#Guest7 - Pascal ROGARD, Directeur Général de la Société des Auteurs et Compositeurs Dramatiques (SACD)

Ce qui me choque le plus actuellement dans le développement de l’Internet c’est que ça permet des expressions anonymes. Sur Twitter par exemple, il y a des tas de gens qui n’ont même pas le courage de leurs opinions, qui s’en prennent aux autres et peuvent avoir des expressions qui dans certains cas frôlent la diffamation et qui le font sous couvert de l’anonymat!

1/ Selon Pierre LESCURE vous êtes  le « maître à penser des producteurs », on vous qualifie de « lobbyiste » redouté car influent (ce qualificatif vous hérisse le poil). Pourquoi selon vous on donne cette étiquette?

Je ne sais pas d’où vient cette étiquette, tout est parti d’une fiche de Wikipédia rédigé par des gens qui sont en fait des personnes anti droit d’auteur, anti création, et ils ont dû retrouver dans un ou deux articles le fait que l’on m’avait appelé « lobbyiste » mais je ne suis pas du tout un lobbyiste ! Les lobbyistes sont des gens qui sont payés pour défendre des intérêts et qui vont passer de l'agriculture au pétrole… et c’est leur stratégie d’influence qui est rémunéré. Moi pour ma part j’ai toujours été responsable d’organisations professionnelles et à ce titre j’ai fait ce que l’on appelle de la relation institutionnelle mais à la tête de la SACD, je me considère comme un chef d’entreprise. La SACD, ce sont 250 personnes, 215 millions d’euros de chiffre d’affaires et je ne pense pas que les chefs d’entreprises du CAC 40 qui font également de la relation institutionnelle on les qualifie pour autant de lobbyistes. Donc c’est uniquement une coquille qui a été inscrite sur ma fiche que je n’arrive pas à changer, comme d’autres d’ailleurs, dans le simple but de me nuire.

2/ Récemment Fleur Pellerin a présenté en Conseil des ministres son plan contre le piratage : Quel est votre point de vue sur la Hadopi et sa riposte graduée et vos solutions pour pérenniser la protection des droits d’auteurs sur Internet? 

La Hadopi c’est un système de réponse graduée qui est en fait un système pédagogique. Il y a quelques années il y a eu une grande bataille au Parlement parce qu’une partie de l’opposition a voulu marquer ceux qui défendaient la loi Hadopi du saut de l’infamie, c’est à dire qu’ils étaient considérés comme des gens qui pouvaient porter atteinte aux libertés. Or ceux qui portent atteinte aux libertés ce sont ceux qui piratent puisque ils empêchent les créateurs d’avoir une juste rémunération de leurs œuvres. Dans la manière dont la loi Hadopi a été mise en place, il y a eu la suspension de l’abonnement à Internet qui été considéré comme allant trop loin du côté des libertés publiques puisque maintenant avoir un accès Internet c’est important pour tout le monde Au lieu de ce type de sanction, il aurait sans doute mieux valu avoir une sanction plus classique comme une amende qui aurait rendu le système efficace.

Il y a deux types de piraterie. La première que l’on pourrait qualifier de mafieuse contre laquelle il y a un consensus général. Ce sont tous les sites illicites qui vivent de la publicité ou de l’abonnement et là aujourd’hui Fleur PELLERIN va annoncer des mesures pour essayer de couper la ressource publicitaire. La seconde c'est la contrefaçon des particuliers avec tous les échanges illicites. C’est plus compliqué d'agir parce que les responsables politiques ont affaire aussi à des électeurs et qu’ils ont du mal à choisir entre l’internaute électeur et le créateur.

Quelles sont les solutions contre la piraterie ?

Je crois qu’il n’y a pas de solutions immédiates et évidentes pour faire reculer la contrefaçon illicite. Selon moi le meilleur système pour contrecarrer tout ça, c’est un système de réponses graduées avec des amendes. Je pense que par ailleurs qu'il est impératif que les producteurs et distributeurs mettent les œuvres à disposition et renforcent l'offre légale. Un des grands problèmes qui est posé par l’Internet, c’est que tout le monde veut avoir accès aux œuvres le plus vite possible. Il est normal que l’on n’est pas accès tout de suite aux œuvres, il y a par exemple dans le cinéma le respect de la chronologie des médias et qu’il est normal de préserver  l’exclusivité de ceux qui ont financé ces œuvres. En revanche, il n’est pas normal que 4/5 ans après la sortie d’un film et peut-être moins pour des films qui n’ont pas rencontré un grand succès, ces œuvres ne soient pas disponibles légalement. De plus il est tout à fait anomal que lorsque l’on tape un titre de film on puisse l'obtenir de façon illicite et non de façon légale. Donc offre légale et lutte contre les échanges illicites sont les deux faces d’une même monnaie.

C'est pour cela que la SACD  plaide dans le cadre d’un accord entre toutes les parties prenantes pour l’exploitation permanente et suivi des œuvres qui serait appliqué à l’audiovisuel et au cinéma, de manière similaire à ce qui existe déjà en matière d’édition littéraire.

3/ Selon vous le monde connecté avec ses innovations est-il une avancée pour l’humanité et quel constat en faites-vous dans votre domaine et quelles en sont les limites selon vous?

Comme toute technologie, il y a du positif et du négatif. Un bon  exemple étant les technologies nucléaires qui permettent de faire des bombes atomiques ou  des ressources énergétiques.

Ce qui me choque le plus actuellement dans le développement de l’Internet c’est que ça permet des expressions anonymes. Sur Twitter par exemple, il y a des tas de gens qui n’ont même pas le courage de leurs opinions, qui s’en prennent aux autres et peuvent avoir des expressions qui dans certains cas frôlent la diffamation et qui le font sous couvert de l’anonymat! Je pense que grâce à l’Internet on a beaucoup plus de connaissances qu’avant, on a accès à plus de ressources pour essayer de s’éduquer, de se cultiver mais il y a aussi des phénomènes de mouton de Panurge. L’Internet ne peut pas en tout état de cause être une zone non régulée, une zone de non droit. Chaque fois que l’on parle de l’Internet, il y a un certain nombre de gens qui disent que l’on doit ne toucher à rien, que cela doit être la liberté absolue…

Moi je pense à l’inverse qu’en effet on recule dans la démocratie si l’on ne régule pas ! Par exemple sur Internet, un certain nombre de grandes sociétés s’assurent quasiment des monopoles et que la manière dont elles s’assurent de ces monopoles porte atteinte à la régulation et à l'emploi de beaucoup de secteurs économiques, aux ressources des Etats car elles ont des capacités d'échapper  aux contributions qu’elles devraient normalement acquitter sans les pays où elles créent de la valeur..

L’Internet en soi c’est un outil qui ne faut pas déifier comme le font certain, il ne faut pas non plus le dénigrer, il faut simplement le faire fonctionner pour le bien commun !

4/ Etes-vous sensible à l’environnement et donc au changement climatique, quel est votre degré d’implication en tant que citoyen, et quelles sont les améliorations que vous aimeriez voir à l’issue de la COP21?

Question qui vient à point surtout en ce moment dans la capitale ! Grâce aux nouvelles technologies, vous voyez aujourd’hui je peux circuler car j’ai une voiture hybride.

On voit très bien que l’environnement c’est capital. Ce n’est pas possible de vivre dans des villes complètement polluées. Dernièrement j’étais à Pékin et j’ai eu la chance quand je suis arrivé qu’il fasse à la fois beau et que l’on puisse voir correctement sans pic de pollution. Mais il est vrai que l’on voit un certain nombres de grandes villes notamment dans le sud-est asiatique, en Europe ou encore aux Etats-Unis qui deviennent malheureusement absolument invivables… C’est affolant d’ailleurs ! Donc lutter pour le climat, contre le réchauffement climatique, pour la protection de l’environnement, limiter la pollution des voitures ou des autres activités humaines, tout ceci me paraît essentiel et vital si on veut laisser à nos

enfants un cadre de vie qui soit compatible avec le développement harmonieux des êtres humains.

Je pense qu'i faut arriver à passer le plus possible aux énergies qui ne sont pas polluantes. Pour le moment la seule énergie dans l’utilisation de l’automobile non polluante, c’est l’électricité bien que créer de l’électricité peut engendrer des problèmes de sécurité comme on a pu le voir par exemple avec les centrales nucléaires.

Il faut naturellement limiter le réchauffement climatique dans toutes nos activités et que soi-même, chacun dans sa sphère soit attentif à ce qu’il fait pour l’environnement.

Notre vie  est beaucoup plus consommatrice d’énergie que celle de nos parents et peut-être que nos enfants seront pareils.

Il faut agir maintenant pour avoir des résultats dans quelques années, c’est une question de long terme. On sait pertinemment que si l’on n’agit pas maintenant on aura une situation mauvaise, donc ça c’est la responsabilité des politiques mais on voit très bien que l’environnement n’est pas encore la préoccupation majeure des citoyens et ceux qui portent les thèses environnementales pour le moment n'obtiennent pas des résultats électoraux formidables…

5/ Une rencontre qui vous a bouleversé, une histoire qui vous a marqué et pourquoi?

La rencontre qui m’a le plus marqué est ma rencontre avec Gorbatchev lorsque je dirigeais l’ARP, la société des Auteurs, Réalisateurs et Producteurs avec Jacques POITRENAUD, un metteur en scène qui a aussi beaucoup travaillé pour l’intérêt général des cinéastes en les faisant voyager dans le monde entier.

On avait organisé un voyage à Moscou avec une délégation formidable comprenant  Gérard DEPARDIEU, Pierre RICHARD, Jean-Jacques ANNAUD, Pierre JOLIVET, Jeanne LABRUNE, Claude MILLER.

Lors de ce voyage on a pu se rendre compte que Pierre RICHARD était une star absolue en Russie. On s’en est vite aperçu dès notre arrivée à l’aéroport de Moscou, il y avait les 3 chaines de télévision qui étaient présentes en direct. On a du faire 170 millions de téléspectateurs… C’était absolument hallucinant ! J’avais organisé un rendez-vous avec Gorbatchev. Il venait de quitter le pouvoir quelques mois auparavant et il était à la tête d’une fondation. Puis quand nous sommes arrivés dans le bâtiment dans lequel il y avait les bureaux de Gorbatchev, il a surgi et immédiatement enlevé sa chaussure noire en la brandissant en hommage à Pierre. Nous avons conversé pendant près d’une heure et pendant tout cet entretien il tenait la main de Pierre Richard… Pour lui c’était l’Acteur, la star absolue puisque les films avec Pierre et Gérard avaient rencontré un succès absolument colossal en URSS. Cet instant fut pour moi un grand moment de voir cet homme qui avait été  l’un des hommes les plus influents de la planète être comme un enfant devant un grand acteur !

6/ Un mot au sujet de ce blog ?

Je pense qu’il est nécessaire de toujours propager du positif.  Les organisations professionnelles de la création, ceux qui représentent aussi bien les auteurs, les producteurs, les artistes, les techniciens, sont en général  dans la propagation du négatif. Beaucoup meurent plusieurs fois dans l'année et sont toujours bien vivants 20 ans après.. Bien sûr que tu dois continuer Cyrielle dans la veine du positif, toi-même tu es une personne positive, c’est une bonne chose de transmettre cette énergie !

Retrouvez le blog de Pascal : http://www.rogard.blog.sacd.fr/