée en collaboration avec PM Production avec Alain PANCRAZI.

L’idée est de former de jeunes auteurs qui ont déjà écrit des courts ou des moyens métrages, mais qui n’ont jamais écrit pour une chaine de télévision tout simplement, car ils n’ont pas les codes de l’écriture. Les codes ne sont pas les mêmes pour le cinéma que pour le petit écran tout simplement, car il faut penser « espace publicitaire »… Donc on leur apprend simplement les codes à introduire dans l’écriture des scénarii en pensant aux espaces publicitaires avec la scène « suspens » à tel moment plutôt qu’un autre pour que le téléspectateur ait envie de suivre les aventures après la page de publicité, etc.

Donc dans les locaux de PM Production avec ses équipes et celles de HD1 on forme ces jeunes à l’écriture d’une série de 26 minutes.

L’ambition de cette fondation est vraiment d’être acteur et de porter nos projets tout simplement parce que mon rêve était que les collaborateurs en interne deviennent aux aussi acteurs des projets de leur entreprise via la fondation et qu’ils puissent faire bénéficier à leur tour de leurs compétences, leurs conseils en tant qu’adultes…

 

La création de l’Agence Nouvelle Cour

De plus en parallèle nous avons créé l’Agence Nouvelle Cour - http://www.nouvellecour.com - en 2007 en même temps que la fondation.

Tout est parti d’un constat qui a commencé au lycée Jacques Brel à La Courneuve avec la promotion d’un BTS de communication des entreprises avec un taux de réussite incroyable, mais malgré ce fait on a remarqué que très peu de ces jeunes continuaient dans cette branche. On s’est alors intéressé au BTS similaire à Bessières avec 80% des étudiants qui poursuivent dans la communication. On s’est alors interrogé sur le fait de savoir pourquoi ces jeunes avec le même diplôme et les mêmes épreuves avaient un parcours si différent ? On s’est dit qu’il y avait une perte de talents considérable… C’est de là qu’est née cette idée de créer cette agence pour donner à ces jeunes l’opportunité d’avoir leurs deux premières années d’expérience et leur permettre ainsi de continuer dans cette voie ! Nous avons donc créé une structure associative afin de montrer l’aspect social de notre démarche pour ensuite aller trouver des annonceurs qui nous fassent confiance.

C’est alors que j’ai commencé par vouloir convaincre TF1 en passant par Claude COHEN, notre présidente de la régie à l’époque afin de récupérer quelques briefs de clients étant la première régie d’Europe pour nos futurs chefs de projet de Nouvelle Cour ! Puis il fallait que je rencontre un patron d’agence de communication quoi soit assez ouvert d’esprit afin de comprendre qu’un jour Nouvelle Cour sera son concurrent ! On me présente alors Nicolas BORDAS (#Guest4 - Président TBWA Europe) qui a été convaincu en 5 minutes !

Le lieu ne faisant pas la qualité de nos employés, l’agence Nouvelle Cour a pris ses quartiers à La Courneuve grâce au repérage à l’été 2006 de Nicolas, lequel a démarché le président du groupe APREC qui nous alors mis à disposition des locaux !

Au départ soutenu par TBWA pour la validation de nos briefs nous étions deux, puis rapidement on est monté en puissance avec une équipe de 12 personnes, et frôlé le million d’euros en 2014 !

A sa création on travaillait sur des projets autour de la diversité, mais ce qui nous intéressait c’était de travailler sur la stratégie d’entreprise, c’est ce que nous faisons maintenant depuis 5 ans et malgré la crise, notre agence ne l’a pas connu, car au contraire plus la crise se prononçait plus on faisait des bénéfices ! Je pense que l’atout de notre jeune agence c’est d’être opportuniste, tout simplement. Une agence qui connaît bien son client depuis une vingtaine d’années ne va pas faire le pas de proposer un projet disruptif par exemple. C’est ça qui a été notre force, c’est d’aller faire des propositions innovantes et fraiches avec ce culot d’aller bouger les choses !

L’accord moral que j’ai avec mes petits jeunes c’est de leur signer un CDI avec la capacité de quitter Nouvelle Cour au bout de deux années parce qu’ils ont obtenu une promesse d’embauche ailleurs ce qui nous permet de recruter de nouveaux jeunes pour cette belle aventure…

Depuis 2007 il y a quinze jeunes qui sont sortis de l’agence !

 

D’où vous vient cette faille sensible aux autres, cet engagement dans le milieu associatif ?

Je pense que cette sensibilité vient de ma défunte mère Khadija à qui je dois beaucoup et que j’ai toujours admiré ! Elle a élevé huit enfants en étant toujours optimiste malgré le fait que le frigo n’était pas toujours plein et avait l’espoir que demain sera un jour meilleur…

Malgré des conditions de vie modestes, elle a toujours gardé la tête haute dans n’importe quelles circonstances sans jamais se plaindre.

C’est la force et joie de vivre de ma mère qui m’ont servi d’exemple durant ma jeunesse à Aubervilliers et je pense que ma passion pour le sport avec l’athlétisme pendant vingt ans en compétitions m’a beaucoup aidé à toujours trouver de la force, reprendre de l’énergie… C’est ce mélange avec mon éducation et ce que j’ai appris grâce à l’endurance que je vais toujours au bout des choses dans tout ce que j’entreprends aujourd’hui dans ma vie !

 

En définitive, c’est grâce à TF1 à mon niveau que j’ai pu créer et entreprendre autant de choses dans le milieu associatif en suivant mes envies…

Je crois vraiment en l’humain et aux rencontres, ce sont elles qui m’ont construites tout au long de ma vie…

3 - Le monde connecté est-il selon vous une avancée pour l’humanité et quel constat en faites-vous dans votre domaine, notamment associative?

Je pense que oui, aujourd’hui le monde connecté permet la connexion avec des gens que l’on ne connaît pas et c’est cette force qui va faire que demain on va tous pouvoir créer un mouvement de milliers de personnes qui partagent les mêmes visions… Il permet de donner de l’élan aux gens dans la création de leur projet en créant des réseaux, une dynamique autour de sujets/projets communs… Le fait d’être connecté peut donner une ampleur phénoménale à de nombreuses initiatives et c’est grâce à ces connexions que beaucoup de causes peuvent avancer à plus grande échelle très rapidement !

 

4 - Quel est votre degré de sensibilité vis-à-vis du réchauffement climatique, quelles décisions aimeriez-vous voir à l’issue de la COP21 et vous considérez-vous comme une citoyenne engagée?

Chacun a son engagement. Le mien est plutôt tourné il est vrai dans le domaine du social et de l’emploi, le réchauffement climatique ne me parle pas plus que ça. Dans mon quotidien je ne vois pas de grandes différences.

Bien évidemment que les premières victimes de catastrophes naturelles notamment en bordure de mer ou des océans, eux ont une tout autre vision de la mienne ! Nous sommes des privilégiés, je pense et c’est ça le danger, car du coup de mon point de vue je ne maitrise absolument pas les conséquences de demain et en même temps quand j’ai connaissance de toutes ces catastrophes et dérèglements je m’interpelle !

Pour la première fois de ma vie j’ai pris conscience de ce changement climatique en décembre dernier au Deux Alpes !

Je suis une passionnée de ski, avec mon mari et mes enfants nous y allons plusieurs fois par an. À Noël dernier, lorsque nous sommes allés à la station, j’ai vu pour la première fois un changement ! En plein mois de décembre, les paysages montagneux pouvaient laisser croire que nous étions au printemps, tout le versant de la station était … vert ! Là c’est m’a marqué, c’était la première fois en trente ans qu’à cette période je voyais les montagnes avec cette verdure!

Et le lendemain, en une nuit, il est tombé l’équivalent d’à peu près trois semaines de neige !

En ville est on est un peu moins proche de ces bouleversements climatiques si ce n’est lors de pic de pollution… mais bien évidemment qu’il faut agir tous ensemble et relever de défi car il nous concerne tous !

 

5 - Une histoire bouleversante à nous faire partager?

La dernière date du mois de décembre dernier lors de ma remise du prix de Femme De Cœur lors de l’événement des Femmes en Or - http://www.aufeminin.com/societe/femmes-en-or-ssc191.html -

Toi comme moi on fait les choses parce qu’on les sent, avec notre cœur, nous sommes toutes deux des femmes passionnées…

Et lorsqu’un jour on t’appelle et qu’on te dit que tu vas être nommée femme de Cœur par le groupe Coca-Cola lors d’un évènement que je ne connaissais même pas… Ce fut une super surprise et un très beau cadeau auquel je ne m’attendais absolument pas… J’ai été très touché, car c’est la première fois où j’ai pris conscience que mon travail était reconnu par mes pères et par le monde de l’entreprise.

Les Femmes En Or existe depuis 1993 et Coca Cola est en collaboration depuis 7 ans. Cet événement récompense douze catégories de femmes, cinéma, culture, innovation… et il y a cette catégorie de Femme De Cœur ! C’est l’ancienne qui m’a remis ce prix, Véronique COLUCCI des Restos Du Coeur !

Pour moi ce prix a été une belle reconnaissance pour mon engagement depuis toutes ces années… C’est un travail, une passion au prix aussi de ma vie familiale, car j’engage mon mari et mes enfants dans toutes ces folles aventures qui font partie de nos ADN maintenant… J’ai été très émue de terminer l’année 2014 avec ce trophée…

C’est un trophée que je dédie dans un premier temps à ma mère et aussi à toutes ces femmes qui s’engagent, car je suis persuadée que nous sommes là également pour faire avancer et changer les choses avec l’art et la manière qu’il faut ! Nous avons plus de sensibilité, portons plusieurs casquettes, celle de mère, de femme, nous sommes toutes de vraies caméléons et c’est ça dont le monde a besoin de nos jours, on ne peut pas rester figer ! On sait rire et en même temps passer un coup de balai, changer son bébé, être une working woman etc.…

Je suis ravie de m’être engagée il y a longtemps et je continuerai de le faire encore pendant de nombreuses années…

 6 - Un mot sur ce blog?

Je trouve que c’est très bien. Tu touches via ce blog des populations différentes, des acteurs de tous secteurs engagés et tu les impliques dans ta démarche, je trouve que c’est important ! On a tous un cœur sauf qu’on ne sait pas tous l’utiliser…