#Guest10 - François TADDEI, Co-Fondateur du Centre de Recherches Interdisciplinaires (CRI)

Pour ma part, je crois en l’intelligence collective, le fait que seul on est moins capable de résoudre les problèmes que collectivement. Ce qui suppose de savoir se coordonner, se connecter les uns aux autres!

 

1/ Vous êtes un scientifique à multiples casquettes, vous avez reçu de nombreux prix… Pourquoi avoir choisi cet univers qui vous réussi d’ailleurs plutôt bien ?

Mon but est d’essayer de comprendre le monde et ses changements et la science est l’une des manières d’essayer de les analyser à différentes échelles de temps. C’est pour cela que j’ai fait de l’évolution, j’ai essayé de comprendre les mécanismes du changement dans le vivant. Ce qui me passionne c’est d’essayer de comprendre comment les systèmes qui soient vivants ou humaine coopèrent, échangent de l’information et arrivent à changer leur monde chacun à leur échelle.

2/ Vous participez à de nombreux groupes de travail sur l’avenir de la recherche et de l’enseignement supérieur, expliquez nous ce qu’est « France 2025 » et parlez nous de votre contribution à celle-ci?

Le but de « France 2025 » (Diagnostic stratégique : dix défis pour la France), était d’imaginer la France dans 10 ou 15 ans. D’une manière générale, ce que j’essaye de faire c’est de contribuer à comprendre le monde et ses changements et voir comment essayer d’adapter les universités et le monde de la recherche. On voit bien que les universités ont eu du mal à s’adapter à l’arrivée du numérique alors que chaque étudiant apprend différemment grâce au numérique. Les universités font beaucoup de recherches sur plein de sujets mais assez peu finalement  sur ce que c’est d’être une université au XXIème siècle.

Changer le monde pour vous, qu’est ce que ça veut dire, quelle est votre intention derrière cette phrase qui est sur toutes les lèvres?

Disons qu’il y a plusieurs dimensions. On voit bien qu’il y a un certain nombre de défis auquel on est confronté en termes de biodiversité, de changement climatique, de crises économiques et financières, etc. La question est la suivante : « Comment est-ce qu’on peut essayer d’inventer collectivement des solutions qui nous permettent d’inventer des futurs souhaitables ? »

 3/ Selon vous le monde connecté est-il une avancée pour l’humanité, quelles en sont ces limites et quel constat en faites-vous dans votre domaine?

Pour ma part, je crois en l’intelligence collective, le fait que seul on est moins capable de résoudre les problèmes que collectivement. Ce qui suppose de savoir se coordonner, se connecter les uns aux autres ! Par conséquent le fait d’avoir accès à des connexions c’est une bonne chose selon moi.

Les défis c’est que ces connexions ne sont pas toujours aussi productives que l’on voudrait, si elles déshumanisent la relation c’est évidement pas très bon. Donc je préconise des systèmes beaucoup plus horizontaux et décentralisés dans lesquels on peut partager ce que l’on fait. Idéalement c’est d’arriver à créer des écosystèmes apprenant dans lesquels à chaque fois que quelqu’un a appris quelque chose, quelqu’un peut apprendre la même chose plus facilement. A chaque fois que quelqu’un a innové, quelqu’un peut innover plus facilement, etc.

4/ Vous êtes un fervent militant pour l’innovation dans l’éducation, Selon vous, quel est le progrès le plus important dans ces innovations concernant l’éducation, pourquoi?

La chose qui m’a la plus étonnée c’est le fait de se rendre compte que les capacités des enfants sont bien plus supérieures à celles que l’on croit !  Il a notamment été montré que les enfants naissent philosophes et chercheurs. Si on sait accompagner leurs questionnements et explorations correctement, comme on ne connaît pas la limite de ce qu’ils seront capables de réaliser, on découvre alors des faits assez impressionnants avec des enfants qui ont fait des choses remarquables dès le plus jeune âge !

Les plus jeunes auteurs de publications scientifiques ont 8 ans comme le montre cette parution -  http://www.wired.com/2010/12/kids-study-bees/ - avec des enfants qui ont fait des recherches sur des bourdons et ils ont démontré que les bourdons ne reconnaissent pas simplement les fleurs par leurs couleurs mais également pas leurs motifs ! Ceci est un des exemples de choses extraordinaires que les enfants ont fait. Ce qui est intéressant c’est que ce ne sont pas forcément des enfants géniaux, ce sont des enfants que l’on a mis dans un environnement particulier en leur faisant confiance et en les invitant à poser des questions. Du coup, grâce à cette avancée, en France on a monté un programme similaire. On a démontré que ce n’était pas forcément des enfants de chercheurs comme en Angleterre, pays où s’est déroulé le projet initial, mais que tous les enfants sont capables de faire ça même dans des zones d’éducation prioritaire ! Ce projet s’appelle « Les Savanturiers »  - http://les-savanturiers.cri-paris.org/ - Je le développe notamment avec Ange ANSOUR, coordinatrice pédagogique.

5/ Parmi tous les discours que l’on puisse lire et écouter sur le réchauffement climatique et la COP21, quel est votre avis et vos préconisations pour y pallier?

J’avoue que je ne suis pas vraiment un spécialiste du sujet. Mais je pense plus généralement que l’on a un certain nombre de défis sur notre avenir que l’on appelle les risques existentiels qui peuvent mettre fin à l’existence même de l’humanité. Le changement climatique est un risque potentiel comme d’autres avec le nucléaire par exemple et aussi avec ce que l’on appelle l’intelligence artificielle avec Bill GATES et Stephen HAWKING qui s'en sont inquiétés dernièrement.

La question c’est d’arriver à équilibrer la science, la technique et l’éthique. Aristote disait qu’il y avait trois formes de connaissance : l’Epistèmè, la science, Technè, la technologie et Phronesis, l’éthique de l’action. Malheureusement on a tous oublié ce dernier mot et je pense qu’on en paye le coût aussi bien individuellement que collectivement. On a donc besoin de réfléchir à nos actions à titre individuel et collectivement à court terme et à long terme, localement et globalement. On a besoin d’arriver à définir cette éthique du court et long terme, du local et du global et je pense que c’est un défi majeur. Si on parvient à le relever, cela nous aidera alors pour le climat, les problèmes de biodiversité et d’intelligence artificielle et autres…

6/ Une rencontre, une histoire qui vous reste ancré dans votre mémoire, qui vous a bouleversé ?

Je pense aux rencontres avec des enfants et à leur capacité à se questionner, à faire des choses. (@ClasseAnsour #ConseilDeChercheur) Ces enfants commençaient à se questionner particulièrement sur les fourmis. Ce qui m’a beaucoup touché c’est leur capacité à prendre du recul sur ce qu’ils faisaient et de donner des conseils à d’autres pour les engager à vivre la même aventure que celle que eux avaient pu vivre. Il y en a un par exemple qui disait qu’il était trop content parce que lorsqu’il apprenait des choses, il pouvait ensuite les apprendre à sa mère, etc. Les voir tous entre eux à échanger, tous super solidaires…C’était un moment très touchant...

Ce moment de vie est l’un de mes derniers moments émouvants qui m’a le plus marqué. Mais d’une manière générale je pense que lorsqu’on offre à des enfants a fortiori issus de milieux défavorisés la capacité de se poser des questions et de réaliser des projets, ils sont justes incroyablement reconnaissants ! On avait monté un autre projet qui s’appelait La Science Académie - http://www.scienceacademie.org/ - qui reprenait un peu le même principe à la différence que c’étaient des lycéens dans ce cas. C’étaient des lycées de Clichy sous Bois, on les a emmené dans des laboratoires, etc., C’était une dynamique assez exceptionnelle !

Photo by Corentin Fohlen for the International Herald Tribune

Un mot sur ce blog ?

De ce que j’ai compris de ton blog jusqu’à maintenant, c’est que tu essayes d’interviewer des gens intéressants et partager ce que tu trouves toi d’intéressant. Je pense que si c’est ce message que tu portes à mon avis il faut continuer à le faire !

Lien CRI: http://cri-paris.org/