#Guest51 - Dominique ROYET, Directrice Générale de Max Havelaar France

Le commerce équitable apporte donc une réponse aux défis du changement climatique. Il permet aux producteurs de mettre en œuvre leurs propres stratégies d’autonomie et les incite à préserver leurs ressources. Cet effort n’est cependant pas suffisant et doit s’accompagner d’un soutien à grande échelle des gouvernements et d’une prise en compte de l’expérience et les connaissances des petits producteurs.

1 - Depuis février 2015 vous êtes à la tête de l’association Max Havelaar France. Qu’est ce qui vous parle dans le commerce équitable et le développement durable ? Quels sont les objectifs que vous vous êtes fixés au niveau de la filière française ?

La mission de l'association FAIRTRADE MAX HAVELAAR c'est de promouvoir au nord le label de commerce équitable pour permettre aux petits producteurs du Sud de vivre de leur travail. À terme notre objectif est aussi d'influer sur les règles du commerce mondial pour qu'elles soient plus équitables. J'ai toujours été convaincue que plutôt que de lutter contre les acteurs économiques, il était plus efficace de construire avec eux pour faire évoluer le monde. Ce sont les valeurs que j'ai défendues pendant 10 ans alors que je m'occupais des partenariats entreprises au WWF. C'est donc tout naturellement que j'ai été enthousiasmée par l'opportunité de prendre la tête de l'association en France. L'objectif que je me suis fixée est de parler haut et fort pour défendre les intérêts des petits producteurs et leur permettre de trouver plus de débouchés au Nord pour leurs produits : cacao, café, coton, sucre, fleurs, bananes… et aussi sur les roses équitables comme celle d'Équateurs! Nous venons d'ailleurs de faire une conférence de presse à l'Atelier de l'Éhémère, des fleuristes engagés qui soutiennent notre label!

2 - Quelles sont les garanties sociales et économiques derrière l’achat d’un produit issu du commerce équitable par rapport à un autre issu du circuit traditionnel ? Quels sont les bénéfices sur les conditions de travail et l’autonomisation des travailleurs ?

Le label Fairtrade Max Havelaar garantit un prix plancher pour les matières premières comme le cacao, le café ou la banane, suffisant pour couvrir les coûts d'une production durable. Les consommateurs peuvent alors être sûrs que les producteurs dans le commerce équitable ne vendent jamais à perte ! D'autre part, le label assure le versement d'une prime de développement à l’organisation de producteurs qui permet des investissements dans des projets pour améliorer la production ou dans le domaine social (santé, éducation, eau potable…). Le label assure également de bonnes conditions de travail ainsi qu'une culture respectueuse de l'environnement. Le système Fairtrade favorise des relations commerciales durables et aussi directes que possible.

Par rapport aux plantations, les standards Fairtrade visent à assurer aux travailleurs agricoles de meilleures conditions de travail, des revenus supérieurs et stables et de meilleures conditions de vie, ainsi que la liberté d’association. Les standards Fairtrade suivent toutes les conventions de l’OIT relatives aux conditions de travail, aux droits des travailleurs et au travail des enfants. Les organisations de travailleurs perçoivent également une prime de développement et peuvent décider de son utilisation de façon autonome.

En ce qui concerne les conditions de travail, les standards visent à préserver la santé des travailleurs avec un cahier des charges particulièrement exigeant en termes de prévention, santé et sécurité sur le lieu de travail.

3 - Pourquoi les grands distributeurs de café ne s’engagent pas davantage dans cette économie selon vous ? Et comment sont déterminées les règles du cahier des charges ?

Les Standards Fairtrade (commerce équitable) sont conçus pour soutenir le développement durable des organisations de petits producteurs et de travailleurs agricoles dans les pays en développement. Ils traduisent les exigences de Fairtrade en matière de commerce équitable. C'est sur eux que Fairtrade appuie son action pour améliorer les conditions de vie des producteurs des pays en voie de développement. Ces standards sont définis au niveau international en concertation avec les producteurs et les différentes parties prenantes.

Plusieurs standards ont été définis, adaptés aux différentes situations dans lesquelles se trouvent les producteurs. Parmi ces standards, les plus importants sont ceux qui concernent les organisations de petits producteurs et les plantations, ainsi que ceux qui fixent les critères commerciaux. Ces derniers définissent d'une part les conditions que les producteurs et les négociants doivent remplir afin d'obtenir la certification Fairtrade. D'autre part, ils formulent des objectifs que les producteurs et les négociants certifiés doivent atteindre après la certification initiale au terme de périodes données. Les conditions commerciales étant différentes pour chaque produit, il existe, en complément des standards de base, d'autres standards spécifiques pour chaque produit. Les prix minimaux et les primes sont déterminés selon les produits et les origines et sont adaptés le cas échéant.

Comme vous pouvez l'imaginer, ce système complexe demande un engagement fort de l'entreprise qui veut distribuer les produits, et par ailleurs, engendre un coût supplémentaire que les grands distributeurs de café ne sont peut être pas toujours prêts à payer. Ceci étant, il est aujourd'hui facile de trouver du café dans n'importe quel rayon de magasin à un prix équivalent à un café moyen de gamme et une qualité garantie grâce à des entreprises engagées comme MALONGO, MEO ou LOBODIS. Ce dernier a même la spécificité de  produire depuis 20 ans avec une organisation qui repose entièrement sur des handicapés!

4 - En 2014, le panier moyen des Français en commerce équitable Max Havelaar était de 17,2 €, en Suisse, il représentait 54€ par habitant et 36 € en Grande-Bretagne. Comment expliquez-vous le placement de la France derrière ces pays ? Que faudrait-il faire pour inciter le consommateur français à penser au delà de son achat ?

Lorsque nous regardons les sondages en France, 61% des français souhaitent consommer responsable. Dans leur esprit, consommer responsable, c'est garantir des conditions de travail décentes et protéger l'environnement. Ils ont bien sûr une forte préférence pour la consommation locale.

Cependant, lorsque nous considérons des matières premières, comme le cacao, le café ou les bananes, il n'est pas possible de les consommer localement ; dans ce cas, les produits Max Havelaar sont une bonne façon de consommer responsable puisqu'ils recouvrent ces deux garanties

Je pense que si nous expliquons au consommateur que, lorsqu'il achète une tablette de chocolat "conventionnelle", 5 cts d'euros vont au producteur de cacao alors qu'avec une tablette Max Havelaar, c'est entre 15 et 17 cts, il ne va pas hésiter à faire le geste "commerce équitable" dans son magasin!

Notre rôle est bien d'informer le consommateur pour qu'il puisse faire ses choix en toute connaissance de cause.

5 - Les 2/3 des agriculteurs dans le monde sont des petits producteurs,  ils sont les premières victimes du changement climatiques et pourtant ce sont eux qui peuvent y répondre grâce à l’agroécologie! Que faut-il faire selon vous pour les sauver ?

Le commerce équitable Fairtrade est un moyen pour lutter contre le changement climatique à travers de meilleurs moyens de subsistance pour les producteurs, le soutien pour des pratiques agricoles plus durables et pour l’adaptation au changement climatique.

Le commerce équitable Fairtrade apporte aux producteurs les conditions préalables, nécessaires pour mettre en place des mesures d’adaptation au changement climatique, telles que le renforcement des organisations, la durabilité environnementale, la stabilité financière, la capacité d’investissement et une plus grande autonomie!

Le commerce équitable apporte donc une réponse aux défis du changement climatique. Il permet aux producteurs de mettre en œuvre leurs propres stratégies d’autonomie et les incite à préserver leurs ressources. Cet effort n’est cependant pas suffisant et doit s’accompagner d’un soutien à grande échelle des gouvernements et d’une prise en compte de l’expérience et les connaissances des petits producteurs.

6 – Comment allez-vous sensibiliser vos consommateurs à l’approche de la COP21 ?

Nous allons être présent sur le web grâce à une campagne de communication : "Le commerce équitable est une arme de plus contre les changements climatiques!"

Nous serons également au Grand Palais avec le brunch pour un commerce équitable, le dimanche 6 octobre, dans le cadre de "solutions cop21". Des petits producteurs vont témoigner dans des conférences au Grand Palais et au Bourget. Notre Directrice internationale interviendra à l'UNESCO dans le cadre du parlement des entrepreneurs d'avenir. Et enfin nous serons également très présent sur Place To Be !

7 – Comment voyez-vous l’effervescence de tous ces nouveaux acteurs du changement? Quelles seraient les solutions #PourUnMondeMeilleur plus durable ?

Je suis bien convaincue qu'aucune organisation, ni aucun individu ne pourra faire changer les choses seul, même les politiques sont impuissants seuls et ce sont toutes ces énergies réunies qui vont permettre de faire évoluer le monde vers plus d'harmonie! Cette effervescence est LA SOLUTION pour un monde plus durable et toutes les initiatives sont les bienvenues ; il faut juste veiller à ce qu'elles soient pertinentes et cohérentes entre elles. Il faut que les acteurs de l'effervescence travaillent ensemble pour garantir l'efficacité de LA SOLUTION!

8 – Un mot sur l’initiative de ce blog ?

Ce blog fait partie de l'effervescence et à ce titre, il contribue à la solution en faisant connaître les solutions, en créant l'émulation, en provoquant le désir d'agir… et tout ça avec la grâce de Cyrielle : l'harmonie, donc…