#Guest8 - Emmanuel DURAND, Vice-President, Marketing chez Warner Bros

J’ai été surpris en rejoignant le secteur du cinéma d’y retrouver les mêmes mécanismes de transformation digitale que j’avais rencontrés dans la musique, et surtout la même incompréhension de ces mécanismes par certains des acteurs en place.

1/ M6, Universal Music, Sony music, L’Oréal, Warner Bros et enseignant à Science Po. Tu as déjà une belle carrière riche à ton actif, qu’est ce qui t‘anime dans le marketing que ce soit dans l’univers musical ou dans le 7ème art?

Je suis passionné dans ce que je fais, et la constante qui m'anime dans ces secteurs finalement assez différents est le fait d'apprendre.

Remettre sa légitimité en jeu régulièrement, perdre ses automatismes sans le recours de l'expérience pour analyser un marché permet de ne pas s'endormir dans des ornières de la pensée, et de conserver (même si le terme est très galvaudé) sa créativité.

L'art d'une bonne stratégie marketing est effet d'émerger tout en restant pertinent, j'essaie donc de cultiver ce décalage en permanence...
 

2/ Tu viens de sortir en fin d’année un ouvrage « La Menace Fantôme – Les industries culturelles face au numérique. ». Quel est le message que tu avais envie de faire passer et pourquoi ?

Avant tout le témoignage d'un praticien ! J’ai été surpris en rejoignant le secteur du cinéma d'y retrouver les mêmes mécanismes de transformation digitale que j'avais rencontrés dans la musique, et surtout la même incompréhension de ces mécanismes par certains des acteurs en place. Cet essai est donc une tentative de décrire les différentes facettes de cette disruption, afin de présenter le numérique comme un territoire d'opportunité pour la culture, qui peut également s'appliquer à tous les secteurs confrontés à ces changements de modèle.

3/ Selon toi le monde connecté est-il une avancée pour l’humanité et quel constat fais-tu dans ton domaine?

Comme toute innovation il porte son lot de promesses comme d'excès possibles. Nous en tirerons le meilleur si nous réussissons, passée la curiosité de la découverte, à en recentrer leur usage sur des besoins humains fondamentaux. Ce monde porte en lui des possibilités d'une interconnexion plus forte entre individus, la frontière entre offline et online s'effaçant progressivement avec l'avènement des objets communicants. 

A nous de faire que cette connexion permette une plus grande solidarité, faute de quoi elle peut nous maintenir paradoxalement dans une certaine solitude.

Contre ça, des activités sociales dites traditionnelles, comme le fait d'aller découvrir un film au cinéma, reste une proposition très actuelle !

4/ Quel est ton positionnement et avis sur le changement climatique, les impacts de l’homme sur notre planète ? Te considères-tu comme un citoyen engagé et comment aimerais-tu voir le monde de demain en général ?

Je ne me suis jamais considéré comme un citoyen très engagé. Je pratique un certain fatalisme sur l'âme humaine, et crains qu'il nous faille arriver à des situations de rupture pour faire fleurir ce que l'humanité a de meilleur. Peut-être à tort, je pense que l'action environnementale actuelle ne nous permet actuellement que de repousser une échéance qui va requérir des réponses plus radicales...

Des questions centrales comme la pression démographique sont encore tabou dans la réflexion actuelle, et les politiques dans ces domaines largement inapplicables dans des démocraties occidentales... 
 

5/ Un film, une chanson ou un artiste qui te bouleverse et pourquoi ?

J’ai revu récemment Max et les Maximonstres avec mon jeune fils de 5 ans. Ce film de Spike Jonze qui n'avait pas réussi à trouver son public à sa sortie parle pourtant avec sensibilité et sans sensiblerie à l'enfant qui est en chacun de nous!