#Guest9 - Christine KELLY, Fondatrice de la Fondation K d'urgences, Journaliste et ancienne membre du Conseil Supérieur de l'Audiovisuel (CSA)

Je veux encourager tous ces journalistes qui font des choses, car on a le pouvoir nous aussi en tant que journaliste de faire des choses positives, de montrer des choses qui vont bien, des gens qui font et il y en a tellement dont on ne parle pas.

 

1/ D’origine guadeloupéenne, journaliste TV et radio, première présentatrice noire en métropole, et aussi consultante pour l’Unesco, vous pouvez nous en dire plus sur ce dernier point ?

En 2002, c’est vrai j’ai travaillé quelques mois avec eux dans l’élaboration notamment d’un rapport sur les femmes de couleurs dans les médias. A l’époque c’était un peu la grande nouveauté d’avoir une journaliste noire qui présentait le journal mais je me suis vraiment tuée à dire que je suis une simple journaliste et pas une journaliste « noire ». C’est dans ce contexte là que j’ai eu plaisir à travailler avec l’Unesco, cela faisait partie entre autre de mes multiples activités car j’ai toujours été une femme active.

2/ En 2009 vous êtes nommée membre du CSA, vous devenez alors la plus jeune de ces membres et la première issue de l’Outremer. A ce poste vous êtes la première à obtenir des chaines de télévision les sous-titres des programmes pour les sourds et malentendants et les JT en langue des signes des chaines d’informations. D’où vous vient cette sensibilité pour le handicap ?

 J’ai une sensibilité tout court. J’ai une sensibilité pour l’être humain, pour tout. Je pense que quoi que l’on fasse dans la vie on le fait pour l’être humain. Quand on présente un journal télévisé on le présente pour la personne qui est derrière son poste, c’est à dire pour la personne qui peut être un enfant de 7 ans, de 10 ans ou un adulte. Lorsque l’on est au CSA et que l’on prend des décisions, on le fait aussi et surtout pour quelqu’un. On le fait toujours dans le but d’aider autrui.

Quand je présentais mon JT, j’essayais toujours de le présenter avec des mots simples de façon à ce que sa compréhension soit accessible à tous.

Il y a 6 millions de personnes qui sont malheureusement écartées de la route et qui n’ont pas accès aux médias, d’où cette nécessité de sous-titrer les programmes pour les personnes sourdes et malentendantes.

Pour moi, je trouvais ça complètement injuste et aberrant qu’en 2010 la loi ne soit toujours pas appliquée. Six millions de personnes pour qui la télévision était inaccessible ! Aujourd’hui toutes les chaines sous-titrent enfin leurs programmes après ce long combat. J’en suis ravie !

Dans la société il est important de vivre ensemble. Les médias ont un rôle social très important à jouer et ce rôle est aussi de faire le lien entre les sourds et malentendants et les entendants pour que l’on puisse regarder en famille la télévision.

Je me souviens avoir dit à un patron de chaine que s’il avait eu une fille sourde par exemple, il ne m’aurait alors jamais dit qu’il n’avait pas les moyens de sous-titrer sa chaine.

On n’a pas besoin d’être personnellement touché pour s’engager et faire ce que l’on trouve juste !

3/ En 2013 c'est vous qui rendez possible la citation de Facebook et Twitter en radio et TV. Pensez-vous que le monde connecté soit une avancée pour l’humanité et quel constat en faites-vous ?

Le monde connecté est forcément une avancée pour l’humanité et toutes les avancées ont aussi le revers de la médaille. Aujourd’hui on parle beaucoup de la régulation des réseaux sociaux, on ne peut pas dire n’importe quoi malgré la liberté d’expression mais il y a aussi la limite de celle-ci avec notamment le secret de l’instruction, le secret défense, le secret professionnel, des affaires. La liberté d’expression est aujourd’hui déjà limitée.

Cependant elle l’est bien moins sur les réseaux sociaux quand il s’agit d’insultes ou de diffamations par exemple. A l’inverse elle l’est concernant la télévision et la radio.

Donc oui je suis favorable au monde connecté et à sa régulation tout en respectant également sur la toile la liberté d’expression.

4/ Vous avez présenté des émissions sur l’environnement et le développement durable. Quel est votre regard sur le changement climatique, qu’attendez-vous des décisions à l’issue de la COP21 et les prises de conscience selon vous que chaque citoyen devrait avoir ?

Sur la COP21, je n’ai pas particulièrement d’avis. Ce que je regrette en revanche de façon générale sur l’environnement c’est qu’il y a des phénomènes de mode. C’est à dire que ça vient par vague. Alors en ce moment puisque le Président de la République veut faire une réunion sur le changement climatique en décembre prochain, il y a alors une émulation dans les médias des sujets liés à l’environnement.

Il y a deux ans le sujet était quasi inexistant. En 2007 à l’époque des présidentielles Nicolas Hulot en avait fait une vague en mettant l’environnement en première ligne et tous les candidats à la présidentielle avaient signés ce fameux pacte écologique.

En 2007/2008 je me souviens que les gens se battaient pour avoir de la nourriture parce que le baril de pétrole et le dollar étaient très chers, et pour avoir du riz, des denrées alimentaires très simples les gens se battaient en Egypte et partout ailleurs, il y avait une vraie crise… puis ensuite on n’en parle plus alors que la souffrance des peuples continue de perdurer…

Tout ça pour dire que bien sûr le dérèglement climatique est un vrai danger. On porte tous des oeillères en se disant que tant que ça ne nous touche pas personnellement il n’y a pas matière à s’en préoccuper plus sérieusement.

Prenons l’exemple des récoltes d’olives désastreuses l’année dernière du fait de la sècheresse et de bactéries. Il y a tellement de conséquences de ce changement climatique avec l’apparition de nouveaux insectes, de nouvelles maladies, d’insuffisance alimentaires car justement les choses changent véritablement. Il y a un enchainement de catastrophes naturelles qui s’accentue depuis ces dernières années.

L’environnement devrait être un sujet permanant et non un sujet de mode. C’est ça me désespère. Tout être humain croit que l’on est encore loin de cette menace de l’environnement alors qu’il est nécessaire de rappeler qu’au quotidien chacun peut agir, avoir un comportement plus en phase pour pallier à cette menace. On est la dernière génération à pouvoir agir sur ce qui va se passer dans les années futures, à pouvoir essayer de changer les choses lorsque nous serons 9 milliards d’êtres humains sur Terre. Les gestes au quotidien c’est tirer la petite chasse-d‘eau au lieu de la grande, c’est préférer acheter des produits avec des emballages recyclables, trier ses déchets, chose que je fais depuis très longtemps… C’est plein de petits gestes au quotidien auxquelles il faut penser comme se renseigner sur les origines de notre alimentation, de nos vêtements de façon à soutenir l’économie durable… on l’oublie beaucoup trop.

J’ai été à l’inauguration le 19 mars dernier, du nouveau siège d’Unilever qui a été baptisé « Green Station » qui est l’un des deux bâtiments qui composent l’ensemble Green Office® Rueil, la plus grande opération tertiaire à énergie positive en France et représente un exemple emblématique des solutions bas carbone.

Vous l’aurez compris, je suis sensible à notre environnement et à l’avenir de nos enfants, alors réveillons-nous ensemble et montrons que nous pouvons tous devenir acteur d’un monde plus uni et solidaire !

5/ Comment aimeriez-vous voir justement le monde de demain, celui dans lequel grandira votre petite fille ?

Je pense que pour ma fille j’aurai aimé un monde plus humain. On oublie souvent que tout part de la cellule familiale, de l’être humain. L’être humain influence l’organisation politique, l’organisation de la société, du monde, etc. On oublie souvent que c’est le respect entre les uns et les autres, son voisin, son prochain, son collègue de travail qui fait boule de neige pour avoir des relations tendues ou non entre les peuples. Tout part de l’être humain et de l’éducation que l’on transmet aux enfants comme valeurs, principes. Comme parfois, on veut faire la guerre à son collègue pour une petite jalousie de base de la même façon que deux pays se déclarent la guerre pour de petites susceptibilités ou des enjeux économiques bien plus puissants.

Donc puisque tout part de l’être humain, j’aurai aimé que les politiques de façon générale se reconcentrent sur l’humain, sur les vraies valeurs à divulguer aux êtres humains pour pourvoir à vivre ensemble, mieux se respecter pour que liberté, égalité, fraternité aient un vrai sens alors qu’on a tout oublié.

 6/ Une rencontre qui vous a bouleversé?

Il y en a tellement des rencontres qui m’ont touché. Subitement là je pense à une petite fille de 7 ans qui fut la première que j’ai aidé avec ma Fondation K d’urgences   - http://www.kdurgences.org/ - pour les familles monoparentales. Sa maman était femme de ménage et terminait son travail à 21h30. Sa mère lui disait qu’une fois l’école terminée vers 16h30, elle devait aller s’enfermer dans la cabine téléphonique juste en face, faire ses devoirs en attendant qu’elle termine son travail à 21h30. Donc de 16h30 à 21h30 une petite fille de 7 ans dans Paris était enfermée dans une cabine téléphonique en train de faire ses devoirs !

Ce qui me révolte, et je prends souvent cet exemple qui m’a bouleversé, c’est de voir premièrement que ces femmes qui élèvent seule leurs enfants sont les premières victimes de la pauvreté en France. Deuxièmement elles ont honte de le dire et préfère parfois le cacher. Troisièmement, en plein 2015, on va peut-être plus facilement donner de l’argent à des personnes hors de nos frontières qui meurent de faim, et Dieu merci, encore heureux, mais il ne faut cependant pas non plus oublier de tendre la main à la personne qui est sur son pallier, à une petite fille dans une cabine téléphonique qui peut-être kidnappée à un moment ou à un autre. Il faut selon moi se concentrer sur l’aide aux autres, pas uniquement en dehors de nos frontières.

Dès que l’on sort de chez soi, il y a  déjà sans doute quelqu’un à aider derrière une porte à qui on ne pense pas et qui est en train de mourir de faim ou qui est en grande souffrance avec son enfant par exemple. Cet exemple fait parti de mes leitmotivs pour aider les gens via ma fondation. On a toujours autour de soi une personne à qui tendre la main d’une façon ou d’une autre. Pour aider il faut écouter, il faut regarder.

Votre leitmotiv à créer cette fondation ?

Je l’ai fait parce que personne ne l’avait fait,  auparavant. Tout le monde connaît une famille monoparentale et personne n’en parle. Moi ça m’a choqué que personne ne parle des cas de ces familles monoparentales. Plus je me suis documentée, plus je me suis rendue compte que ces familles étaient les premières victimes de la crise, de la pauvreté, les premières à frapper aux portes des associations, etc. J’ai alors beaucoup travaillé avec Najat VALLAUD-BELKACEM, avec Laurence ROSSIGNOL, la secrétaire d'État chargée de la Famille, des Personnes âgées et de l'Autonomie.

On réfléchit également à aider ses familles avec les huissiers de justice. J’ai mobilisé tout le système pour pouvoir aider sur ce sujet là puisque tout le monde est concerné d’une façon ou d’une autre, il est donc grand temps de s’en occuper !

Selon moi c’est une bombe à retardement sociale le fait de ne pas s’occuper de ces familles et de laisser croire que c’est facile, que tout va bien. Je rappelle qu’en France un enfant sur cinq est en une situation de pauvreté !

© CITIZENSIDE.COM/Simax Christine Kelly participe avec Christine Arron, mercredi 26 octobre 2011, à une remise de cadeaux à la Fondation K d'urgences pour venir en aide aux familles monoparentales, en Guadeloupe

© CITIZENSIDE.COM/Simax Christine Kelly participe avec Christine Arron, mercredi 26 octobre 2011, à une remise de cadeaux à la Fondation K d'urgences pour venir en aide aux familles monoparentales, en Guadeloupe


6/ Un mot au sujet de ce blog ?

Moi je trouve formidable qu’il y ait une journaliste comme vous qui ait envie de s’intéresser à du positif et c’est pour ça que j’ai accepté tout de suite de faire partie de votre blog alors que le temps me manque en ce moment. Je suis marraine de Reporters d’Espoirs - http://www.reportersdespoirs.org/ - et cela fait justement des années qu’on mobilise les journalistes à parler de positif ! J’ai accepté d’être présidente du jury du Club de Cristal, j’en suis la première femme en 10 ans. Ce sont 15 000 journalistes qui votent et je veux montrer aussi que les journalistes ne parlent pas que des trains qui n’arrivent pas à l’heure, mais savent aussi récompenser, encenser, applaudir. Je veux encourager tous ces journalistes qui font des choses, car on a le pouvoir nous aussi en tant que journaliste de faire des choses positives, de montrer des choses qui vont bien, des gens qui font et il y en a tellement dont on ne parle pas. C’est ce que je fais notamment avec David JUSTET, le président du Monde des Fondations - http://www.lemondedesfondations.com.

J’ai envie de rassembler toutes les fondations des médias qui font des actions extraordinaires pour montrer à quel point elles ont un impact puissant. L’économie des fondations c’est 7 milliards d’euros en France, on ne parle pas assez de ce système qui bouleverse la société en silence…

Donc bravo à des personnes comme vous qui donnent la parole à ceux qui font des choses souvent en silence !