#Guest1 - Bertrand Badré, Directeur Général et Directeur Financier du Groupe de la Banque Mondiale

BertrandBadré
Du pape François au maire de Kaboul, mon métier m’a permis de rencontrer bien des regards inoubliables. J’en retiendrai un. Celui de cette femme rencontrée dans un village de l’Etat de Bihar en Inde lors de mon premier déplacement pour la Banque Mondiale. Elle m’a bouleversé par son énergie et son enthousiasme, sa capacité à tout reconstruire dans l’adversité.

1/  Quelle est votre mission et  les projets de la Banque Mondiale sur l'année 2015?

2015 est une année cruciale pour la planète! A commencer avec l'accord en septembre à New York sur les Objectifs du Développement Durable précédé par la Conférence d'Addis Ababa en juillet sur le Financement du Développement - http://www.un.org/press/fr/2014/AGAB4115.doc.htm - et suivi de la Conférence sur le Climat à Paris en décembre, la COP21 - http://www.cop21.gouv.fr/fr. Bref l'humanité va planter le décor pour les 15 prochaines années et déterminer comment approcher les questions de climat et de développement. En ligne de mire la disparition de la pauvreté extrême. Atteindre cet objectif est un peu comme dire en 1960 que l'homme va marcher sur la Lune. 

Quels concepts ? Quelles actions ? Quels moyens financiers et humains ? L'ambition est immense. Pas de droit à l'échec mais le succès requiert l'implication de tous! Le groupe Banque Mondiale veut y prendre toute sa part. Et je suis au coeur de cet engagement. Il s'agit pour ce qui me concerne de contribuer à montrer que la finance, qui a  pu souligner sa capacité à être dévastatrice, peut aussi être un merveilleux outil au service du bien commun et des plus pauvres. Difficile et exaltant !
 

2/  Rôle de la Banque Mondiale dans les prises de décisions lors de la COP21et quelles décisions aimeriez-vous voir le 11 décembre 2015?

La Banque Mondiale comme toutes les Organisations Internationales est au service de ses membres. Notre rôle est important car nous pouvons apporter notre expertise et nos moyens financiers et humains pour contribuer au succès du rendez-vous de Paris en décembre. Et c'est bien dans cet esprit que nous appuyons les travaux de la présidence française et nous mobilisons très directement sur des sujets entre autres comme le prix du carbone, le mix énergétique, les subventions aux énergies fossiles ou le gas flaring.

Le succès serait bien sûr un accord ambitieux permettant d'envisager la limite de la hausse des températures à 2 degrés et la création d'une dynamique "durable" sur ces sujets.
 

3/ Selon vous, le monde connecté est-il une avancée pour l'humanité et quel constat en faites-vous ?

Comme toute avancée le monde connecté est ambivalent. Les excès sont de plus en plus identifiés. Les opportunités aussi. Au total et par tempérament je vois un verre à moitié plein et un monde plus universel. Des réminiscences de Teilhard de Chardin et de sa noosphère (conscience humaine collective) contribuent à ma lecture plus enthousiaste. En même temps je n'oublie pas que tout le monde n'est pas connecté et que le "fossé numérique" est une réalité. Qu'il pourrait même s'accroitre avec la vague de l'Internet des objets. Cela suppose de ne pas ignorer cette situation et ensuite de trouver les moyens d'y remédier. Je ne veux pas d'un monde connecté à moitié, d'un monde de fait hémiplégique.
 

4/ Comment aimeriez vous le monde de demain? 

Un monde où la pauvreté extrême n'a plus sa place et où la croissance bénéficie à tous. Un monde où l'on donne toute sa place à l'homme parce qu'il est homme. Si l'homme n'est pas au centre alors, comme le dit le pape François, quelque chose vient au centre : Argent, technologie etc. Ce n'est pas ce que je souhaite bien sûr !
 

5/ Une rencontre inoubliable?

Du pape François au maire de Kaboul, mon métier m'a permis de rencontrer bien des regards inoubliables. J'en retiendrai un. Celui de cette femme rencontrée dans un village de l'Etat de Bihar en Inde lors de mon premier déplacement pour la Banque Mondiale. Elle m'a raconté sa vie. Comment elle avait tout perdu après le décès de son mari. Qu'elle n'était rien alors. Comment elle a tout reconstruit grâce aux structures que nous avons contribué à mettre en place. Comment surtout elle a retrouvé sa dignité. "Je suis quelqu'un". Elle m'a bouleversé par son énergie et son enthousiasme, sa capacité à tout reconstruire dans l'adversité.

J'ai mis sa photo au dessus de mon bureau pour me rappeler et rappeler à tous mes visiteurs que c'est en hommage à cette femme et pour elle que nous portons nos petits soucis quotidiens !