#Guest4 - Nicolas BORDAS, Vice-Président de TBWA Europe et Président du réseau BEING Worldwide

J’ai acquis très tôt la conviction que la montée en puissance des réseaux sociaux était l’une des plus grandes révolutions de la communication, et j’ai voulu l’expérimenter pleinement par moi-même. Avec les réseaux sociaux, nous devenons tous des médias!

 

1/ Comment es-tu tombé dans l’univers de la publicité et de la communication, qu’est ce qui t’anime dans cet univers ?

La passion pour les idées. Philippe Michel, le regretté et génial fondateur de l’agence CLM/BBDO, qui fut aussi mon patron à mes débuts, définissait l’idée comme « un coït des neurones ». Et j’adore cette jubilation particulière que l’on ressent devant une grande idée, qui change notre manière de voir le monde. Les idées sont des êtres vivants qui voyagent de cerveaux en cerveaux. Elles naissent, vivent et meurent dans la célébrité ou dans l’anonymat. J’adore ce moment très particulier où l’on a la sensation d’avoir trouvé la solution : LA bonne idée (les anglo-saxons parlent de BIG IDEA, comme on dirait le Big Bang)... Qu’il s’agisse de créer un nom, un film publicitaire ou un événement, je me vis comme un pourvoyeur d’idées, un « plombier de l’immatériel » agissant au cœur de la société de communication.

2/ C’est, j’imagine, ce qui t’a amené à écrire ton premier livre « L’idée qui tue » publié en 2009, traduit également en anglais et bientôt en arabe. Mais qu’est ce qu’une idée qui tue selon toi ?

« Il faut toujours avoir deux idées : l’une pour tuer l’autre », disait Georges Braque. Une idée qui tue, c’est non seulement une idée qui réussit génialement (les anglo-saxons parlent de « killer idea »), mais aussi une idée qui a du « tuer », « éliminer » une idée reçue préalable. Dans quelque domaine que ce soit, une idée neuve fait toujours des dégâts sur l’existant ! On retrouve ici la notion de « Disruption » théorisée par Jean-Marie Dru il y a près de 20 ans, et très à la mode aujourd’hui à l’heure de la révolution digitale, qui consiste à formaliser une idée en s’opposant à une convention établie, pour en maximiser la perception différenciante, et créer ainsi l’adhésion à la vision de la marque ou de l’entreprise.

3/ Blogueur en français et en anglais, très présent sur Facebook et Twitter en particulier, tu fais aussi parti du Top 300 des influenceurs LinkedIn dans le monde. Pourquoi t’investis tu autant dans les réseaux sociaux ?

J’ai acquis très tôt la conviction que la montée en puissance des réseaux sociaux était l’une des plus grandes révolutions de la communication, et j’ai voulu l’expérimenter pleinement par moi-même. Avec les réseaux sociaux, nous devenons tous des médias. Nous possédons nos propres médias et pouvons exercer une influence non seulement auprès de gens qui nous connaissent, mais aussi auprès de personnes qui ne nous connaissent pas (comme lorsque l’on recommande un hôtel sur TripAdvisor par exemple). C’est pourquoi les marques ont tout à gagner à comprendre et apprendre l’usage des médias sociaux et avoir comme priorité « d’influencer les influenceurs ». C’est dans cette logique que j’ai aussi créé @Tweetbosses, un compte twitter qui retweete « les meilleurs tweets des meilleurs dirigeants », pour inciter les dirigeants à mieux utiliser le potentiel des réseaux sociaux pour eux et pour leur entreprise. 

4/ Selon toi, le monde connecté est-il une avancée pour l’humanité et quel constat en fais-tu dans ton domaine, l’univers publicitaire?

Pour le meilleur et/ou pour le pire, le monde est désormais ultra-connecté, et le pouvoir de chacun est d’ores et déjà considérablement augmenté par Internet. Il n’y a plus d’un côté le monde réel (offline) et de l’autre le monde virtuel (online), mais nous sommes tous en permanence on&off , avec nos smartphones toujours dans la poche, et bientôt nos montres.... Sans compter l’effet grandissant de l’Internet des Objets et les possibilités nouvelles offertes par les « Big Data » qui vont encore renforcer cette sur-connexion. Face à l’incroyable potentiel de ce nouveau monde, je prône un optimisme raisonné. Je crois fondamentalement qu’il y a plus à gagner dans un monde qui partage plus et où toutes les idées ont leur chance. Un meilleur accès à l’information, à l’éducation, et à la santé préventive, pour ne citer que quelques domaines, peut permettre à nos enfants de disposer d’un monde meilleur. Mais il faut bien sûr des règles et un grand sens de la responsabilité individuelle pour limiter les dérives inhérentes au progrès, et être sûr que la technologie reste au service de l’humanité, et ne transforme pas l’humain en monstre technologique.

5/ Comment aimerais-tu voir le monde de demain en général ?

Démographie, climat, terrorisme, intégrisme religieux, crise économique et financière, il y a de nombreuses raisons d’être pessimiste sur l’avenir de la planète. Pourtant, j’ai décidé de me ranger résolument dans le camp des optimistes, condition nécessaire, selon moi, à l’action. Je me définis comme un humaniste planétaire. J’ai donc l’obsession de contribuer, à mon niveau, en m’engageant aux côtés de diverses associations et initiatives, à la construction d’un monde fondamentalement plus humain. Je pense qu’il est vain d’attendre des solutions toutes faites provenant des institutions aux problèmes auxquels l’humanité est confrontée, mais que c’est par la contribution de chacun en fonction de sa sensibilité, de ses possibilités et de ses centres d’intérêt, que l’on peut jour après jour construire un monde (un peu) meilleur pour nos enfants. Un monde dont fraternité et solidarité doivent être les maitre-mots !

6/ Je sais, par ton blog, que tu soutiens de nombreuses initiatives caritatives. Y en a t-il une que tu souhaiterais faire mieux connaître aujourd’hui ?

Il y en a plusieurs qui me tiennent personnellement vraiment à cœur comme le Projet Imagine de Frédérique BEDOS (http://www.leprojetimagine.com) , le Collegium International qui m’a permis de connaître Stéphane HESSEL (http://www.collegium-international.org), ou l’association ONE, la Fondation Abbé Pierre, Aides et Amnesty, ou encore ROOM13 pour lesquelles les équipes de TBWA se mobilisent. Mais il y a une initiative qui pour moi, démontre particulièrement que chacun peut agir dans son domaine de compétences, quel qu’il soit. Il s’agit de l’agence associative NOUVELLE COUR (http://www.nouvellecour.com) à La Courneuve, présidée par Samira Djouadi et dirigée brillamment par Mamadou Gaye, que nous parrainons aux côtés de TF1, BNP Paribas et Renault, entre autres. Une agence qui permet à des jeunes diplômés du BTS de communication de La Courneuve de se former concrètement avec des vrais clients, et de décrocher leur premier emploi dans la com. N’hésitez pas à faire appel à leur service, et à les recruter, vous ne serez pas déçus !